Emploi et politiques sociales

5 conditions pour créer des entreprises créatrices d'emplois

... des entreprises FORTEMENT créatrices d'emplois !

17 février 2010 • Bernard Zimmern

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La question de la création d'emplois est de plus en plus cruciale notamment suite aux destructions massives enregistrées en 2009 (plus de 400000 emplois détruits). Il s'agit ici de proposer des solutions pour créer des emplois marchands et non des emplois publics ou aidés augmentant les dépenses publiques.

L'examen comparatif des échecs subis par les gouvernements français en matière de création d'entreprises, et donc d'emplois, montre qu'ils découlent de cinq erreurs conceptuelles et il donne la clé des mesures qu'il faudrait donc mettre en place.

La première erreur est d'avoir cru que l'innovation technologique était le cœur de la création d'entreprises.
C'est le credo sur lequel s'est appuyé l'ANVAR alors que la consultation des statistiques de création d'emplois aux USA montre que les innovations technologiques ne représentent que 7% des emplois nouveaux créés, 93% naissant de l'application de technologies créées ailleurs à de nouveaux besoins détectés par un bon marketing.

Première condition : ne pas privilégier la prouesse technologique mais les débouchés économiques

La deuxième erreur a été de créer des entreprises sans se préoccuper de leur taille au départ.
C'est la politique de l'entreprise avec un capital de 1 euro développée par Renaud Dutreil qui lui a permis de remplir la promesse faire par Jacques Chirac dans sa campagne de 2002 de créer un million d'entreprises supplémentaires pendant son quinquennat.
On rappelle que, d'après des témoins oculaires, ce chiffre avait été lancé non à partir d'une étude sérieuse mais parce que 100.000 cela faisait trop mesquin et 10 millions trop exagéré.
Mais le résultat est que le chômage n'a pas régressé.

L'auto-entrepreneur d'Hervé Novelli répond au moins à un problème, c'est qu'il était devenu suicidaire de créer une entreprise même sans salarié et surtout sans salarié, car les minima de départ à payer à la Sécu et autres organismes publics avant que soit rentré le premier chiffre d'affaires conduisaient à un endettement inacceptable.
Mais avec moins de 40.000 entreprises créées avec salariés contre autour de 100.000 pour les Allemands et les Anglais, 600.000 pour les Américains, il est clair que la réforme de la création d'entreprises capables de créer massivement des emplois est encore devant nous.
Or, 95% des entreprises qui créent des emplois au départ démarrent avec un capital entre 100.000 euros minimum et 2 millions.

Deuxième condition : pour créer une entreprise fortement créatrice d'emplois, il faut de l'argent

La troisième erreur est d'avoir pensé que pour trouver les capitaux nécessaires, il fallait mutualiser les risques, diminuer le risque d'investir dans des créations d'entreprises en créant des fonds intermédiaires qui investiraient dans une multitude d'entreprises d'où une floraison d'organismes de collecte de l'épargne type FCPI, FIP, FCPR, etc.
En laissant de côté le fait que beaucoup de ces organismes aident d'abord les banques, un fonds n'est pas fait pour investir dans des créations d'entreprises et, d'ailleurs, s'il est bien géré, ne le fait pas, car les risques sont trop importants et les montants trop petits pour que ces investissements soient rentables.
Et surtout, un gestionnaire de fonds pense à sa carrière et préfère investir dans des activités où il ne sera pas seul de façon à ne pas être seul à échouer.
Or les entreprises qui ont le plus de chances de forte croissance sont les plus déviantes, les plus risquées.
Les fonds ont un rôle à remplir qui est celui de prendre le relais du financement lorsqu'une entreprise a déjà fait la preuve de sa viabilité et veut grossir, pas avant.

Troisième condition : les seuls capables de créer des entreprises à fort potentiel de croissance sont des individus qui investissent leur argent propre

Mais quatrième erreur, qui découle des observations précédentes, si l'on veut permettre à des entrepreneurs de réunir facilement 100.000 à 2 millions, il faut des mesures fiscales qui privilégient les gros investissements, encore une fois pas la multiplicité des petits qu'il faut alors agréger dans des fonds.
Or, toutes nos mesures fiscales d'encouragement ont plafonné leurs incitations à des niveaux ridicules, tels que 66.666 pour l'ISF-TEPA alors que plus de la moitié des investissements individuels dans les pays qui créent massivement des entreprises dépassent les 150.000 euros.

Quatrième condition : il faut revoir nos niches fiscales dont certaines sont des gouffres sans fond mais renforcer considérablement nos niches incitatrices à l'investissement dans la création d'entreprise ; d'autant que les retours pour le Trésor sont quasi-immédiats.

Cinquième erreur : l'Union européenne l'avait compris bien avant nous car cela figure dans les règles édictées en août 2006, il faut encourager non pas l'investissement dans les PME, entreprises de moins de 250 salariés déjà sorties des financements d'amorçage, même si elles ont encore besoin de capitaux propres, - mais les sommes à faire investir dans les créations sont dérisoires par rapport à celles dont ont besoin les PME -, mais encourager l'investissement dans les Petites Entreprises Communautaires, des entreprises de moins de 50 salariés.
L'ISF-TEPA a fait cette erreur malgré tous les efforts de l'iFRAP.

Cinquième condition : encourager fiscalement l'investissement des individus dans des PECs, pas dans les PME.

Et s'il était possible d'en ajouter une sixième, elle serait que le pouvoir en place fasse mieux étudier les dispositifs qu'il fait voter et s'inspire davantage de l'exemple des pays qui ont créé massivement des emplois.

Commentaires

  • Par PhG • Posté le 18/02/2010 à 15:15 Totalement d'accord avec vous, et spécialement sur le fait des déductions fiscales pour investissement. Sans oublier que cela ne manquerait pas de contribuer à la solution du financement des retraites.
    Et les 35 h! Une cause majeure de nos déficits publics, mais un tabou supplémentaire.
  • Par Denis OULES • Posté le 17/02/2010 à 22:44 Je suis pleinement d'accord avec Bernard Zimmern.

    Lire l'article des ECHOS du 12 février écoulé en page 3: "L’Inspection générale des finances s’est penchée sur les marges des intermédiaires dans le cadre de certaines niches fiscales. Les frais de gestion, qui peuvent atteindre environ 40 % de l’investissement initial, sont jugés « excessifs ».

    Comment et pourquoi le lobbying de ces intermédiaires vampires a t'il pu aveugler le gouvernement, malgré les avertissements de Bernard?

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