Emploi et politiques sociales

Colloque "Mettre l'emploi au coeur de la campagne"

Programme du colloque

12 février 2007 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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-Ouverture

Par Bernard ZIMMERN, Président de l'iFRAP

Mettre l'emploi au coeur de la campagne

-Présentation des intervenants

Débats animés par Franck Stepler, journaliste

-Intervention de Pierre Méhaignerie

-Intervention de Patrick Louis

-Intervention de Éric Besson

-Intervention de Hervé Morin

Les Français et l'entreprise

Franck Stepler - Philippe Hayat a une passion : développer l'envie d'entreprendre. Il a écrit un livre intitulé « L'entreprise, un acteur clé de la société », il a développé la filière création d'entreprise à l'Essec où il enseigne, il est chef d'entreprise et surtout, il est le président de 100 000 entrepreneurs.

Philippe Hayat - Pourquoi avons-nous monté 100 000 entrepreneurs ? Nous (les entrepreneurs), avons constaté que ce qui se dit dans les médias lorsqu'ils parlent des entrepreneurs ne correspondait pas du tout à la réalité. Pendant les affaires sur le CPE, on entendait les médias dire que les entrepreneurs ne pensaient qu'à une chose, licencier le maximum de gens, mais aussi que l'étudiant ou le scolarisé ne songeait qu'à devenir fonctionnaire.

Dans ce pays, l'entrepreneuriat souffre d'un problème de culture ; on ne donne pas aux gens l'envie d'entreprendre, parce que l'entrepreneuriat et l'entrepreneur ont une très mauvaise image. Ce qui est au détriment des jeunes puisque, à force de véhiculer ce genre d'image, ils ne veulent pas devenir entrepreneurs et ils ratent par là même une occasion merveilleuse de prendre leur avenir en main, de créer leur richesse et de se doter d'opportunités et d'un certain épanouissement.

Ce qui m'inquiète en tant qu'entrepreneur, en tant que citoyen et en tant que père de famille, c'est que tout ce que nous dites par rapport à ce sujet de l'entrepreneuriat et qui figure dans les programmes de vos candidats, reste encore de l'ordre des mesures techniques. Vous vous entendez tous pour dire qu'il faut davantage de PME et qu'il faut les aider à grandir, mais les réponses que vous apportez, qui sont des réponses nécessaires, sont insuffisantes, car elles restent sur le registre technique, alors qu'il faudrait jouer aussi sur le registre culturel. Chaque fois qu'un gouvernement arrive au pouvoir depuis vingt ans, voire vingt-cinq ans, il vient avec une panoplie d'une trentaine de mesures techniques. C'est bien, et mieux vaut qu'elles soient là plutôt que le contraire, mais ce n'est pas cela qui donne envie d'entreprendre !

Les entrepreneurs de 100 000 entrepreneurs vont à la rencontre des jeunes dans les collèges, souvent dans les collèges défavorisés, et ils racontent leur histoire afin de donner envie à ces jeunes de tenter l'aventure. C'est en faisant un récit entrepreneurial que nous parvenons à susciter l'intérêt des élèves et à leur donner l'envie d'entreprendre. Au travers de cette démarche, nous véhiculons quelque chose qui va bien au-delà de la mesure technique qui revient comme un leitmotiv à chaque élection.

Nous pensons que le fait que les Français entreprennent peu et pas suffisamment est un problème de culture ; en France, trois entrepreneurs sur quatre sont issus d'une famille d'entrepreneurs, autrement dit, si on n'a pas la chance d'être né dans une famille d'entrepreneurs, il n'est pas naturel de devenir soi-même entrepreneur. C'est aussi pour cela que les entrepreneurs de 100 000 entrepreneurs se sont dit que c'était en premier lieu à eux de donner l'exemple, d'aller parler aux jeunes afin de leur donner l'envie d'entreprendre.

La question que je voudrais vous poser au nom de nos 100 000 entrepreneurs est la suivante : Même s'il est naturel que les entrepreneurs se prennent en main pour aller raconter leur expérience à des jeunes, que pouvez-vous faire, vous, les politiques, pour nous aider, bien au-delà des mesures techniques, pour véhiculer dans ce pays la culture d'entreprendre et faire qu'un jour, en France, on aime nos entrepreneurs autant qu'on aime nos footballeurs ?

-Réponse de Patrick Louis

-Réponse de Eric Besson

-Réponse de Hervé Morin

-Réponse de Pierre Méhaignerie

La fléxibilité du marché du travail

Franck Stepler - Hervé Gourio a été l'un des moteurs de la création de Carlson Wagons-lits Travel dans le cadre de la Compagnie des Wagons-lits. Homme d'entreprise, il est aussi un homme du dialogue entre chefs d'entreprises à travers Entreprise et Progrès, l'idée étant d'échanger pour faire progresser les valeurs de l'entreprise et de l'entrepreneuriat.

Hervé Gourio - La flexibilité du marché du travail est un sujet sur lequel on agit de temps à autre, de façon parfois un peu brusque et surprenante, mais dont on ne parle pas assez. La question principale que je voulais traiter aujourd'hui, c'est comment faire évoluer le contrat de travail pour éliminer ses inconvénients.

Les inconvénients, nous les connaissons, il est très difficile de se séparer d'une personne ou de faire un licenciement collectif en France, c'est un véritable parcours du combattant, avec des éléments de risque, des éléments d'incertitude, de durée, de coût et parfois de risques personnels pour le chef d'entreprise lui-même.

Pour savoir s'il y avait un impact réel, je me suis appuyé sur deux enquêtes, la première a été faite par l'iFRAP qui a envoyé un questionnaire à 3 000 entreprises en Alsace et en Ardèche. À la question : Si des mesures législatives vous permettaient des embauches en étant assurés de pouvoir licencier ces embauches sans délai et sans indemnité, embaucheriez-vous ? Si oui, combien ? il a été répondu que les entreprises embaucheraient 12 % de personnes supplémentaires.

La seconde expérience, opérée en grandeur réelle au Danemark, c'est l'extraordinaire retournement de tendance entre la croissance du taux de chômage jusqu'en 1992 et la baisse de ce taux de chômage qui est actuellement égal à la moitié de ce qu'il a été au maximum, cela grâce à un dispositif de flexibilité totale du point de vue de l'entrepreneur qui peut se séparer très facilement de ses salariés. En même temps, il a été négocié avec les syndicats un dispositif d'aide et de protection avec un accroissement des indemnités de chômage.

Aujourd'hui, si l'écart de cinq millions d'emplois marchands qu'il y a entre la France et le Royaume-Uni fait 10 à 12% des emplois en France, cela représente environ deux millions d'emplois. La restriction que s'imposent de nombreux entrepreneurs dans l'acte d'engager est probablement l'une des causes de ces deux millions d'emplois en moins, donc, comment faire pour supprimer cet obstacle ?

Nous avons envisagé deux solutions : la première, qui est plutôt la tendance iFRAP, serait d'imaginer un nouveau contrat de travail donnant accès à des indemnités de chômage bien plus importantes, à condition d'accepter de pouvoir être licencié sans délai ni indemnités. La seconde, qui serait plutôt celle préconisée par Entreprise et Progrès, serait de revenir aux bases fondamentales du droit du travail. Nous pensons que pour licencier quelqu'un à titre individuel ou pour procéder à un licenciement économique, il faut toujours une cause réelle et sérieuse, mais comment définir une cause réelle et sérieuse ? Nous sommes rentrés dans des interprétations complexes et des références de jurisprudences, de conventions collectives ou de droit du travail qui font que maintenant, ce sont les juges qui disent la loi. Sans doute serait-il intéressant de revenir aux bases et d'essayer de dire très clairement et très simplement ce qu'est une cause réelle et sérieuse.

La question que je vous poserai est donc la suivante : Comment modifier le contrat de travail pour créer deux millions d'emplois ?

-Réponse des intervenants

Le financement des "gazelles"

Thomas Legrain - L'objectif du cercle Coach'Invest est de réunir des gens issus de la société civile et du monde politique, ce qui me semble fondamental, puisque, comme nous le constatons au travers de cette manifestation, il y a un dialogue important entre la société civile et le monde politique. Mais sans doute faut-il aller plus loin pour qu'il y ait de véritables coopérations et un travail en commun entre la société civile et les hommes politiques. Vous parliez tout à l'heure d'aimer la France, je pense que les Français aiment la France, ils aiment les candidats politiques qui sont tous séduisants, mais le problème est le système politique et la manière dont vous faites de la politique.

Je conclurai cette remarque en disant que d'un côté, vous avez des initiatives formidables qui sont issues de la société civile, de l'autre côté, vous avez des gens qui font bien leur métier, qui sont les hommes politiques et, au milieu, il y un gap, ce sont tous les gens qui vous conseillent et qui, pour le coup, sont tous issus du même milieu. Ce sont soit des gens qui militent dans vos partis depuis qu'ils sont très jeunes, soit des fonctionnaires qui ont fait toute leur carrière dans la fonction politique. Je pense qu'il est urgent de réconcilier la société civile et le monde politique, de pouvoir élargir vos équipes en y introduisant des gens qui représentent cette société civile, qui sont au contact du terrain et qui appréhendent les problèmes d'une façon forcément différente de la vôtre.

Je prendrai comme exemple le financement des entreprises, et plus particulièrement le financement des gazelles pour vous montrer que s'il y a eu beaucoup d'avancées, elles sont encore insuffisantes.

Si l'on regarde la création d'emplois par les gazelles, on peut remarquer que les gazelles anglaises naissent bien plus nombreuses que les gazelles françaises (4500 par an en Angleterre versus 3000 par an en France) et avec le double de salariés. Par ailleurs, ce ratio croît avec le temps pour atteindre un coefficient de quatre au terme de la septième année. Une partie de l'explication est assez simple ; pour embaucher, vous concéderez qu'il faut de l'argent, une entreprise qui veut croître fortement doit avoir un horizon national, voire international et, pour être une entreprise à forte croissance, mieux vaut aujourd'hui, non pas se battre sur le coût de la main-d'œuvre, mais essayer d'être dans des secteurs à forte valeur ajoutée. Pour investir, il faut de l'argent, et donc des capitaux propres.

Il y a un déficit important des financements mis à la disposition des gazelles françaises puisque, pour naître, elles disposent chaque année de 1,5 milliard d'euros, contre 10 milliards pour les gazelles anglaises, sans parler des États-Unis avec 20 milliards d'euros (le montant des capitaux mis à disposition des gazelles lors de leur création étant ramené à la population française et anglaise).

Comment expliquer ce déficit de financement ? D'où vient-il ? En France, il semble que les hauts fonctionnaires ne comprennent pas complètement la différence entre les fonds de capital-risque et les business angels. Le capital-risque n'investit pratiquement jamais dans la création d'entreprise qui est trop dangereuse. Vous avez fait beaucoup en faveur de la création d'entreprise, mais chaque fois en incitant à la création de fonds, soit des FCPI, soit plus récemment des FIP. Ces fonds ne s'aventurent qu'à prendre le relais du financement de l'expansion d'une entreprise déjà créée et préalablement financée par les apports financiers des business angels.

En France, il y a dix fois moins de business angels qu'en Angleterre et vingt-cinq fois moins qu'aux États-Unis, et ma question est la suivante : Quelles mesures concrètes pourriez-vous mettre en œuvre pour passer le nombre de business angels de 4 000 à 40 000 en France ?

-Réponse des intervenants

-Débat avec la salle

Animé par Franck Stepler

-Intervention de Pierre Fonlupt

Président de la commission Entreprises et Sociétés du MEDEF

-Conclusion

Par Geoffroy Roux de Bézieux, président de CroissancePlus

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