Emploi et politiques sociales

Conclusion - Mettre l'emploi au coeur de la campagne

12 février 2007 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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Par Geoffroy Roux de Bézieux, président de CroissancePlus

Je me réjouis d'un certain consensus, en tout cas pour ce que nous avons entendu sur l'esprit d'entreprise, sur le fait que l'emploi, c'est les PME, et sur la nécessité de faire aimer nos chefs d'entreprises.

Nous avons entendu qu'en France, la création d'entreprise se portait bien. En fait, si elle se porte effectivement « mieux », elle ne se porte pas « bien ». En 2006, il a été créé 230 000 entreprises en France, alors que dans la même période, il en a été créé 465 000 en Grande-Bretagne pour une population équivalente et environ 350 000 en Espagne. En revanche, pour les intentions de créer une entreprise, en particulier chez les 18-35 ans, la France vient en tête des pays de l'OCDE.

Ce paradoxe est dû notamment à la dimension culturelle largement évoquée au cours des débats.

L'image des patrons est un sujet qui m'est cher. Il est certain qu'il y a un effet école, un effet syndicats, une responsabilité des hommes politiques, mais je pense qu'il y a également une grande responsabilité des patrons eux-mêmes. Je pense que l'on pourrait parler d'un « autisme patronal », au sens où très peu de patrons sont prêts à aller affronter les médias, l'opinion publique pour défendre leurs convictions, pour expliquer pourquoi ils ont choisi leur métier, pourquoi ils restent en France, pourquoi ils créent des emplois, pourquoi ils estiment mériter leur salaire.

Ensuite, une fois que l'entreprise est créée, les difficultés se multiplient, avec un droit du travail qui est ce qu'il est. Il est le fruit de notre héritage, mais avec ses 2 735 pages, le Code du travail s'applique de la même manière à Michelin, à L'Oréal, à Aventis et à l'entrepreneur lambda qui démarre sa société. Le manque de capital qui a également été abordé. Les délais de paiement qui sont un obstacle à la croissance et souvent à l'origine des défaillances, et l'État n'est pas toujours le meilleur payeur. On pourrait d'ailleurs suggérer à l'UMP et à l'UDF d'ajouter dans leur programme une mesure toute simple qui serait que les trésoriers-payeurs généraux, à délais de paiement équivalents, commencent par payer les petites entreprises avant les grandes. Les banques qui ne prêtent jamais aux jeunes entreprises qui n'ont pas d'actif à mettre en face du crédit. À cet effet, une mesure devrait voir le jour prochainement, obligeant les banques à davantage de transparence en la matière.

Quant à l'innovation, on se focalise trop souvent en France sur la recherche scientifique et technique en oubliant les innovations de process. Nous avons beaucoup soutenu le dispositif gazelle, car pour la première fois, on reconnaît que l'emploi est créé par les entreprises à forte croissance. J'espère sincèrement que le prochain gouvernement ne supprimera pas cet excellent dispositif qui malgré tout est insuffisant.

En Angleterre, un million d'emplois sont dans le commerce qui est libéralisé. Laisser une certaine liberté aux entrepreneurs permet de créer des emplois, et je regrette qu'aucun candidat n'aborde la question du travail le dimanche. Aujourd'hui, fermer les commerces le dimanche est une absurdité ; Internet, qui pèse pour 7 à 10 % des ventes de commerce, est ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il y aurait là des solutions simples et courageuses, certes pas très payantes sur le plan électoral, susceptibles de résoudre notamment le problème des travailleurs pauvres. Quant à certaines professions réglementées en France (chauffeurs de taxi, pharmacies, experts-comptables…), elles n'ont plus aucune raison de l'être. Bien sûr, il y a des lobbyings très forts et sans contester la difficulté d'être homme politique face aux lobbyings, je pense que c'est une question qui mériterait d'être traitée, parce qu'il y là un gisement très important d'emplois.

Je vous remercie.

Cet article fait partie du colloque Mettre l'emploi au cœur de la campagne

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