Emploi et politiques sociales

Augmentation du chômage : surtout un manque de créations d'emplois

02 décembre 2008 • Bertrand Nouel

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Le chômage est un différentiel entre le flux des entrées à l'ANPE et celui des sorties, et les unes comme les autres ont de multiples causes. Sur le seul mois d'octobre 2008, le total de ces flux se monte à 719.500.

L'étude conjointe des ministères de l'Economie et du Travail sur « le marché du travail en octobre 2008 » nous a appris que le nombre des chômeurs inscrits à l'ANPE avait augmenté de près de 50.000.

Comment retrouver dans les flux considérables d'entrées et de sorties les éléments permettant de retracer les causes du chômage ?

Nous avons extrait de l'étude les données pertinentes en vue de la comparaison sur six années de l'évolution du nombre des licenciements par rapport à l'évolution du chômage et des reprises d'emploi.

Licenciements économiques, autres licenciements et évolution des reprises d'emploi ainsi que des demandes d'emploi en octobre de chaque année


Licenciements économiques, autres licenciements et évolution des reprises d'emploi ainsi que des demandes d'emploi en octobre de chaque année

Source DARES. Données CVS pour l'emploi de catégorie 1.

Ce tableau montre que la remontée du chômage que nous observons depuis quelques mois (courbe des demandes d'emploi) est due à la chute des reprises d'emploi, et non aux licenciements économiques ni aux « autres licenciements » dont le nombre est à peu près constant. Une autre constatation importante qui ressort de l'étude est que les licenciements économiques n'expliquent le chômage, et ce depuis longtemps, que de façon très marginale puisque les demandes d'emploi ne dépassent pas 3,3% des inscriptions à l'ANPE en octobre 2008, et les autres licenciements 16% des mêmes inscriptions [1].

Certes il ne s'agit que d'une photographie de la situation d'octobre 2008, et les prochains mois peuvent montrer une augmentation des licenciements. Il n'en reste pas moins que, alors que la crise apparaît déjà dans les chiffres, le combat pour l'emploi ne se situe qu'à la marge au niveau du contrôle des licenciements. En particulier le discours de la gauche sur les licenciements « boursiers » (attribuables à la seule recherche de profit) et autres délocalisations, ne peut pas rendre compte des difficultés de la France.

On peut même caricaturer le propos en affirmant que l'interdiction pure et simple des licenciements, cheval de bataille d'une certaine frange politique, au-delà d'une aberration économique, ne serait guère que cautère sur jambe de bois.

Le paramètre sur lequel il faut agir est celui des embauches et non celui des pertes d'emploi [2].

En effet, sur le même mois d'octobre 2008, le nombre des reprises d'emploi a fortement diminué comme le montre le tableau ci-dessus. Et on n'a pas encore trouvé, même chez les tenants de l'économie administrée, de moyen pour contraindre les entreprises à embaucher : le seul moyen est d'aider à créer et développer ces entreprises qui manquent cruellement de capitaux. C'est l'un des combats de l'IFRAP que d'œuvrer pour rendre ces capitaux disponibles.

[1] Nous n'avons pas fait figurer le nombre des inscriptions pour ne pas nuire à la lisibilité du tableau.

[2] Certes les licenciements ne rendent pas compte de la totalité des pertes d'emploi puisque les fins de CDD et de mission d'intérim peuvent leur être assimilées, et que le recours aux départs volontaires est aussi de nature à fausser les statistiques des plans sociaux. Il n'en reste pas moins que, vu l'importance relative des chiffres en jeu, l'insuffisance des embauches est le facteur déterminant.

Commentaires

  • Par LEMBO • Posté le 04/12/2008 à 20:43 Il faudrait plutôt être fier des licenciements dits "boursiers" qui sont une preuve éclatante de l'augmentation de la productivité dont on ne peut que se réjouir: moins de personnel pour la même production -donc plus de temps libre- ou à personnel égal épargner du capital -donc pouvoir le consommer dans ses passe-temps favoris.
    Depuis l'aube de l'humanité, l'homme a cherché à passer moins de temps pour assouvir ses besoins primaires.

    C'est parce qu'on a licencié chez "LU" qu'on peut faire de "i-pods" !
    Ce qui, bien entendu, ne signifie pas qu'il ne faut pas s'occuper de ceux qui sont dans le malheur. Au contraire même, il faut surinvestir dans ce domaine pour que les mutations de la société qui se font au bénéfice exclusif du consommateur - c'est-à-dire de nous tous - se fassent d'une manière fluide.

    PhL
  • Par François SAINTIER • Posté le 03/12/2008 à 19:53 Eh bien, oui, vous avez raison. Pour une fois que je trouve une réponse intelligente au problème, il faut le souligner.

    Comme en tout, c'est en créant ce qu'on veut obtenir qu'on l'obtiendra. La démarche opposée (lutter contre les licenciements) est vouée à l'échec, et je suis content que vous ayez le courage de l'affirmer haut et fort.
  • Par lion10 • Posté le 03/12/2008 à 10:24 Interdire de licencier ou forcer à recruter revient à intimer à un patient l'ordre d'être en bonne santé !

    Ca ne se décrète pas. Il en va de la santé comme de la santé économique; elle résulte d'un climat favorable, d'une hygiène correcte, d'une régulation de l'effort demandé pour qu'il n'obère pas l'équilibre physique du patient. Or la "vache à lait" entreprise française est vampirisée au point de la fragiliser. Comment s'étonner qu'elle peine à croître en période d'abondance et qu'elle s'effondre plus rapidement que ses rivales internationales en période de "vache maigre" ?

    Nous sortons d'une période de 3 ans où nous avons rechigné à l'embauche en augmentant notre carnet et limitant notre croissance parce que le code du travail français invite les entreprises à la plus grande prudence. C'est du gâchis et de la croissance perdue au profit de nos concurrents allemands ou étrangers. Maintenant que la crise est là, pour ne pas mourir, les entreprises vont débaucher ou certainement pas embaucher, toujours pour les mêmes raisons : un code du travail qui n'aime pas l'entreprise. Des esprits bien pensants exhortent les entreprises à ne pas utiliser le licenciement comme variable d'adaptation face à la crise ! Quand la masse salariale chargée pèse 50% du CA, ces mêmes clowns pourraient-ils nous expliquer comment payer les salaires et les charges, à la fin du mois, si le chiffre baisse de 30% ?

    Qui plus est, l'entreprise va se séparer non pas des collaborateurs les moins utiles à son développement mais de ceux les plus faciles à licencier en limitant les risques et difficultés liés au code du travail. Quel gâchis. Intégrer des gars, les former et les perdre... c'est un problème social, c'est un coût financier, c'est un handicap pour rebondir à la sortie de la crise.

    Alors si nos politiques et médias commençaient par aimer l'entreprise, car c'est un outil de création de richesse et que quoi qu'on en dise cette richesse est, aujourd'hui, largement partagée; si on commençait à chouchouter nos entreprises, a être bienveillants envers elles; ne se porteraient-elles pas mieux ?

    Si nos entreprises se portaient mieux parce que moins harcelées, dénigrées, ponctionnées; n'embaucheraient-elles pas pour se donner les moyens de leur développement ?

    Faut-il poursuivre la curée, et attendre leur mort avant de regretter nos entreprises nourricières ?
  • Par ... • Posté le 03/12/2008 à 09:50 Une idée vite fait :
    - Ne plus placer les CDD et les intérimaires en charges variables mais en charges fixes pour l'examen des bilans.

    Quelles que soient les durées de ces contrats.
    Une simulation mériterait d'être effectuée au sein de votre Think Tank.
    Cordialement

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