Emploi et politiques sociales

Hôpitaux de Paris

AP-HP : baisse de 1% des effectifs, 900 chefs de service menacent de démissionner

23 décembre 2009 • Philippe François

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Malgré les 40.000 fonctionnaires supplémentaires embauchés dans les hôpitaux à l'occasion des 35 heures, l'absentéisme y a fortement augmenté et le moral s'est dégradé. Malgré des coûts supérieurs de 30 à 40 % - notamment à l'AP-HP- à ceux des cliniques, pour ceux des soins qui sont comparables sur les malades comparables, le budget de ces établissements sont en déficit chronique. Et malgré des dépenses de santé plus élevées en France que dans tous les pays européens, le déficit de l'assurance maladie est de 10 Mds en 2009 et sera de 15 Mds en 2010.

Face à ces problèmes, les personnels de n'importe quelle autre organisation en concluraient qu'il y a quelque chose qui ne marche pas dans le système et qu'il faut agir. Les cadres notamment, plus conscients du fonctionnement du système. Et les chefs de services, grâce à leur vision encore plus large que leur procurent leurs situations et leurs responsabilités seraient en première ligne pour porter les réformes.

Depuis plusieurs années le syndicat des hôpitaux publics (FHF) avait reconnu que pour ramener les hôpitaux à l'équilibre, la seule méthode consistait à diminuer le nombre d'employés, mais que le gouvernement ne le voulait pas. Ce gouvernement le fait. Les médecins hospitaliers, cadres de haut biveau, dénoncent régulièrement les lourdeurs administratives des hôpitaux et l'impossibilité de gérer correctement leurs équipes. Leur rôle serait de mettre en application des réformes qui optimisent le fonctionnement de leurs services, pas de réclamer automatiquement plus de moyens.

A l'occasion de la réforme du management des hôpitaux votée cet été, les médecins chefs de pôle et de service ont insisté pour que les médecins fassent partie intégrante de l'équipe dirigeante des hôpitaux. Et puisque les postes de Directeur Général d'hôpitaux ont été ouverts à de nouveaux profils, ils ont légitimement demandé que des médecins aient la possibilité de diriger des hôpitaux. 900 chefs de service de l'AP-HP menacent de démissionner de leurs fonctions administratives pour protester contre une baisse des effectifs de 1% par an pendant 5 ans. Ce sont pour la plupart de remarquables spécialistes, mais ils ne démontrent vraiment pas leurs capacités à prendre des responsabilités de gestion et de management.

Assistance Publique des Hôpitaux de Paris :

- 37 hôpitaux

- 7 milliards d'euros de budget annuel

- 90.000 employés

Commentaires

  • Par cadrette • Posté le 12/01/2011 à 19:02 Cadre de santé depuis 25 ans au sein de l'APHP, je dois me battre à la DRH et Direction de soins chaque jour pour avoir assez d'infirmières, d'aides soignants pour accueillir les malades qui affluent et dont les séjours sont de + en + courts !

    Tableaux de bord, efficience signifient faire mieux avec toujours moins de budgets et de personnel !

    Les tâches administratives sont informatisées et à cause de la vétusté du matériel, du réseau informatique et des logiciels qui boguent nous perdons un temps infini tous autant que nous sommes ... en bout de chaîne nous avons les malades ?

    Les malades ? il a qq années jeune cadrette on m'avait seriné que le "malade est au coeur de notre action".... infirmières, aides soignants, cadres étaient en nombre suffisant pour accorder du temps pour une prise en charge efficace et humaine... on ne parlait pas encore de la dictature de l'efficience qui signifie chez nous la rigueur, l'austérité et le manque de temps !

    La nouvelle gouvernance AP-HP a consisté à supprimer des milliers de postes croyant que la mise en place des pôles et les regroupements d'hôpitaux permettraient la suppression des infirmières aux informaticiens par l'arrivée de bataillons de directeurs et de directeurs adjoints (au point que les chambres sont transformées en bureau!) Les organigrammes de direction ne tiennent plus sur du format A4...

    Hélas ces directeurs ne nous sont d'aucune utilité, il ne font que débiter du discours convenu, les marges de manoeuvre (0 budget disponible avant juin 2010) étant de ménager tout le monde...

    Les employés souffrent, les arrêts maladie sont des révélateurs du mal-être au travail qui devient inhumain car non reconnu par les directions et par l'Etat (Cf le rapport de singly sur la rénovation du statut des cadres hospitaliers et des rémunérations resté lettre morte au niveau de Matignon et de l'Elysée)
  • Par PL • Posté le 11/01/2010 à 20:54 Il est toujours imprudent de généraliser à partir d'une expérience personnelle, nécessairement limitée... Toutefois, travaillant depuis plus de quarante ans dans la finance d'abord d'entreprise puis privée, je n'ai jamais rencontré de profession plus hermétique à la gestion et à la finance que celle des médecins (et je ne suis pas le seul à le dire).

    Avant qu'ils ne prennent le manche, il leur faudra une sérieuse formation !
  • Par PR • Posté le 08/01/2010 à 18:01 Medecin dans 1 établissement public à gestion privée depuis 2000, auparavant établissemenr para-public dans lequel jusqu'en 1996 les frais de personnel ne dépassaient pas 30% du budget, j'ai toujours été confronté à ce problème de "suradministration" hospitalière déjà lors de mes études à l'A.P.-H.P..En 1977-78 le responsable du SAMU-PARIS, lors de ses cours aux ingénieurs bio-médicaux de l'Université de Compiègne dénonçait cela : pour 1 lit de malade à l'A.P.-H.P.3 personnes 1 soignant (du médecin à la fille de salle) et 2 administratifs. La semaine dernière 1 confrère, radiologue libéral, jeune, me disait exactement la même chose mais vraie pour toute la France, me disant que dans son cabinet avec 10 fois moins de personnes que dans le service de radio du CHU il faisait tout autant d'actes avec résultats écrits dans les 24 h.en général.Tous les jours je fais le même constat:-labo privé: 10 minutes à 1/4 d'heure d'attente, le sourire de l'accueil, résultats le soir-même la plupart du temps;-hôpital 1 heure, 2 secrétariats avec attente à chacun d'eux, parfois "la gueule" de la secrétaire dérangée et les résultats à 48 heures en allant les chercher voire plus. Il n'est pas question de remettre en cause la qualité des soins reçus et donnés par les soignants hospitaliers ni leur compétence mais simplement de souligner le rôle prévaricateur de l'administration hospitalière qui au lieu d'être au service des patients et du système met ceux-ci à son service ce que soulignait ce sénateur... Effectivement, pour beaucoup de chefs de service, très à cheval sur leurs orgueilleuses prérogatives, "plus leur personnel est nombreux plus ils sont importants", toujours la grenouille voulant se faire aussi grosse que le boeuf. Humilité et modestie, non nommées ainsi, font quand même partie du serment d'Hippocrate qui malheureusement n'est plus guère enseigné de même que le code de déontologie médicale. Ainsi va le XXIème siècle et ses vues à court terme où l'ego compte plus que tout. Un médecin du siècle passé.

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