Emploi et politiques sociales

Créer des entreprises pour créer des emplois

Colloque "Existe-t-il encore un modèle social français ?"

02 mai 2006 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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Par Geoffroy Roux de Bézieux , président de CroissancePlus et président fondateur de The Phone House

Après avoir créé, il y a quelques années, une entreprise qui compte aujourd'hui 2 500 personnes, je suis en train d'en créer une autre ; je suis un récidiviste de l'entreprenariat en France et je reste relativement optimiste sur la situation de ce pays, même si elle nécessite des améliorations.

Le modèle français – Il est vrai que la France a tendance à se croire le centre du monde, refusant de voir ce qui fonctionne bien à l'étranger ; refus qui date d'une période où la France a connu un taux de croissance bien supérieur à celui des pays anglo-saxons, avec un modèle qui a créé les stars du CAC 40 et des entrepreneurs comme Bouygues ou François Dalle pour ne citer qu'eux. Les grands succès planétaires (Amazon, Google, EasyJet, Vodafone…) de la fin du xx e siècle et du début du xxi e siècle sont tous étrangers

L'intégration – Les statistiques montrent que 30 % des fondateurs d'entreprises créées l'an passé aux États-Unis ne sont pas nés sur le territoire américain. Ce modèle, dans lequel chacun peut participer au grand rêve américain, où chacun peut avoir sa chance, montre la différence qu'il y a entre égalité et équité. Or, la France confond l'égalité et l'équité.

Des études passionnantes sur la perception de l'inégalité en France et aux États-Unis montrent que, sur les quartiles de revenus, les États-Unis sont plus inégalitaires, alors que les citoyens américains ont le sentiment d'être dans un pays plus égalitaire que la France ; l'inverse étant également vrai en France. Les Américains sont bien plus convaincus que les Français, et que les Européens en général, qu'eux-mêmes ou leurs enfants pourront progresser dans l'ascenseur social grâce à leurs talents.

Une réflexion sur les valeurs du capitalisme moderne est à mener en nous demandant si, plutôt que la notion d'égalité, la notion d'équité ne serait pas la véritable valeur fondatrice de notre économie.

La diabolisation de l'entreprise – On peut s'interroger sur cette diabolisation de l'entreprise et, en particulier, sur les polémiques liées aux salaires des grands patrons. Les quelques millions d'euros que se versent généreusement nos stars du CAC 40 provoquent des levées de boucliers, mais personne ne se révolte quand un footballeur comme Thierry Henry est transféré à Barcelone avec un salaire mensuel de 800 000 €.

Nombreux sont les jeunes Français qui s'identifient à Thierry Henry s'imaginant qu'ils pourraient eux aussi, s'ils en avaient le talent, être footballeurs. En revanche, au vu des études et du parcours des patrons du CAC 40, ils savent pertinemment qu'ils ne sont pas capables d'assumer de telles fonctions. Cet aspect caste s'accélère avec les générations. S'il est vrai que deux tiers des chefs d'entreprises n'ont pas fait d'études supérieures, en revanche, plus la taille des entreprises est grande, moins cette réalité est avérée.

Une vraie réflexion est à mener sur l'idée que le capitalisme doit donner sa chance à chacun, ce qui n'est plus le cas du modèle français, qu'il soit social ou pas, alors que c'est encore très fortement le cas du modèle anglo-saxon.

La France est malgré tout un pays d'entrepreneurs, c'est également un pays d'initiatives et d'envies. Les jeunes Français sont très créateurs de projets, mais toute leur énergie est mise au service d'associations caritatives, comme les « Restos du Cœur » – qui est par ailleurs une très noble association –, plutôt qu'axée sur la création d'une entreprise qui intégrerait davantage d'emplois et donc éviterait à ces associations de devoir perdurer.

Il est nécessaire de prendre des mesures pour favoriser la création d'entreprises et surtout la création d'entreprises à potentiel. Les problèmes de fiscalité sont réels ; la fiscalité doit être orientée vers l'entreprise, notamment vers les petites entreprises. Il est anormal de ne pas taxer la possession d'un tableau de maître ou la propriété d'une forêt et, a contrario, de taxer à l'ISF la détention d'actions dans une entreprise qui démarre et qui ne versera pas de dividendes pendant cinq ans. Je ne suis pas un partisan absolu de l'abolition de l'ISF, tout n'étant qu'une question de proportion. En revanche, je suis convaincu que la fiscalité ne doit avoir qu'une priorité, qu'elle soit dirigée vers les entreprises et les petites entreprises, et qu'à fiscalité égale, tout soit mis en oeuvre pour aider les entrepreneurs.

Le Code du travail est également un frein. Avec ses 2 353 pages, il est quasiment le même pour une petite entreprise ou pour une jeune entreprise que pour une multinationale. Il est sans doute plus facile de faire face à la complexité du Code du travail ou aux prud'hommes pour une DRH d'un groupe comme L'Oréal que pour une entreprise en démarrage. La réforme du Code du travail doit passer par le bas de la pyramide et sans doute sera-t-elle mieux acceptée si elle s'intéresse d'abord aux petites entreprises ou aux jeunes entreprises.

La France est un pays malthusien qui a cadenassé un nombre très important de secteurs et de professions, ce qui empêche la création d'emplois et d'entreprises.

Je voudrais vous inciter à réfléchir à l'image que nous donnons en ne prenant pas la parole. Très souvent, le patron français préfère, pour vivre heureux, vivre caché ; il n'a pas la capacité d'aller porter ses convictions devant ses contradicteurs. Laisser des débats s'instaurer entre des gens qui sont tous ennemis de l'entreprise ou qui ne la connaissent pas, conduit à ce qu'un pays considère l'économie de marché comme étant dangereuse pour les salariés et l'entreprise un élément d'exploitation.

La diabolisation vient d'éléments exogènes, comme certains médias et certains hommes politiques, mais elle vient aussi de vingt années de manque de communication, de mauvais exemples donnés, d'une incapacité à prendre le train des médias et à aller lutter à armes égales avec des gens dont la politique et les convictions sont autres.

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Cet article fait partie du colloque Existe-t-il encore un modèle social français ?

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