Emploi et politiques sociales

Augmentation des prix des entreprises publiques

EDF, SNCF, RATP, La Poste : les prix augmentent plus vite que l'inflation

27 août 2010 • Philippe François

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Le gouvernement et les associations de consommateurs surveillent de très près les augmentations des prix du secteur privé, n'hésitant pas à dénoncer ceux qu'ils considèrent comme de mauvais élèves. Mais en 2010, les quatre plus importantes entreprises publiques (EDF, SNCF, La Poste et la RATP) ont augmenté leurs prix 2 à 3 fois plus que l'inflation. Comment sont donc fixés les prix pratiqués par les entreprises publiques ?

L'inflation est faible depuis 2007 et a même été négative en 2008. Mais les entreprises publiques semblent ignorer qu'il y a une crise et continuent à augmenter les prix de produits de première nécessité nettement plus que l'inflation.

Augmentation des prix en 2010
EDF 3 à 5,5 %
SNCF 2,5 %
La Poste (timbre) 3,5 %
RATP 3,9 %
Inflation en France
2009 1 %
2010 1,65 %

En principe, ces grandes entreprises industrielles et commerciales sont capables de profiter à plein des progrès de la technologie et des méthodes de travail, et donc de baisser leurs prix ou d'améliorer leurs services. L'inflation vient, en général, des métiers de main-d'œuvre (comme le fameux coiffeur) où aucun progrès de productivité n'est possible, ou de l'augmentation du prix des matières premières. En 2010, le kilowatt heure et le timbre sont identiques à ceux de 2009 et dépendent très peu du prix des matières premières. Aucune amélioration exceptionnelle du service n'a été constatée dans les 4 entreprises ci-dessus.

Le prétexte

Pour justifier ces augmentations approuvées par l'Etat, ces 4 entreprises invoquent toutes un urgent besoin d'investir. Un raisonnement curieux, car soit l'investissement est rentable et l'entreprise aurait dû constituer des provisions dans ce but ou doit pouvoir emprunter pour le financer, soit il n'est pas rentable, et les consommateurs doivent s'attendre à le financer maintenant et à l'avenir. On imagine difficilement Renault ou Peugeot annoncer qu'ils vont augmenter le prix des voitures actuelles pour financer l'usine des voitures de demain.

Un flou complet sur les prix

En situation de monopole depuis très longtemps, ces 4 entreprises publiques ont fixé des prix dont il est impossible de savoir, faute de comparaison, s'ils sont satisfaisants : peut-être trop élevés, peut-être même trop bas. Pendant des années, EDF par exemple, a accepté des baisses de prix imposées par l'Etat, pour des raisons politiques dont on se demande maintenant si elles étaient justifiées économiquement. Pour la RATP et la SNCF, largement financées par des subventions ou des taxes, ni elles-mêmes ni leurs clients n'ont le moyen de savoir quels seraient les prix optimum de leurs services.

Seule une franche ouverture à la concurrence permettra de disposer de véritables prix et non de tarifs édictés par le pouvoir politique. Dans aucun de ces 4 domaines, la France ne s'y est encore engagée clairement. Pourtant on constate que face à ses concurrents, l'ex-France Télécom devenu Orange n'augmente pas ses prix.

Commentaires

  • Par RE • Posté le 09/09/2010 à 10:13 L'ENA donne beaucoup de prestige, mais pas la formation necessaire pour gérer une majeure entreprise publique ou privée. La corrélation est visible empiriquement. Ca commence avec le calcul, via la connaissance de langues étrangères et ça se termine avec la psychologie d'une organisation top-down et bottum-up. Les exemples particuliers sont Guillaume Pepy et Anne-Marie Idrac. Agir contre toute logique economique (p. ex Multiplication de Périodes de Pointe, compliquer le voyage, couper des réductions etc.)Guillaume Pepy devient peu à peu un exemple pour des étudiants d'économie comment il ne faut pas faire. Anne-Marie Idrac donnait la priorité au prestige face à la prestation au quotidien - contribuent, involontairement - de cette manière à l'augmentation des problèmes sociaux en France. C'est logique, quand je suis mal formé, je ne peux pas agir superbe. Aussi les analystes d'état: plutôt selectionnés selon leur capacité de présenter au lieu de leur capacité d'analyser ils ne semblent pas en mesure de découvrir le fond du problème.
  • Par PP • Posté le 03/09/2010 à 17:13 Leurs augmentations sont fortes par rapport à l'inflation mais encore largement insuffisantes pour couvrir leurs coûts

    Le client de la SNCF paye à peine plus du tiers des frais, ce qui explique que la SNCF se contrefoute du client et ne se préoccupe que du "service public" (c'est à dire, en vrai français plutôt qu'en langue de bois, des subventions !)

    idem à la RATP

    Le prix du nucléaire, c'est à dire les 3/4 de l'électricité, est politique autant et plus qu'économique (à cause des provisions pour les déchets, le démantèlement, le remplacement,...), si erreur d'évaluation il y a c'est plus probablement une sous-estimation qu'une sur-estimation.

    Reste la poste ; elle est un poil plus chère que la deutsche post dont le timbre standard est à 55 centimes (http://www.deutschepost.de/dpag?xmlFile=828), mais pas de quoi fouetter un chat.
    Tout cela manque certainement de concurrence, mais de toute façon c'est comme le reste, le consommateur trouvera toujours trop cher ce qu'on lui vend, même et surtout quand c'est en fait un cadeau qu'on lui fait.
  • Par phg • Posté le 03/09/2010 à 15:06 Ne cherchons surtout pas les véritables coûts de ses fleurons indépassables de l'économie(?) française: vous risquez de "désespérer" Billancourt ou ses nombreux successeurs ....
  • Par MP • Posté le 01/09/2010 à 18:44 Stephadc (un Agent De Conduite SNCF nommé Stéphane ?) oublie de mentionner que parallèlement à l'augmentation des péages RFF, les sommes facturées par la SNCF pour l'entretien du réseau à RFF ont également augmenté.

    La SNCF réalise des bénéfices sur RFF...donc sur le budget de l'Etat.
    Les augmentations tarifaires évoquées ont pour principal objectif de permettre le maintien, voire l'augmentation, des avantages sociaux consentis aux agents de ces "entreprises".

    Nationaliser des entreprises, c'est transformer leurs salariés en actionnaires...avec distribution des bénéfices ("compensations" incluses), mais sans que ces derniers n'encourent le moindre risque capitalistique.

    En prime, on fait la leçon aux usagers en leur rappelant que c'est évidemment pour leur bien.
    Avant 1789, une partie de la noblesse justifiait ses privilèges à peu près de la même façon...on connait la suite...

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