Emploi et politiques sociales

Banques françaises

Après la crise, qui faut-il sanctionner dans les banques ?

20 janvier 2011 • Philippe François

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Paradis fiscaux, spéculateurs, traders, hedge funds ont été vilipendés et sanctionnés sans que leur implication dans la crise financière de 2007-2008 soit très claire. Reste encore un coupable tout désigné comme l'a montré l'initiative de Cantonna ou les propositions de droite et de gauche : il faut sanctionner le système bancaire. Mais qui c'est, les banques ?

Les dirigeants des banques sont sans doute les premiers visés par cette menace, mais ceux de la Société Générale, de Dexia, du Crédit Agricole, des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires ayant déjà été renvoyés, il semble difficile de faire plus.

Sur la liste des suspects, les actionnaires des banques sont les suivants. Après tout, ce sont eux qui avaient plus ou moins choisi ces dirigeants et cautionné leurs politiques voire encouragé leurs prises de risques excessives. Mais les actionnaires des banques et des assurances à problème (Lehman Brothers, Northern Rock, Allied Irish Bank, Dexia, Fortis et de nombreuses autres) ont déjà été bien sanctionnés puisqu'ils ont perdu tout ou une grande partie de leur capital.

Après les actionnaires, les salariés. Les hauts dirigeants n'ayant pas pu agir seuls, faut-il s'attaquer aux personnels de banques ? Dans les banques qui ont fait faillite, des centaines de milliers de salariés ont déjà perdu leur travail. Dans les autres moins touchées, la crise a sérieusement ralenti les carrières de la majorité des salariés. Faudrait-il baisser les salaires de tous les employés de la BNP, du Crédit Lyonnais ou des Caisses d'Epargne de 20 % ?

Idiot ? Alors pourquoi pas les clients ? Côté dépôts, certains clients particuliers des banques ont perdu une partie de leurs investissements gérés par leurs banquiers, mais cela ne semble pas anormal. D'une part ils avaient choisi des placements risqués, et d'autre part ils avaient choisi une mauvaise banque. Les dépôts de tous les autres clients français « ordinaires » ont été protégés. Personne ne propose de les sanctionner, au contraire, il y eut unanimité pour réclamer le relèvement du niveau des dépôts garantis. Côté emprunts, les entreprises ayant déjà beaucoup souffert du gel des prêts pendant deux ans, il semblerait étrange de les pénaliser encore plus.

Les organismes de contrôle. Avant la crise, il existait bien en France comme dans les autres pays et sans doute à Bruxelles, des organismes officiels de contrôle (AMF, Commission de Contrôle des Banques à la Banque de France, Direction de la concurrence et des fraudes) dont aucun n'a curieusement été inquiété. Grâce à la crise, ils ont au contraire obtenu un renforcement de leurs pouvoirs et de leurs budgets.

Les politiques et l'administration. Il existe un certain consensus pour admettre que les risques pris sur les marchés financiers par des opérateurs privés ont été rendus possibles par les politiques monétaires laxistes des Etats. Le but des gouvernements et des administrations était, pour gagner les élections suivantes, de masquer les déficits des Etats par une expansion artificielle et de repousser sans cesse les réformes de fond. C'est le cas aux Etats-Unis mais aussi dans de nombreux pays d'Europe.

La prochaine fois qu'on vous dira à droite ou à gauche « Il faut punir les banques », demandez « Qui c'est les banques ? ».

Commentaires

  • Par Philippe François • Posté le 01/02/2011 à 17:28 Sans doute mon article n'est pas assez clair. Je demande seulement que ceux qui veulent sanctionner ou punir les banques précisent ce qu'ils veulent dire et d'abord qui ils estiment qu'il faut sanctionner : les dirigeants, les actionnaires, les salariés, les clients, les organismes de contrôle ou les responsables politqiues ou administratifs.

    Parmi ceux-là, plusieurs ont été fortement sanctionnés, notamment les dirigeants, et les actionnaires qui ont vu leur capital fondre.
  • Par jacques noel • Posté le 01/02/2011 à 17:28 votre article me semble bien discutable. Hormis Lehman Brot. quelles banques françaises ont-elles fait faillite? Où sont leurs chômeurs puisqu'elles embauchent. Qui a spéculé et suivi Madoff? Les organismes de contrôle ne sont pas intervenus: mais le font-ils d'habitude?(cf le mediator). Il me semble qu'en 2010, la plupart des banques ont été béneficiaires , après avoir remboursé les aides gouvernementales.

    Arrêtez de soutenir cette profession dont les bénéfices sont sans relation avec ce qui se passe dans les autres secteurs de l'économie! et dont l'activité majeure est la spéculation avec toutes ses retombées néfastes.
  • Par Rogers • Posté le 01/02/2011 à 10:42 Je suis déçu que personne ne mette en évidence la liste des banques qui ont le plus perdu durant les années 2008 à 2010.

    Si cela était fait vous pourriez mettre en évidence que les banques mutualistes sont celles qui ont payé le plus grand tribu à la crise et que ce sont elles également qui avait recherché les plus gros profits notamment chez MADOOFF...!

    En conséquence de quoi, il convient d'observer que ce ne sont pas des entreprises dites capitalistes - qui par ailleurs en France sont celles qui ce sont le mieux protégé. Les banques Mutualistes sont donc sous le contrôle de leurs sociétaires au travers de leurs nombreux administrateurs..?

    Pourquoi donc personne n'en parle ?

    Pourquoi donc ces banques mutualistes ne remettent-elles pas en cause leur fonctionnement ?

    Ce serait démontrer sans doute que les administrateurs ne disposent pas de toute la compétence requise pour ce job qui nécessite de vrais professionnels. Ainsi donc ces administrateurs sont réduits à cautionner leurs Directions respectives et ne peuvent pas être en mesure d'exercer tous les contrôles nécessaires pour s'assurer de la cohérence des choix.

    Si tel était le cas sans doute n'auraient-elles pas perdu autant d'argent chez MADOFF ou avec leurs services de banques d'investissements..??

    Ma question est simple - Pourquoi les banques Mutualistes n'ont pas été traitées comme les banques dites capitalistes par la presse..??

    Pourquoi la presse n'analyse-t-elle pas de façon précise ces dysfonctionnements..?

    Je ne crois pas à l'incompétence des rédacteurs de presse, mais sans aucun doute est-il plus facile de cogner sur le capitalisme que sur la réalité du monde mutualiste sans doute plus atteint qu'il ne paraît par l'insuffisance de son mode d'organisation et de contrôle..??

    Enfin la banque c’est impersonnel, on peut tout dire. Y compris faire passer un message très politisé..

    La banque Mutualiste, c’est par essence – propre – organisé – démocratique. Tout l’inverse de ce que l’on condamne.. !!

    Et pourtant.. !!

    N'est-il pas ?
  • Par Jacques Morisot • Posté le 21/01/2011 à 19:50 Les banques et les banquiers ont lourdement fauté et n’ont pas été punies réellement.
    Il faut le reconnaître objectivement. C’est un point essentiel du début de cette crise.
    Elles ont bénéficié, sans aucun doute, d’une analyse du risque systémique (« too big to fail » - trop gros pour faire faillite) et du basculement de l’administration Bush puis de l’administration Obama vers les thèses keynésiennes de relance.
    Double analyse qu’elles ont elles même prêchées, faisant fi de leur convictions libérales, pour opérer avec succès le plus gros « braquage » de l’histoire moderne : ponctionner le contribuable de plus centaines de milliards de Dollars.
    Et c’est cette opération couplée aux relances des états qui a ravivé le risque souverain à un point critique.
    Il faut donc analyser avec soin sa pertinence et sa mise en œuvre. De mon point de vue, il faut porter un regard neutre et critique sur le comportement des banques et des autorités à l’époque que vous semblez soutenir par conviction capitaliste.
    Je suis capitaliste (et ancien salarié sur les marchés) mais aussi adepte du proverbe : « Il faut balayer devant sa porte ».
    Revenons en 2006 / 2007 et début 2008.
    Le problème subprime est connu et fait la une des journaux régulièrement mais le marché ment sur l’encours des créances pourries. Chaque banque minimise ses encours pour éviter une sanction boursière et pour se classer comme ses concurrentes. Ainsi s’engage une course à l’échalote du mensonge pour minimiser le risque réel. En aucun cas, il ne faut faire moins bien que le voisin au risque d’une chute de ses cours.

    Les « subprime » sont un sujet « comme un autre » et, avant que la banque centrale américaine n’augmente ses taux d’intérêts pour faire face à un risque inflationniste, personne ne mesure le danger.

    Cette augmentation des taux précipitent vers la faillite de nombreux ménages insolvables qui ont emprunté à taux variable et se trouvent incapables de rembourser des emprunts 20 fois déjà refinancés pour un endettement sans cesse accru (cela ne vous rappelle rien ?).
    L’encours de créances pourries est gigantesque. 500, 1000, 2000 milliards ? C’est l’ordre de grandeur. On se sait déjà plus quantifier le problème.
    La titrisation infecte de nombreux actifs comme un virus. Un titre subprime est titrisé, c'est-à-dire découpé en morceau et inséré à l’intérieur d’un autre titre obligataire avec d’autres actifs. Ce nouveau titre est titrisé de nouveau et va infecter de nouveaux instruments financiers. En fin de course qui sait ce que contient les fonds « croissance + » ou « progression USA » et autres fariboles aux dénominations prometteuses ?
    Deux organismes semi-publics et particulièrement mal gérés sont les grands initiateurs du phénomène : les instituts hypothécaires Freddy Mac et Fanny Mae qui contrôlent environ 50% du marché des prêts immobiliers US.
    Les banques privées leur emboitent le pas sans sourciller.
    Etaient-elles obligées de verser dans ce casino ? Non. Non, je le martèle, aucune loi, aucun règlement ne les y ont obligées.
    Les spécialistes bancaires, qui jonglent toute la journée avec les modèles mathématiques de « rendement/risque » avaient-ils les moyens de faire une idée du risque ? Oui, naturellement.

    Et quand bien même la réponse fut non, les banques auraient été responsables de toute façon de ce manque de compétence et de discernement.
    Le métier d’un banquier sur les marchés est la mesure du risque. Rien d’autre. Toute la finance s’organise autour de l’évaluation du couple rendement/risque, arbitré actif par actif.
    Personne n’a obligé les banques privées à se jeter dans l’industrie du subprime sauf elles mêmes et, à ce titre, elles portent une complète responsabilité dans leur déconfiture. Toute autre analyse me parait de mauvaise foi.
    Aout 2008
    Tout explose. Je ne reviens pas sur ces mois d’affolement général.

    Une analyse unique nous est proposée qui n’a pas été remise en question ni par les banques, ni par les états, ni par les keynésiens, ni d’ailleurs par les monétaristes : le risque est systémique et l’intervention de l’état indispensable pour éviter l’implosion complète de la finance mondiale.
    Sous la pression des banques qui avaient les leurs aux commandes au sein des administrations, l’état (ou les états) a renfloué les banques au cours de bourse (ou presque).
    Toutes les banques n’étaient pas loger à la même enseigne, certaines était beaucoup mieux gérées que d'autres et, d’un point de vue financier, comme d’un point de vue moral, rien ne justifiait le statu quo. Les cartes devaient être redistribuées, les actionnaires des pire établissements ruinés, le management évincé et le contribuable – le seul non fautif - épargné
    Par exemple : la BNP était nettement moins exposée que Fortis. Quand le cours de Fortis a chuté à rien ou presque, la BNP a proposé de racheter Fortis à sa valeur de marché. Mais les états belges et français ont préféré la renflouer que de consentir à une telle opération pour finalement la permettre à un cours plus élevé. Ainsi les actionnaires les plus vertueux, ceux de la BNP sont floués, les contribuables sont floués (pourquoi devrai-je payer pour Fortis alors que BNP accepte de porter le risque) et les actionnaires et une partie du management de Fortis, pour d’inexplicables raisons sont épargnés pour les uns et confortés pour les autres.
    Je cite cet exemple parce qu’il est emblématique de la manière dont nos élites ont raisonné et de la manière dont les opérations de sauvetage (qui ont abouti au statu quo du paysage bancaire) ont été opérées.
    Je dénonce ce comportement. Je dénonce le comportement des banquiers et le comportement des politiques qui les ont écoutés sans broncher piller les poches du contribuable.
    Je cite à ce propos la faillite d’Enron, courtier en énergie dans les années 2000, énorme capitalisation boursière, dont le PDG M Kenneth Lay, ami du président américain, menteur et manipulateur, a été jeté en prison et que le marché et les autorité ont puni impitoyablement. Le fait que dans son domaine, le courtage en énergie, Enron fut, et de très loin, le premier acteur mondial, n’a pas conduit les autorités à se poser la question du risque systémique pour éviter à Enron son juste et funeste sort.
    On est bien loin en 2008, d’une telle rectitude morale.
    Alors nier le risque systémique ? Non. La aussi, il existait et il existe encore. Alors que faire ?
    Comme n’importe quel raider les états pouvaient matériellement nationaliser les banques au cours qu’ils souhaitaient avant les renflouer et de les revendre avec un très confortable bénéfice qui aurait éponger un très grande partie du coût du sauvetage. Ils auraient sacrifié le management et les actionnaires premiers coupables de la déroute.
    Non, les actionnaires et le management dans leur ensemble n’ont pas été punis.
    Concrètement, au pouvoir, j’aurai déclaré refusé aider la Société Générale pour la racheter à 1 euro l’action et la revendre à 30. C’eut été faisable techniquement. Et c’eut été constitué un matelas de « goodwill » (ou une possibilité de provisions pour faire simple) pour purger les actifs douteux de la banque.
    Les raiders font cela sur les marchés. C’est leur métier : mettre le juste prix à chaque actif. Profiter d'une position dominante justment acquise.
    Mais les relations consanguines entre le finance et les autorités, le désastreux exemple des américains qui ont plié devant Wall-Street et les keynésiens de stricte obédience, et la pusillanimité ordinaire, ont incité nos élites à perforer les comptes publiques nous assurant cette désastreuse opération « sans danger ».
    Je pense avec une minorité de libéraux que ce « modus operandi » fut une erreur.
    Une erreur technique d'abord,

    une erreur morale ensuite,

    une erreur économique sans aucun doute,

    et une erreur politique.

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