Emploi et politiques sociales

Cherche manager d'hôpital

30 mars 2006 • Agnès Verdier-Molinié

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"À raison de 60% au moins et de 67% au plus des places offertes aux deux concours – interne et externe –, le concours externe est ouvert aux personnes de quarante ans au plus, titulaires d'un des diplômes requis".

Journal officiel du 14 mars 2001

La façon normale d'accéder au poste de directeur d'hôpital en France est de suivre les cours de l'Ecole Nationale
Supérieure de Santé Publique à Rennes (ENSP). Sorte d'ENA pour la santé, on y entre sur concours, interne pour les candidats déjà fonctionnaires, externe pour les autres. Une troisième voie, le tour extérieur, dispense du concours et
permet d'accéder à l'une des 3 classes et des 23 échelons de la hiérarchie des directeurs d'hôpital.

Accès à la classe % maximum des nominations Conditions
Classe 1

(la plus haute)
3 % fonctionnaires hospitaliers dans un grade dont l'indice terminal est au moins égal à l'indice brut 1015 et praticiens hospitaliers au 6e échelon
2 % fonctionnaires d'Etat ou de la fonction publique territoriale dans un grade dont l'indice terminal est au moins égal à l'indice brut 1015
Classe 2 6 % fonctionnaires hospitaliers dans un grade dont l'indice
terminal est au moins égal à l'indice brut 760
4 % fonctionnaires d'Etat ou de la fonction publique territoriale dans un grade dont l'indice terminal est au moins égal à l'indice brut 760, âgés de plus de 40 ans et de moins de 55 ans
Classe 3

(la plus basse)
7 % fonctionnaires hospitaliers dans un grade dont l'indice terminal est au moins égal à l'indice brut 704
3 % fonctionnaires d'Etat ou de la fonction publique territoriale dans un grade dont l'indice terminal est au moins égal à l'indice brut 704, âgés de plus de 35 ans et de moins de 50 ans

Pour protéger le quasi monopole de l'ENSP, ce tour extérieur est strictement réservé aux fonctionnaires et sévèrement limité par certaines contraintes (voir tableau ci-dessus).

UN AUTRE MONDE

Référence en matière de soins et
de services hospitaliers, nous sommes présents sur tout le territoire français dans des activités de Médecine, Chirurgie, Obstétrique, Psychiatrie, Centre de réadaptation et de soins de suite.

Nous recherchons Directeurs
d'Etablissements h/f :

Parce que nous pensons que la richesse de l'entreprise réside dans la diversité des profils, nous vous invitons à rejoindre ce secteur en pleine évolution.

Vous êtes aujourd'hui Directeur de Centres de profits dans l'industrie ou les services, et êtes diplômés d'une grande Ecole de Commerce ou d'Ingénieurs.

Après 5 ans minimum d'expérience, vous souhaitez mettre en oeuvre vos compétences managériales de développeur et de gestionnaire dans un environnement hautement technologique où la communication est un facteur clé de succès.

Vos missions :

- En véritable patron, vous définirez votre plan stratégique

- Excellent gestionnaire

- Homme ou femme de dialogue

- Ambassadeur auprès des autorités de tutelles"

Extrait d'une annonce parue dans
Les Echos du 15/11/2005,
mais pour des cliniques privées

En lisant ces volumes de décrets, on admire la précision maniaque des chiffres mais on regrette qu'aucun moderne Courteline ne se soit emparé de ces monuments administratifs.
A la sortie de l'ENSP, les étudiants ayant réussi leur examen choisissent parmi les postes de 3e classe disponibles, en fonction de leur classement, sans tenir compte des besoins et des souhaits des établissements recruteurs.

Les règles d'avancement sont également précisément spécifiées, y compris les minima, les moyennes et, plus stupéfiant, les maxima de durées de passage entre les échelons de directeurs.

"La durée maximum du temps passé dans chaque échelon est égale à la durée moyenne d'ancienneté majorée du quart pour les échelons à 4, 3 et 2 ans et du tiers pour les échelons à 18 mois. La durée minimum du temps passé dans chaque échelon est égale à la durée moyenne d'ancienneté réduite du quart pour les échelons à 4, 3 et 2 ans et du tiers pour les échelons à 18 mois".

Le rapport de la Cour tombe juste sur les maternités privées

Comme nous l'avions écrit en 2003 dans le dossier de Société Civile intitulé « Hôpitaux cliniques, l'échec de l'Etat », la Cour des comptes épingle dans son rapport 2005 le rôle nuisible joué par les
ARH dans la fermeture de nombreuses maternités privées non pas parce qu'elles étaient de trop petites structures mais à cause des tarifs trop bas imposés par les ARH pour les accouchements (inférieurs de 1000 euros par accouchement par rapport aux hôpitaux publics).
Résultat : augmentation du déficit de l'assurance maladie.

Extrait de la synthèse
du rapport 2005 de la Cour

La mise en oeuvre de cette politique s'est cependant heurtée à de nombreux obstacles.

Le nombre de maternités a diminué de 1035 en 1985 à 653 en 2002. Mais ces fermetures se sont surtout produites dans le secteur privé et ne se sont pas limitées aux petites structures ; en fait les décisions tarifaires des autorités de tutelle ont conduit à des redéploiements importants de l'obstétrique vers la chirurgie, mieux rémunérée. Dans certaines régions, on a pu observer un report massif des
accouchements sur un secteur public peu préparé à traiter cet afflux soudain d'activité.

Le secteur public prend en charge aujourd'hui 61% des accouchements, mais avec de fortes disparités régionales. Il est massivement impliqué dans la prise en charge des grossesses à risque (il réalise 84% des accouchements avec complications). 45% des lits publics de néonatalogie et 70% des lits de réanimation néonatale sont situés dans des CHU.

Dans le secteur public, la restructuration
a été plus lente et moins approfondie, du fait de l'attrait de l'opinion publique pour les services de proximité, des résistances locales et enfin des rigidités statutaires et de gestion propres au secteur public. Il reste encore aujourd'hui plus d'une vingtaine de maternités réalisant moins de 300 accouchements, même si cette norme est jugée unanimement peu exigeante.

Diriger un hôpital est très difficile. Les problèmes humains, techniques, financiers et logistiques sont à leur paroxysme. Comment un tel système fermé de formation, de nomination et de promotion pourrait-il fonctionner ? Il est même étonnant que cette mécanique n'ait pas étouffé l'enthousiasme de tous les directeurs. Nous en avons rencontré de formidables. Les hôpitaux ont besoin de managers professionnels, de formations diversifiées et promus uniquement selon leurs résultats. Alors la qualité des soins s'améliorera, leurs coûts se rapprocheront de ceux des établissements privés et le budget de l'assurance maladie ne sera plus en déficit.

A lire également sur le sujet :

- Société Civile Mars 2004 : Entretien avec Guy Vallancien

- Société Civile Mars 2005 : Où est le pouvoir à l'hôpital

- Société Civile Mars 2006 : Cherche manager d'hôpital

- Société Civile Avril 2006 : Le quotidien d'un directeur d'hôpital

- Société Civile Octobre 2006 : L'endogamie des directeurs d'hôpitaux

- Société Civile Janvier 2008 : Rose-Marie Van Lerberghe : "il faut revoir le management de l'hôpital"

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