Emploi et politiques sociales

Amazon : condamner la gratuité, c'est se tromper de cible

16 janvier 2008 • Julien Lamon

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Au nom de la concurrence, c'est au tour de la librairie en ligne Amazon d'être condamnée par le tribunal de grande instance de Versailles, pour non-respect de la loi sur le prix unique du livre. La société, qui a fait appel, est condamnée a verser 1.000 euros d'astreinte quotidiennement pour continuer à offrir les frais d'expédition à ses clients. A l'échelle d'une année, cette astreinte représente l'équivalent de 10 et 20 emplois à plein temps. Amazon n'est pas le seul libraire de la nouvelle économie touché, puisque le site « A la Page » à déjà été condamné en première instance, décision confirmée en appel et désormais portée devant la Cour de cassation. A l'origine des deux plaintes, le syndicat de la librairie française (SLF), désirant une concurrence loyale entre les librairies en ligne et les petites librairies.

S'attaquer à la gratuité des frais d'expédition est-elle une bonne idée ? On peut en douter. Tout d'abord, la fin de la gratuité va profiter à une minorité (les libraires indépendants, soit 10.000 emplois, source : Rapport de la mission de réflexion sur la librairie indépendante) au détriment d'une majorité de consommateurs (plus de 130.000 clients d'Amazon ont signé la pétition de soutien). Au nom de la concurrence déloyale, on étend la définition du prix unique de la loi Lang pour obtenir une limitation de la concurrence. Or, en offrant le service de la gratuité, le libraire en ligne a seulement proposé une innovation à ces clients, lui permettant d'offrir au prix des concurrents un service supplémentaire : l'expédition. La livraison gratuite est donc un moyen de proposer, dans un marché où les prix sont bloqués, une amélioration des services aux clients. Or, en France, le prix d'expédition représente une part pouvant dépasser 100 % du prix du livre envoyé -5 euros pour un envoi de moins de 250 grammes- un record en Europe. En effet, pour l'envoi de livres, les coûts d'acheminement sont de 1,38 euros en Belgique, 0,88 en Allemagne et 0,44 euros en Espagne !

La condamnation de la pratique de la gratuité sur les frais d'expédition met donc les grandes librairies en ligne sur un pied d'égalité avec les plus petites incapables de rivaliser sur ce service additionnel au prix du livre. Mais c'est s'attaquer aux conséquences -un seul opérateur à les moyens de prendre à sa charge le coût de transport- plutôt qu'aux causes -les prix pratiqués pour l'envoi de colis postaux sont anormalement élevés-. La fin de la gratuité se traduira seulement par une augmentation des coûts pour les clients du libraire en ligne. Un même euro ne pouvant être dépensé deux fois, l'équivalent des frais d'expédition payés auparavant par le client pour l'achat de livres sera perdu pour le monde de l'édition, et donc pour la culture…

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