Emploi et politiques sociales

Corruption et politiciens dans la crise des subprimes

21 octobre 2008 • Bernard Zimmern

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L'affaire des subprimes, à l'origine de la crise financière internationale, a son origine dans des dérèglements des systèmes hypothécaires américains ; mais pas seulement pour des raisons humanitaires et l'extension de prêts à des populations défavorisées : corruption et politique se retrouvent dans une combinaison qui malheureusement n'est pas nouvelle.

Un précédent : celui des Savings and Loans qui, dans les années 80, secoua l‘Amérique et conduisit à la démission du tout-puissant speaker de la Chambre Jim Wright, celle de Fernand Saint-Germain, le président de la commission bancaire de la Chambre, au scandale des « Keating Five » impliquant quatre sénateurs démocrates et le sénateur John McCain, l'actuel candidat républicain à la présidence, un risque de faillite évalué à environ 1300 milliards de $ et ayant coûté au final 160 milliards dont 125 aux contribuables.

Les S & L sont des caisses d'épargne dont les fonds servaient essentiellement à faire des prêts immobiliers. Amenées à convertir des dépôts des déposants à court terme en placements à moyens et longs termes, les S & L devaient observer des ratios de liquidité. Ils sont contrôlés par des régulateurs qui peuvent bloquer les S & L sortant des limites réglementaires.

C'est ici que corruption et politique rentrent en jeu. En contrepartie de faveurs financières personnelles et d'abondantes contributions aux caisses des partis, ces parlementaires intervinrent pour bloquer l'intervention des régulateurs.

La crise des subprimes a des origines similaires. Au centre du dispositif, deux sociétés à capitaux privés, appelées Fannie Mae et Freddy Mac, qui ne sont pas liées formellement à l'Etat américain mais disposent d'une ligne de crédit garantie par ce dernier. Cette facilité leur permet d'emprunter de l'argent sur le marché à des taux bien plus faibles qu'une banque. Toutes deux usent de cette capacité pour remplir leur mission, à savoir racheter des prêts immobiliers aux établissements de crédit qui les ont souscrits.

En se portant acquéreurs de ces prêts, Fannie Mae et Freddie Mac permettent aux établissements de crédit de s'en décharger et de pouvoir ainsi souscrire de nouveaux prêts. Ils garantissent ainsi le maintien d'une offre de crédit à des conditions plus favorables que si le marché se régulait seul. Ceci leur a également permis de regrouper les hypothèques sous forme de paquets et de les placer auprès des autres organismes financiers. Le total des hypothèques ainsi constituées atteignait 5.200 milliards en mai 2008.

Ce sont ces deux sociétés que le gouvernement américain a dû nationaliser en septembre. Au cœur du scandale, Franklin Raines, le fils d'un agent de nettoyage, diplômé de Harvard (Law school) et d'Oxford (Rhodes scholar comme Bill Clinton). Après divers postes dans l'administration notamment comme directeur du US Office of Management and Budget dans le gouvernement Clinton, il prit la présidence de Fannie Mae en 1999 et rapidement entreprit d'élargir les possibilités de prêts à des foyers à bas revenus et d'abaisser les conditions requises pour les rachats de crédits hypothécaires auprès des organismes financiers. Cette action pourrait être mise sur le compte de la générosité si simultanément Raines n'avait pas été convaincu d'avoir truqué les comptes de l'entreprise de façon à montrer des performances toujours meilleures dont ses bonus étaient dépendants et justifier un traitement qui en 2003 dépassait 20 millions de $, et être obligé de démissionner. La même année, plus de 20 de ses collaborateurs touchèrent des traitements supérieurs au million de $.

Particulièrement remarquable fut sa bataille contre l'éditorialiste en chef du Wall Street Journal, Paul Gigot [1], qui dès 2001 dénonçait les truquages comptables.

C'est ainsi que le PDG de Countrywide Financial, l'une des plus grandes firmes hypothécaires et l'une des premières à déposer son bilan en 2008, Angelo Mozilo, attaquait publiquement Gigot dès octobre 2003 pour oser critiquer la comptabilité de Fannie ; il était d'ailleurs rejoint par Paul Krugman, le récent prix Nobel d'économie, éditorialiste du New-York Times qui n'hésitait pas à publier des articles attaquant le Wall Street Journal, disant que la droite américaine haïssait Fannie et Freddie parce qu' « elle ne voulait pas que des entités quasi-publiques puissent concurrencer Angelo Mozilo ». Alors que ces deux institutions avaient fait la fortune de Mozilo en achetant en masse ses titres hypothécaires.

Le scandale de Fannie et Freddie n'a pu perdurer que grâce à des complicités politiques, essentiellement celles du parti démocrate auquel était lié Raines largement arrosé par ces institutions. Mais pas seulement ce parti, car comment expliquer que le président Bush n'ait pas pu réussir à les réformer lorsqu'il le tenta en 2003 ?
Très remarquées ont été les interventions démocrates, en particulier celles du député Barney Franks, du sénateur Chuck Schumer, du sénateur Chris Dodd, qui supervisent au Congrès les activités des Fanny et Fred. A côté des largesses faites au parti, il faut noter des avantages discrètement accordés aux parlementaires eux-mêmes. Chris Dodd aurait ainsi bénéficié de prêts à des conditions inégalées pour acheter d'importants biens immobiliers dans son état, le Connecticut.

[1] « The Fannie Mae gang » par Paul A. Gigot. Editorial Wall Street Journal 24/7/ 2008

Commentaires

  • Par LEON DUQUENNE • Posté le 22/10/2008 à 15:46 Monsieur Zimmen

    D'après moi la FED qui fut érigée par le Président Wilson en 1912

    est la cause principale de tous nos problèmes. Bill Bonner qui écrit dans Daily Reckoning et qui habite Ouzilly en France, a montré que Paulson et Bernandke continuent de sévir en injectant du crédit dans le système monétaire pour sauver GOLDMAN SACHS et tous ceux qui influencent la gestion du dollar, ceux qui en 2007 en commission ont fait 220 milliards de dollars.

    Dans le The Daily Reckoning [dr@dailyreckoning.com]

    Envoyé: mercredi 9 juillet 2008 18:59

    À: DUQUENNE LEON

    Objet: Today's Daily Reckoning - Casualties of Financial Friendly Fire

    décrit tous ce qui résulte de la gestion par Paulson

    Layer Rothschild en 1913 disait que celui qui gérait la monnaie contrôlait le monde. Il s'avère qu'il a toujours raison.

    Avec ma haute consideration
  • Par Jean-Charles Duboc • Posté le 22/10/2008 à 12:02 Le fond du problème est celui du manque d’éthique des dirigeants et le fait qu’ils ne sont pas réellement contrôlés par les citoyens.
    Nous devons réussir à neutraliser les dirigeants politiques qui sont corrompus et c’est le sens du blog « Alerte éthique » :
    http://euroclippers.typepad.fr/alerte_ethique/
    C’est un problème vital qu'il faut absolument résoudre pour l’avenir de nos sociétés.
    Jean-Charles Duboc
  • Par ZOE • Posté le 22/10/2008 à 11:10 Je pense que cette crise est mondiale avec le mécanisme suivant :
    Le mécanisme est culturel avant d’être économique : on a voulu développer le pouvoir d’achat sans création de valeur ajoutée mobilisable (on a pris sur le patrimoine et le capital et, quand tout a été utilisé, on a continué comme si de rien n’était) :
    A/ Les organismes souverains (organismes internationaux, communautés d’Etat, nations) ont tous effectué prêts, aides, subventions, prestations sociales, dons, remises de dettes,… aux particuliers, aux organisations, aux ONG, aux syndicats, aux fonctionnaires, aux nations… sans création de valeur ajoutée.
    B/ L’argent artificiellement créé a servi à vivre au-dessus de nos moyens et a permis de s’affranchir du « raisonnement comptable »
    C/ Les circuits financiers ont cherché à utiliser cet argent pour créer de la valeur ajoutée mais l’argent facile avait tué la nécessité et la volonté de travailler d’où le cercle vicieux basé sur le principe suivant : je ne veux pas travailler mais l’Etat doit satisfaire mes besoins. Devant cette pression répercutée à tous les échelons :
     On fait marcher la planche à billets
     De plus en plus d’argent disponible mais pas de volonté pour créer de la valeur ajoutée et mettre des contreparties
     La spéculation se développe en dehors de l’économie réelle (création de « traites de cavalerie »).
    D/ La spéculation entraîne une fuite en avant couverte par tous les acteurs car ils y trouvent leur compte y compris les fonds souverains qui veulent augmenter leur rentabilité (et éventuellement détruire le système concurrent).
    E/ Les circuits financiers ne correspondent plus à l’économie réelle.
    F/ Les bénéficiaires de cette manne refusent l’adaptation des systèmes de régulation et finalement tout le monde doit de l’argent à tout le monde.
    G/ La gestion des valeurs par ordinateurs crée une spirale baissière généralisée des actions (l’application à la lettre des procédures tue)
    H/ Création d’une crise mondiale de confiance et de liquidités et le château de cartes s’écroule en emportant avec lui l’économie réelle
    Cette politique provient des 4 principes culturels suivants :

    - L’importance donnée aux idées, aux principes, aux convictions qui traduit une incapacité à envisager de face la réalité.
    - Ceux qui confondent le rêve et la réalité sont perçus comme ayant renoncé à la compétition.
    - Etre compétitif c’est prendre parti contre le besoin d’égalité et solidarité.
    - L’augmentation du pouvoir d’achat peut se faire sans création de valeur ajoutée mobilisable
    En conclusion provisoire: nous allons remettre en route l'économie en payant des frais de fonctionnement, des charges à court terme, etc. avec des emprunts à long terme ce qui préparera la prochaine crise
    Valeur Ajoutée = La valeur qu’un client accepte de payer sans aide, ni subventions, pour un produit ou un service (notion différente de la Valeur Ajoutée comptable qui inclut tous les coûts de transformation y compris ceux qui ne servent à rien : bureaucratie inutile ou surnuméraire, défaut qualité, postes fictifs, moyens sans finalités mesurables, financement d’autres choses que l’objet social, salaires pharamineux…
  • Par Gilbert Claret • Posté le 22/10/2008 à 10:59 Votre article est très intéressant. Merci de votre éclairage. Il met en évidence des aspects méconnus de la crise des subprimes, notamment en ce que les règles d'une bonne gouvernance (transparence, prudence et rectitude des intervenants) ont été foulées aux pieds. Ces dérives du système des prêts hypothécaires américains vont à l'encontre des principes du libéralisme véritable. Le système a constitué ou en tous cas s'est perverti en une machine technocratique infernale, en apparence généreuse s'agissant des facilités de prêts aux emprunteurs à revenu modeste mais en réalité dans le but de permettre à ceux qui le contrôlaient et le manipulaient de s'enrichir de façon carrément malhonnête. Espérons que la justice américaine fera son travail, lorsque le climat financier mondial sera un peu plus serein.

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