Emploi et politiques sociales

Création d'emplois marchands - Nicolas Sarkozy sait-il faire ?

27 janvier 2010 • Bernard Zimmern

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Impressionnant ce lundi par sa maîtrise des dossiers, Nicolas Sarkozy nous a cependant laissé sur notre faim pour ce qui devrait être le plus important dossier de son quinquennat : comment créer des emplois dans le secteur marchand.

Son handicap provient de ce que la bonne information économique ne parvient pas jusqu'à lui et que ce qui lui parvient est faux ou déformé :

- Le gouvernement s'enorgueillit à juste titre des centaines de milliers d'entreprises créées par le statut d'auto-entrepreneur. Mais ceci lui masque qu'il y a très peu de chances de voir grandes entreprises sortir des créations d'entreprises avec zéro salariés ; celles-ci, les grands pourvoyeurs des emplois de demain, dérivent surtout des entreprises créées avec salariés. Le nombre de celles-ci plafonne depuis des années à 40.000 par an, là où les Anglais et les Allemands sont à plus de 100.000 et les Américains à 600.000.

- On lui dit que nous manquons d'ETI, les Entreprises de Taille Intermédiaire (entre 250 et 5.000 salariés). Mais les comparaisons avec nos voisins allemands et anglais montrent que nous manquons encore plus de grandes entreprises de plus de 5.000 salariés. En fait, les entreprises que nous créons en France grossissent difficilement au-delà de 250 personnes mais c'est le processus de création qui est en cause et aucune intervention étatique ne fera devenir chevaux de course ceux dont la complexion est d'être des mulets.

- Il y a très peu de fous en France pour créer des entreprises avec salariés ; les jeunes préfèrent la fonction publique ; mais c'est parce que nous manquons dramatiquement d'argent au stade de la création d'entreprise alors qu'il coule à flot ailleurs. Nous avons pu évaluer entre 1 à 2 milliards l'argent investi dans les créations d'entreprise en France, 5 à 10 en Grande-Bretagne, 10 à 20 aux USA à population comparable.

- De nombreuses autres dispositions ont été prises pour collecter l'épargne de petits épargnants et la diriger vers des entreprises (FCPI, FIP, etc.) ou aider les réseaux de Business Angels. Mais personne n'a dit au Président que l'essentiel de l'investissement des créations d'entreprises – avec salariés- dans les pays ayant vaincu le chômage, provenait de « riches », notamment de dirigeants d'entreprises qui mettaient plus de 100.000 euros dans ces créations, directement, sans passer par des structures intermédiaires qui aboutissent forcément à financer des mulets car leurs gestionnaires ne peuvent financer les projets les plus audacieux ; s'ils échouent, ils ne veulent pas être seuls.

- La raison est que nous n'avons pas mis en place les dispositifs fiscaux qui inciteraient ceux qui ont des revenus disponibles à les investir dans des créations d'entreprise. Nous nous félicitons de l'ISF-TEPA mais suite à un certain nombre d'erreurs, l'essentiel va vers des PME bien établies – même si elles ont besoin de renforcer leurs capitaux – pas vers les créations. L'avantage Madelin, l'autre niche fiscale, est plafonné à 100.000 euros là où les Anglais sont à un million de £. Il coûte environ 200 millions au Trésor public mais la niche fiscale DOM-TOM, plus du milliard. Le monde à l'envers.

Tant que personne ne dira au Président qu'il faut mettre en place des mesures fiscales infiniment plus vigoureuses pour diriger l'argent des « riches » vers la création d'entreprises – avec salariés -, Nicolas Sarkozy restera incapable de résoudre le problème de l'emploi, pourtant le plus crucial au succès de son quinquennat et de la France.

p.s. Toutes les affirmations de cet éditorial sont ou seront supportées dans des articles du site de la Fondation iFRAP.

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