Emploi et politiques sociales

Sophie de Menthon

Aimons le luxe à la française, notre savoir-faire, réconcilions-nous avec la richesse, finissons-en avec la lutte des classes

31 octobre 2008 • Agnès Verdier-Molinié

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Présidente du mouvement Ethic (Entreprises de taille humaine indépendantes et de croissance),
Sophie de Menthon a créé sa première entreprise à 21 ans. Elle intervient sur RMC
dans l'émission « Les grandes gueules ». Auteur de nombreux ouvrages, elle est aussi
à l'initiative de la « Fête des Entreprises » en France.

Agnès Verdier-Molinié : Quelle
est, selon vous, la principale
qualité de l'Administration française ?

Sophie de Menthon : Celle des
hommes et des femmes qui la
servent, car il n'y a en fait pas
d'« administration » à proprement
parler. L'Administration, ce sont
en réalité des hommes et des femmes
comme les autres qui la composent.
Ces hommes et ces femmes,
il faut les manager comme
les autres. Le problème est que,
dans l'Administration française, le
management n'a rien à voir avec
celui des entreprises.

AVM : Quel est, selon vous, le
principal défaut de l'Administration
française ?

SdM : L'hyper-concentration
verticale des pouvoirs, doublée
d'une fragmentation horizontale :
personne n'est responsable.
Comment voulez-vous que
quelqu'un soit motivé dans ces
conditions-là ? Les concours de
l'Administration en eux-mêmes
sont hallucinants. On pose comme
question pour le concours de postier
de savoir qui a écrit La Princesse
de Clèves ! Ces concours sont
difficiles, on prend les meilleurs,
on « sous-utilise » donc leurs
qualités et ils deviennent mauvais.
À l'étranger, ces concours d'entrée
n'existent pas, le système français
du recrutement de la fonction
publique est particulièrement
contre-productif.

AVM : Quelle serait, selon vous,
la grande réforme à mener en
France ?

SdM : La première grande réforme
serait de mettre en place un management
moderne (dans l'Administration,
on est resté à l'époque du
taylorisme…) par la confiance et
la responsabilité avec, en second
plan, la réduction indispensable
des effectifs publics. Quand on
met en place un management responsable,
on décuple les talents.
Nos déficits publics sont aussi
liés à la mauvaise gestion des ressources
humaines dans la fonction
publique.

AVM : Quelles administrations
pourraient être, selon vous, supprimées
en France ?

SdM : On commence à voir des
administrations fusionner : ANPE/
Unedic et DGI/DGCP. Cela va
dans le bon sens. La suppression
des doublons à tous les échelons
est indispensable. Il conviendrait
aussi, à mon sens, de supprimer
les départements. Les régions
devraient pouvoir reprendre responsabilités
et financements des
départements.

AVM : Quels sont les atouts
de la France dans la mondialisation ?

SdM : Il est compliqué de répondre
à cette question, car nos atouts
sont aussi souvent nos défauts !
Encore une fois, la qualité des
hommes et des femmes est un
atout non négligeable, nous sommes
notamment un peuple cultivé.
Notre éducation était reconnue
comme bonne mais sa qualité est
en train de baisser. Adapter notre
système éducatif à la mondialisation
fait partie des réformes à
faire. Nous avons aussi l'atout d'un
patrimoine culturel et historique
qui va avec un tourisme important
mais nos hôtels, par exemple, ont
un classement inadapté aux standards
internationaux. Ce n'est pas
un bon point pour la France. Dans
la mondialisation, on ne peut pas
« saucissonner » les choses. Tous
les éléments doivent être pris en
compte. Le luxe à la française
est aussi un atout mais difficile à
conserver dans un pays qui n'aime
pas les riches. Comment faire
rayonner notre luxe si personne
ne peut ou n'ose acheter du luxe
en France ? Par ailleurs, nous avons
un artisanat formidable. À Ethic,
nous proposons de créer une université
des métiers de la main.
N'est-il pas préférable d'avoir de
talentueux ébénistes que des nuls
en 2e année de socio ? Aimons le
luxe à la française, notre savoir-faire,
réconcilions-nous avec la
richesse, finissons-en avec la lutte
des classes. Tout cela commence à
venir, mais c'est encore trop lent
par rapport aux changements qui
s'opèrent dans le monde.

AVM : Quelle devise pourrait
redonner confiance aux jeunes
entrepreneurs de notre pays ?

SdM : « J'aime ma boîte ! ». Nous
avons créé autour de cette devise
la « Fête des Entreprises » qui se
tient tous les ans, depuis six ans.
Dans le même esprit, j'ai écrit un
livre intitulé La Vraie Vérité sur
l'entreprise
aux Éditions Eyrolles
et je sors en octobre 2008 un livre
illustré L'Entreprise racontée aux
enfants
. Il y a encore beaucoup à
faire pour réconcilier les Français
de toutes les générations avec l'entreprise.

Commentaires

  • Par Josette Duval-Boquet • Posté le 10/11/2008 à 10:54 Comme j'aimerais voir aimer les entreprises, même dans ma propre famille. Et votre livre pour présenter les entreprises aux enfants me semble une formidable idée. Car ce sont eux qui sont l'avenir; Merci.
  • Par Albessard • Posté le 02/11/2008 à 20:32 Cela fait plaisir d'entendre ce discours. Bravo, continuez

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