Emploi et politiques sociales

Comment l'ANPE truque les chiffres

La vérité sur la rapport Charpy

31 décembre 2006 • Julien Lamon

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Depuis la mise en concurrence de l'ANPE avec les opérateurs du privé, responsables et syndicats de l'agence affirment, chiffres à l'appui, la supériorité de l'Agence. Suite aux dernières déclarations de Christian Charpy, Directeur général de l'Agence nationale pour l'Emploi (ANPE) s'appuyant sur un rapport de l'Observatoire de l'ANPE (service de l'ANPE), l'iFRAP a mené l'enquête. Les conclusions et la méthode employée cette fois-ci (étude interne non validée en externe) sont particulièrement discutables. Démonstration.

3 millions d'offres d'emploi satisfaites chaque année par l'ANPE : FAUX

Christian Charpy déclare à l'envie : "On peut être public et être efficace" en citant quelques indicateurs censés démontrer l'efficacité de ses services. Il annonce que 3 millions d'offres sont satisfaites chaque année par l'ANPE. Les calculs de l'iFRAP d'après les enquêtes emploi de l'Insee [1]et les enquêtes de la DARES et de l'ANPE [2] montrent que 445 000 personnes retrouvent un emploi grâce à l'ANPE ou un autre organisme de placement. Ainsi, afin de connaître les véritables résultats de l'ANPE, il faut retrancher à 445 000 personnes placées les placements réalisés par les autres organismes de placement :

- 10 000 à 30 000 personnes qui retrouvent du travail grâce aux agences privées [3],

- au moins 25 000 grâce aux services de l'APEC [4],

- 50 000 jeunes inscrits sur les listes de l'ANPE qui retrouvent un emploi grâce aux missions locales [5],

- les travailleurs handicapés, pris en charge par les réseaux « Cap emploi » ce qui représente un peu plus de 45.000 personnes embauchées en 2005 [6].

Données rapport Charpy Données réelles
Nombre d'offres satisfaites 3 000 000 ≤ 300 000
Taux de sortie vers l'emploi à 6 mois (ANPE) 41 % 19,60 %
Taux de sortie vers l'emploi à 6 mois (privé) 40,9 % 53,7 %
Coût d'un accompagnement (ANPE) 690 à 760 € 4 350 €

Ce sont donc seulement 300 000 personnes, au maximum, et non 3 millions qui retrouvent un emploi grâce à l'ANPE chaque année, et ce sans compter la part des agences d'intérim.

L'ANPE plus efficace que le privé : FAUX

Christian Charpy se félicite ensuite de faire mieux que les agences privées.

En effet, le dernier rapport de ses services [7] annonce un taux de sortie du chômage équivalent. Ainsi, 41,7% des chômeurs pris en charge dans le cadre des contrats d'accompagnement ANPE sortiraient du chômage au moins une fois au bout de six mois contre 40,9% pour les opérateurs privés. Or les sorties de l'ANPE ne correspondent pas forcément à une reprise d'emploi. En effet, les "enquêtes sortants" de L'Agence montrent que seulement 48 à
49% des sorties des listes ANPE sont dues à une reprise d'emploi [8]. A six mois, le taux global de retour à l'emploi est donc de 19,60%, dont seulement 33 % de CDI (en 2005). Ce taux de 19% est d'ailleurs vérifié dans une étude publiée en septembre 2005 par le Centre d'études de l'emploi [9]. Les services de l'ANPE permettent donc un taux d'embauche en CDI de 6,4%. L'Unedic annonce, elle, un taux de retour à l'emploi de 53,7%, dont 41% en CDI grâce à l'action des opérateurs privés [10].

Selon son Directeur, l'ANPE ferait donc mieux que le privé, en vérité, ses performances sont plus de quatre fois inférieures à la concurrence. L'ANPE permet donc à 6,4% des chômeurs accompagnés de retrouver un CDI au bout de 6 mois, contre 22,1% pour les opérateurs privés.

L'ANPE coûte moins cher que ses concurrents : FAUX

Selon l'ANPE, ses prestations seraient trois fois moins coûteuses que celles des agences privées. Tout d'abord, précisons que près de 75% des prestations d'accompagnement de la clientèle captive sont sous-traitées auprès de plus de 4000 partenaires privés et publics. Ceux-ci seraient donc trois fois plus performants que ceux choisis par l'Unedic pour son expérience de mise en concurrence.

L'étude de l'Observatoire nous apprend que l'ANPE paie entre 690 et 760 euros par prestation contre 2.300 en moyenne pour le privé. L'Unedic, quant à elle, estime un coût moyen de 3.310 euros par chômeur accompagné. Or, les prestations de l'ANPE durent au maximum 3 mois, quand celles des opérateurs concernés durent de 6 à 9 mois auxquels il faut ajouter de 6 à 7 mois de suivi dans l'emploi. Pour comparer les prestations il faut donc multiplier au minimum par trois le coût moyen de l'accompagnement de l'ANPE. On arrive ainsi à 2.175 €, très proche du prix versé pour les dispositifs d'accompagnement expérimentaux et cela sans compter le coût du suivi après emploi. Rappelons enfin que le coût moyen des prestations privées est calculé en fonction du taux de réussite. L'Unedic verse un tiers du paiement en avance, les deux tiers restants quand la personne au chômage trouve un emploi, ce qu'omet de mentionner l'étude des services de l'ANPE. D'un point de vu qualitatif, la comparaison est encore plus sévère pour l'ANPE, puisque les opérateurs privés s'engagent à contacter leur "client" une fois par semaine contre une fois tous les 15 jours pour les sous-traitants de l'ANPE. Le coût d'accompagnement grimpe donc à 4.350 € pour accepter la comparaison.

Le coût réel de l'ANPE : la VÉRITÉ

D'après deux études des services de l'ANPE et du Conseil d'étude de l'emploi, on peut évaluer à 31% la part des chômeurs inscrits chaque année bénéficiant au moins d'un accompagnement (hors ateliers) pour un coût annuel d'environ 435 millions d'euros [11]. Pourtant, le budget total de l'ANPE avoisine les 2,5 milliards d'euros par an. Seulement 18% du budget de l'ANPE sont donc consacrés pour l'essentiel à soustraiter l'accompagnement des chômeurs dans leur retour à l'emploi. L'activité principale de l'ANPE, c'est-à-dire la collecte d'offres et la gestion des flux d'entrées et de sorties des personnes au chômage occupe donc 82 % des crédits, en augmentation constante et à un rythme plus élevé que l'augmentation des crédits consacrés aux prestations d'accompagnement [12]. Rapportés aux 4,5 millions de demandeurs d'emplois qui s'enregistrent chaque année, l'ANPE dépense ainsi près de 700 euros par chômeur pour l'accompagnement et 450 pour l'entretien PAP et la gestion administrative de son dossier.

Ces chiffres semblent faibles, ils sont bien évidemment trompeurs. La mission première de l'ANPE étant le "placement" des personnes à la recherche d'un emploi, il faut rapporter le coût global au nombre d'emplois fournis grâce à ses services, soit seulement 300.000 personnes. On obtient ainsi un coût de placement moyen de 8 300 euros, près de trois fois le coût des organismes privés ! Rapporté au nombre de personnes retrouvant un emploi véritablement durable (CDI), l'efficacité du privé devient alors quatre fois plus grande !

BILAN : l'ANPE nous ment

Depuis la fin de sa situation de monopole sur le marché du retour à l'emploi, l'ANPE parvient de moins en moins à masquer son inefficacité. Cette étude, faite par les services de l'ANPE eux-mêmes pour discréditer les performances de ses nouveaux concurrents ne trompe personne. Elle tient tout simplement de la manipulation grossière. Christian Charpy, plutôt que d'essayer de nous endormir, ferait bien de réfléchir à la réorganisation complète d'une administration qui ne sert qu'à compter les chômeurs avant de les rediriger vers des prestataires plus compétents.

A ne pas vouloir affronter la vérité, les responsables de l'ANPE trompent trois catégories de personnes :

- Tout d'abord, les personnes au chômage, qui pensent être accompagnées efficacement pendant leur période souvent difficile de recherche d'emploi.

- Ensuite, les 25 000 agents de l'ANPE, dont les efforts et l'engagement sont gâchés par une structure administrative inefficace.

- Enfin, l'ensemble des contribuables qui financent une « usine à gaz » opaque dont les crédits augmentent chaque année pour des résultats qui ne progressent guère.

[1] Bases de données Insee « Enquêtes emploi en continu », 2003 et 2004

[2] ANPE, DARES. Les premières sorties vers l'emploi. Premières Informations et Premières Synthèses, mars 2003. N°11.1

[3] source ANPE, Prisme

[4] source Apec (données 2005)

[5] source iFRAP d'après données des missions locales-PAIO

[6] source réseau Cap emploi

[7] Observatoire de l'ANPE. L'accompagnement renforcé des demandeurs d'emploi. L'essentiel, Novembre 2006

[8] Fichiers ANPE, "enquêtes sortants" et Observatoire ANPE, L'essentiel, octobre 2006

[9] Centre d'études de l'emploi. Un bilan de l'accompagnement des chômeurs. Connaissance de l'emploi, septembre 2005, n°20.

[10] source Unedic

[11] Insee. L'accompagnement personnalisé des demandeurs d'emploi : de l'accès aux prestations aux sorties du chômage vers l'emploi. Données sociales – La société française, édition 2006.

[12] ANPE : rapport annuel 2005. Ressources bibliographiques

Commentaires

  • Par jeffounet17 • Posté le 14/01/2009 à 15:43 je vous rappelle qu'il existe des conventions entre les agences interims et l'anpe. pour répondre à ces employeurs, l'intérim dépose des offres d'emploi auprès de nos services.
    L'Anpe place indirectement des personnes de son fichier mais aussi des personnes extérieures comme des salariés et des demandeurs non inscrits. de même, avec les missions locales et les caps emploi, nous travaillons en partenariat pour placer les personnes jeunes ou handicapées sur nos offres. donc ce que vous ennoncez, n'est pas tout à fait exacte puisque nous travaillons ensemble privé et public par l'intermédiaire de convention.
    C'est un peu facile de dire par l'intermédiaire des statistiques que nous plaçons moins de 3 millions de chômeurs, sachant que c'est un travail commun et nous y contribuons que cela vous plaise ou non. ce qui est navrant c'est que vous comparez ce qui est incomparable c'est à dire le privé qui a des objectifs de rendements et le public qui a une notion de service. ce n'est pas l'Interim qui va s'occuper du social des demandeurs des plus loin de l'emploi.
    Elle va s'occuper uniquement des personnes opérationnelles et des meilleures ; il en sera de même pour les cabinets de recrutements... Mais qui s'occupe des rmistes, des demandeurs de longue durée, des minimas sociaux... C'est l'agence et ce ne sera certainement pas les organismes privées... Mais nous, on travaille en partenariat et on contribue toujours à quelque niveau que ce soit au placement d'un demandeur. donc il est normal qu'on rende certains chiffres mêmes s'ils ne sont toujours exacts à l'agence...

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