Emploi et politiques sociales

Bernard Debré

Colloque "Hôpital public : quel avenir ?" Présentation de Bernard Debré

23 mars 2005 • Agnès Verdier-Molinié

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Bernard Debré est député de Paris, Chef du service d'urologie à hôpital Cochin, Paris

Si nous nous plaçons du côté des malades, nous sommes dans un système qui va bien puisqu'ils sont accueillis. Certes, il y a des problèmes dans les urgences mais, finalement, le malade est assez satisfait. D'ailleurs, c'est ce que dit l'OMS : "vous avez le meilleur système de santé du monde". Bien entendu puisque, dans aucun pays du monde, on ne peut être aussi bien accueilli.

Le seul problème, c'est que, depuis très longtemps d'ailleurs, on voit ce système s'effondrer de l'intérieur. La carcasse est encore belle, les malades peuvent se faire soigner mais peut-être beaucoup moins bien qu'ils ne le pensent. Je voudrais vous donner quelques chiffres pour vous montrer cette difficulté.

Plus de 3500 postes de médecins hospitaliers sont vacants, cela signifie bien que l'hôpital n'est plus attractif. On parle de chômage, de médecins en surnombre et pourtant les postes de médecins hospitaliers restent vacants. 11000 médecins hospitaliers sont étrangers et j'en suis évidemment ravi, ne vous méprenez pas sur mes propos. Ils ont des diplômes étrangers qui d'ailleurs ne leur permettent pas d'exercer en ville puisque le Conseil de l'Ordre ne les reconnaît pas, mais ils sont là pour faire tourner l'hôpital. Sans eux, il n'y aurait plus d'hôpital public.

Il n'y a plus assez d'infirmières non plus et nous le voyons tous les jours. Au fur et à mesure que le temps passe, des difficultés surgissent parce que le manque d'infirmières est criant. Il est demandé aux aides soignantes de faire le travail de l'infirmière et de se serrer les coudes mais nous ne pourrons pas indéfiniment le faire.

Ce que je crains le plus, c'est que cela s'effondre comme dans un bâtiment mité de l'intérieur et on dira "qu'avez-vous fait ?", alors qu'il y a un certain nombre de solutions dont nous parlerons tout à l'heure. Ces solutions ont été envisagées depuis 5, 6, 7 ou 10 ans d'ailleurs mais il faut du courage, aussi bien à Droite qu'à Gauche.

Encore une fois, ce n'est pas une question de Partis politiques, nous savons parfaitement bien quelles sont les solutions qu'il faudrait utiliser. Je vais prendre une seule hypothèse, une seule solution. Nous avons aujourd'hui trop d'hôpitaux publics en France, tout le monde le sait, tout le monde le reconnaît. Mais dites-le doucement, dites-le sans vous faire entendre, sinon tous les maires vont aussi se faire entendre.

L'hôpital public dans une petite ville de province devient extrêmement dangereux. Si un jour vous faites par exemple un infarctus du myocarde et qu'il faut rapidement aller déboucher l'artère coronaire, ce n'est pas à l'hôpital en bas de chez vous que vous aurez le cardiologue, le radiologue et le plateau technique. Vous le savez bien ! Mais pouvons-nous dire en France qu'il y a trop d'hôpitaux publics ? C'est un sujet tabou que l'on n'a pas le droit de dire, surtout quand on est élu.

C'est vrai, il faudrait revoir la carte hospitalière, transformer un certain nombre d'hôpitaux en moyen séjour et long séjour, en hébergement de soins de suite et concentrer les plateaux techniques. Oui, nous avons besoin d'un hôpital public fort mais pas d'un hôpital qui est en train de mourir. Il faudra véritablement avoir beaucoup de courage pour le réformer si tant est que nous ayons, nous les hommes politiques, le courage nécessaire. Malheureusement, nous avons des élections qui priment souvent sur le courage.

Cet article fait partie du colloque sur l'avenir des hôpitaux public.

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