Emploi et politiques sociales

Comparatif des salaires des médecins à l'hôpital

Les suites du rapport de l'IGAS

13 février 2009 • Agnès Verdier-Molinié

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Un récent rapport de l'IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) a pointé les écarts de rémunérations entre médecins hospitaliers et libéraux. Par exemple, un gynécologue à l'hôpital public serait en moyenne rémunéré 70.394 euros bruts par an tandis que, dans une clinique, un gynécologue gagnerait 94.639 euros par an. La publication de ces données constitue un progrès considérable en termes de transparence mais leur interprétation peut être, pour le moins, biaisée.

Certains ont été choqués par cet écart de rémunérations public/privé, y trouvant la source du manque d'attractivité des hôpitaux publics vis-à-vis des praticiens hospitaliers. D'autres ont été scandalisés par le niveau général des rémunérations : les médecins se « gaveraient » (lu sur des blogs) et les déficits des hôpitaux publics seraient ainsi expliqués. Rappelons que les médecins qui pratiquent à l'hôpital et dans les cliniques ont fait 12 ans d'études particulièrement sélectives et qu'il n'est pas anormal qu'ils soient bien payés, et même mieux que certains hauts fonctionnaires.

Tout cela mérite une explication. En soit, le fait qu'il y ait des écarts de rémunération entre les praticiens n'est absolument pas choquant, il est même sain qu'un médecin qui travaille plus soit payé plus. Il est aussi logique que les praticiens qui exercent en libéral gagnent plus que leurs confrères des hôpitaux publics puisque le rapport de l'IGAS confirme que les 40.000 médecins qui exercent dans les cliniques (contre 94.000 dans les hôpitaux) réalisent, notamment, 60% des actes de chirurgie. Il faut dire que les heures d'ouverture des blocs opératoires ne sont pas les mêmes et l'organisation souvent plus rationnelle en clinique, ce qui fait dire à Philippe Cuq, président de l'Union des Chirurgiens de France (UCDF) : « l'activité libérale n'est pas la même en temps de travail qu'à l'hôpital, d'autant plus que notre temps de formation, nos congés etc. sont pris sur notre activité ».

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Secteur Hospitalier (source INSEE)

En revanche, on peut regretter que le rapport de l'IGAS ne fasse pas de comparaison entre les traitements pour les autres professions exerçant dans les centres hospitaliers publics et privés car, outre les cadres de direction et les médecins, tous les autres personnels du secteur sont mieux rémunérées dans les hôpitaux publics que dans les cliniques privées (voir tableau INSEE). Les personnels administratifs des hôpitaux jouent évidemment un rôle essentiel dans l'enveloppe des dépenses de fonctionnement de l'hôpital public car ils représentent à l'hôpital public -a minima- 23,5% des personnels (source DGAFP 2004). Si l'hôpital public compte environ 94.000 médecins, il compte plus encore de personnel strictement administratif avec 94.469 agents (source : chiffres clés FHF et SAE 2006), 92.594 personnels techniques et ouvriers, auxquels on pourrait ajouter 39.711 « médico-techniques » et 11.027 « sociaux-éducatifs ».

Le rapport n'évoque pas non plus le traitement et le nombre des directeurs d'hôpitaux qui, un peu mieux rémunérés il est vrai, sont un à deux dans les cliniques et, en moyenne, entre 4 et 6 par hôpital public et jusqu'à 20 par CHU payés jusqu'à 88.000 euros bruts par an (chiffres FHF). Selon la Fédération Hospitalière de France (FHF), sur 100 euros dépensés en moyenne à l'hôpital public, 50 euros le sont pour le traitement des personnels non médicaux (qui comportent les personnels soignants soit les infirmières et les aides-soignantes), 20 euros pour les personnels médicaux, entre 10 et 17 pour la logistique, nettoyage etc., entre 7 et 12 pour l'investissement et entre 3 et 4 euros pour l'amortissement et les intérêts de la dette. Peut-être cette répartition pourrait-elle être optimisée pour garder à l'hôpital les meilleurs médecins et les inciter à effectuer autant d'actes que leurs confrères du secteur hospitalier privé ? En tout état de cause, stigmatiser praticiens libéraux contre praticiens hospitaliers ne semble pas être la bonne solution d'autant plus quand le secteur hospitalier privé, coûtant moins cher, effectue une grande partie des actes.

« Comment l'hôpital public, avec 966.000 personnels qu'ils soient médicaux, soignants et administratifs et 50 milliards d'euros de budget par an n'arrive-t-il pas à rattraper les parts de marché des cliniques avec 110.000 salariés (+ 40.000 médecins) et 10 milliards d'euros (hors honoraires médicaux) ? » demeure une vraie question. L'évacuer en stipulant que nos médecins spécialistes sont trop payés dans le privé et feraient une concurrence déloyale à l'hôpital serait une aberration alors qu'une récente étude de l'OCDE montre que la France se place en 7ème position sur 13 en termes de rémunération des médecins dans l'ensemble du secteur hospitalier. La logique voudrait que l'on rémunère toujours plus sur des critères de performance en tenant compte de l'attractivité des carrières pour inciter les jeunes diplômés à aller aussi vers les disciplines en sous-effectifs comme la chirurgie.

Commentaires

  • Par Doc38 • Posté le 13/02/2009 à 17:26 Merci beaucoup pour ces précisions utiles qui resituent les choses.
    Permettez-moi d'élargir le débat aux rémunérations des médecins de façon plus générale.
    En France, on adore critiquer la rémunération des docs, qui passent toujours dans l'imaginaire collectif pour des notables extrêmement riches.
    S'il est vrai que certains (anesthésistes, radiologues) gagnent fort bien leur vie, l'échelle des rémunérations entre les spécialités est étendue, et certaines spécialités (médecine générale, pédiatrie, endocrinologie, psychiatrie etc... sans "plateau technique" souffrent de revenus scandaleusement faibles).
    Les revenus moyens, la façon de présenter les chiffres, sont donc toujours à interpréter prudemment.
    Je joins à ce billet plusieurs liens pointant sur une étude de l'OCDE comparant les rémunérations des spécialistes et généralistes au sein des pays développés en 2004: les généralistes français sont les moins bien payés en dehors de la Tchécoslovaquie de de la Finlande ! Nos confrères néerlandais, britanniques et américains gagnent en moyenne deux fois plus, et cela ne semble choquer personne dans leurs pays respectifs.
    http://www.apima.org/img_bronner/remuneration_GPS_OCDE.pdf
    http://www.apima.org/img_bronner/remuneration_spe_OCDE.pdf
    http://www.apima.org/img_bronner/revenus_medicaux_OCDE_2004.pdf

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