Emploi et politiques sociales

Comparaison de rémunération entre cadres du public et du privé

Fonction publique d'Etat : les cadres plus mal payés que dans le privé ?

19 décembre 2008 • Agnès Verdier-Molinié

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Il nous a semblé important de faire le point sur l'écart réel de rémunération entre cadres du secteur public d'Etat, hors enseignants [1], et cadres du secteur privé.

Nous avons en effet reçu de nombreuses réactions de protestation de cadres du public suite à notre comparaison des salaires moyens entre public et privé.

Ils arguent être beaucoup plus mal payés que les cadres du privé. Décryptage.

En 2006, selon les chiffres de l'INSEE traités par la DGAFP, les cadres de la fonction publique d'Etat hors enseignants percevaient par mois 3 518 euros nets soit 42 216 euros nets par an. La même année 2006, toujours selon l'INSEE, les cadres du secteur privé et les entrepreneurs salariés recevaient 3855 euros nets par mois soit 46260 euros nets par an. Soit un écart positif pour le privé de 337 euros nets par mois ou de 4044 euros nets par an. Les cadres et entrepreneurs salariés du secteur privé gagnent donc effectivement un peu plus en moyenne que les cadres du secteur public.

« Les cadres de la fonction publique de l'Etat gagnent en moyenne 46 à 48% de moins que dans le privé (cf rapports INSEE et de l'observatoire de l'emploi public). La grille indiciaire entre le sommet et le bas est passée de 1 à 8 à 1 à 2.90. Or, on leur en demande toujours plus, sans parler de primes comme 30 euros d'astreinte pour un dimanche de 6 à 8 h de présence (soit 4.5 euros bruts de l'heure : on est loin du salaire payé 100% de plus comme dans le privé !) Mais c'est commode de dire que les fonctionnaires sont encore les nantis. Un peu de travail en profondeur plutôt que de rester sur l'écume des choses pour une fois de la part d'experts ! »

Myriade - Message reçu le 10 décembre 2008

Mais il faut mettre dans la balance le fait que, côté public, le statut s'entend à vie, quasiment sans licenciement possible et qu'il n'existe donc pas de précarité de l'emploi face à un secteur privé où les cadres, comme les autres salariés, peuvent être licenciés si le travail n'est pas au niveau ou si l'entreprise voit son carnet de commandes diminuer. A cela s'additionne le fait que sont comptabilisés avec les cadres du privé les entrepreneurs salariés qui, chaque jour, prennent des risques sur leurs propres deniers pour monter leur entreprise, la développer, créer des emplois. Ajoutons que les retraites de la Fonction Publique sont beaucoup plus avantageuses que celles du privé, ce qui se traduit par un coût considérable. La cotisation retraite patronale de l'Etat est de 55% du salaire contre 15% dans le privé. En "salaire complet" les salaires des cadres de la fonction publique d'Etat sont donc d'environ 35% supérieurs à ceux du privé.

Autant de différences défavorables au privé auxquelles il ne faut pas oublier d'ajouter que les cadres du privé travaillent en moyenne (chiffres Eurostat 2007) en France 48 heures par semaine quand les seuls chiffres disponibles auprès de l'INSEE évoquent 36 heures en moyenne pour le nombre moyen d'heures effectuées par les salariés à temps complet de la fonction publique en 2004 (aucun chiffre INSEE sur le temps de travail n'est malheureusement disponible pour les cadres de la fonction publique d'Etat hors enseignants). Il faudrait aussi souligner que le nombre de cadres dans la fonction publique d'Etat qui est de 20,5% des personnels de la fonction publique d'Etat est bien supérieur au nombre de cadres dans le privé qui est de 16,5% (chiffres INSEE) des personnels du secteur privé. Eléments qui expliquent peut-être que, malgré un écart de rémunération de 337 euros nets pas mois, si nombreux sont ceux qui se présentent chaque année pour passer les concours de catégorie A de la fonction publique d'Etat.


Salaires mensuels et horaires moyens et répartition des effectifs et la catégorie socioprofessionnelle
Salaires bruts Salaires nets de tous prélèvements Répartition des effectifs ( %)
2005 (euros courants) 2006 (euros courants) Évolution en euros constants ( %) 2005 (euros courants) 2006 (euros courants) Évolution en euros constants ( %) 2005 2006
SALAIRES MENSUELS DES POSTES À TEMPS COMPLET (et effectifs en années-travail)
Ensemble 2516 2583 1,0 1903 1941 0,4 100,0 100,0
Cadres (1) 5051 5174 0,8 3777 3855 0,5 16,2 16,3
Prof. interm. 2552 2627 1,3 1926 1966 0,5 24,8 24,5
Employés 1751 1791 0,7 1340 1361 0,0 22,9 22,8
Ouvriers 1839 1884 0,8 1403 1423 - 0,2 36,0 36,3
(1) Y compris chefs d'entreprise salariés.

Champ : salariés du secteur privé et semi-public.

Source : Insee, DADS.
Nombre moyen hebdomadaire d'heures travaillées par les cadres (en 2007)
Espagne 47,5
France 48,0
Italie 47,8
Royaume-Uni 44,2
Suède 44,0
Allemagne 49.7
Source : Eurostat 2008

[1] Les enseignants sont comptabilisés dans les effectifs de catégorie A de la fonction publique d'Etat mais ils portent les effectifs au point que ce n'est plus 20,5% de la fonction publique d'Etat qui seraient cadres mais 59%. L'INSEE émet ainsi des statistiques de catégorie A hors enseignants qui rendent la comparaison pertinente avec les cadres du privé qui représentent 16,5% des effectifs du privé.

Commentaires

  • Par denmaur • Posté le 07/02/2009 à 15:00 Résoudre la polémique est simple : que les cadres du public qui s'estiment lésés par rapport au privé passent dans le secteur privé. Rien ne les empêche de le faire, alors que l'inverse n'est pas vrai.
    Moi, je l'ai fait : tout d'abord fonctionnaire, je suis passé dans le privé, puis suis revenu.
    Le verdict est clair : la situation du cadre public est la plus enviable : meilleur salaire pour un niveau réel de responsabilité comparable, beaucoup moins de stress, une sécurité d'emploi à toute épreuve, plein d'avantages annexes.
    Je suis maintenant retraité : la retraite publique est bien meilleure, au prorata des temps passés dans le public et le privé. Et pourtant, j'avais dans le public un fort pourcentage de primes sur lesquelles je ne cotisais pas.
    Bref, le pactole public ! Il y a un hic : accepter un job beaucoup moins dynamisant, justement parce qu'il n'y a pas de risque ni d'enjeu, accepter un job où, pour être bien considéré, il faut ne pas faire de vagues (il faut notamment obéir aux syndicats), et ne pas se préoccuper des résultats. C'est dur lorsqu'on a connu le privé !
    Denmaur
  • Par MP • Posté le 10/01/2009 à 23:22 La réaction de Myriade est édifiante en ce qu'elle démontre :

    1° l'ignorance complète par une partie importante des cadres du Public des conditions du marché de l'emploi et des rémunérations dans le privé ("46 à 48% de rémunération en plus...")

    2° Le malaise qu'éprouvent ces mêmes cadres du public quand ils sont mis en face des évidences statistiques de leur condition

    et de celle des "cadres" du privés (dans lesquels sont inclus des dirigeants)
    Le fait de savoir si les salaires ou avantages du Public sont "mirobolants", ou pas, relève de la discussion théologique pour professeur de "morale sociale contemporaine".

    En revanche, en l'absence de difficultés de recrutement, ou d'un taux de démission élevé, un employeur qui augmente ses salariés régulièrement est un mauvais gestionnaire. C'est ce que fait l'Etat.

    "Ils seront flics ou fonctionnaires, de quoi attendre sans s'en faire que l'heure de la retraite sonne" "Que la montagne est belle" Jean Ferrat, chanteur ultra-libéral.

    Les cadres du public ne sont ni des masochistes, ni des sacrifiés volontaires au service de l'humanité souffrante.

    Pour un certain nombre, ils sont porteurs d'une vocation qui ne peut s'exprimer que dans les métiers de la sphère publique.

    Les autres ont un sens aigü de la tranquilité d'esprit.
  • Par des LIGNERIS • Posté le 08/01/2009 à 19:19 Bonjour
    Vous avez établi des comparaisons de salaire net entre privé et public. Cette notion de salaire net n'a pas à mon sens d'intérêt économique, et ne peut servir d'étalon à une comparaison entre les "droits communs" et les "à statuts". La seule notion économique qui compte est celle du coût du travail pour l'employeur, Etat ou entreprise. A partir de telles données, on pourrait par exemple estimer quelle serait l'économie pour le budget de l'Etat si l'on se décidait à supprimer les statuts... Ce chiffre est à mon avis susceptible de provoquer un tsunami d'indignations, peut-être salutaire.
    Un de vos inconditionnels
    Nicolas des Ligneris
  • Par cimti • Posté le 07/01/2009 à 14:41 Bonjour,

    Je cotoie plusieurs retraités de la fonction publique ou assimilés.

    Tout ce que j'ai pu entendre est édifiant.

    Une enquête sur les avantages, considérés comme des acquits sociaux, à une classe de privilégiés, est nécessaire pour montrer la vérité qui nous coûte très cher. Ils sont tout à fait dépassés et correspondent à une époque qui est révolue: les 30 glorieuses.

    Exemples:

    1- Compagnie aérienne: billets gratuits ou à forte remise pour toute la famille. 2- EDF: Electricité gratuite hormis une petite redevance pour cacher la vérité.

    3- Villages vacances à prix dérisoires, les centres de vacances, les mutuelles... La liste est longue.

    Supprimons tous ces avantages pour parler à égalité, car non seulement nous n'avons pas ces avantages mais en plus, c'est nous qui leur payons ces avantages.

    Merci de votre action,

    Sincères salutations

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