Éducation et culture

Tout le monde n'a pas la chance d'avoir été communiste

27 novembre 2006 • Sandrine Gorreri

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Trois nouveaux organismes pour améliorer la culture économique des Français, c'est formidable. Le sujet est de salut public. Mais pourquoi les confier aux experts qui nous ont conduits dans la mauvaise direction ?


Premier problème, l'intitulé du plus récent, le CODICE, est visiblement incomplet. Il y a bien urgence puisque les Français sont les seuls au monde à trouver l'économie de marché néfaste [1]. Les Allemands, les Polonais, les Turcs, les Chiliens, les Indiens, les Russes, les Chinois et tous les autres sondés l'estiment positive, voire très positive. Les Cubains et les Nord-Coréens n'ont pas été interrogés, nous ne sommes peut-être pas seuls au monde.

C'est donc d'un CODICEM dont on a besoin : Conseil pour la Diffusion de la Culture de l'Economie de Marché. Parce que pour la formation à l'économie administrée et collectiviste, les Français ont reçu leur dose. Les manuels scolaires et les formations universitaires, les Laguillier, Besancenot, Buffet, Bové, Emmanuelli, Fabius et leurs ancêtres nous serinent ses merveilles depuis notre enfance. Sans compter qu'à droite, les étatistes ne manquent pas non plus.

Organismes Création Premier président
Conseil pour la Diffusion de la Culture Economique (CODICE) Juillet 2006 Claude Perdriel
Institut pour l'Education Financière du Public Avril 2006 Philippe Herzog
Ecole d' Economie de Paris Novembre 2005 Thomas Piketty

Il n'est pas évident que la création de ce Conseil soit la solution – réformer l'Education Nationale est-il impossible ? -, mais une surprise nous attendait : la nomination de Claude Perdriel à sa tête. Claude Perdriel est un industriel qui a brillamment réussi dans la presse avec notamment les 400 000 exemplaires du Nouvel Observateur. Lui-même, son hebdomadaire et majoritairement ses lecteurs se revendiquent de gauche. Est-il le mieux placé pour impulser le changement nécessaire dans la culture économique des Français ?

A vrai dire, ce n'est pas la première fois que l'idée d'éduquer les Français à l'économie voit le jour. En 1996 France Culture avait décidé d'organiser une série d'émissions didactiques L'économie en question présentant un panorama des théories économiques. Cette mission avait été confiée à raison d'une heure par semaine et pendant 3 ans à… Jacques Généreux professeur très engagé à gauche de la gauche. En 2001 et 2002, sans doute pour traiter les plus récalcitrants, "l'auteur entreprend, chaque mois sur France Culture et dans le mensuel Alternatives Économiques, de rétablir Les Vraies lois de l'économie". De cette série, Jacques Généreux et France Culture ont tiré en 2001 et 2002 deux livres sous le même titre catégorique.

Nouvelle occasion en 2005, quand il s'est agi de créer une Ecole d'Economie de Paris, "future vitrine de la recherche française", capable de rivaliser avec Harvard, Chicago ou Oxford. Le gouvernement choisit Thomas Piketty, "économiste nettement à gauche", d'après le quotidien Libération.

Jacques Généreux : Diplômé de Sciences-Po, professeur à Sciences-Po, membre du Conseil National du Parti Socialiste, engagé dans le courant Emmanuelli, collaborateur assidu d'Alternatives Economiques, proche d'ATTAC.

Philippe Herzog : Polytechnicien, puis économiste à l'INSEE et professeur d'Université. Membre du PCF de 1965 à 1996, élu au Comité central en 1972, au Bureau Politique en 1979. Tête de liste PCF aux élections européennes de 1989. Président de l'association Confrontations.

Claude Perdriel : Polytechnicien, industriel, gérant puis PDG du Nouvel Observateur, fondateur et directeur du Matin, quotidien socialiste, de 1977 à 1985. Directeur de Challenges.

Thomas Piketty : Diplômé de l'Ecole Normale Supérieure, directeur d'études à l'EHESS, professeur au MIT. Chroniqueur à Libération : "Effets de l'ISF, on n'observe pas d'hémorragie", "Sortir du piège Blairiste". Auteur de Vive la gauche américaine où il est présenté comme "un des meilleurs économistes de sa génération qui pourfend avec bonheur la doxa libérale sur la baisse des impôts et un militant obstiné de la redistribution".

Pour présider ce CODICE, on a quand même échappé à Philippe Herzog, ex-économiste en chef du Parti communiste Français. Il disposait pourtant de sérieuses références dans la formation à l'économie comme instructeur vedette à l'Ecole Centrale du Parti Communiste. Pendant de nombreuses années il y a enseigné la "Nouvelle Logique" que le PCF appliquerait au système économique français quand il serait au pouvoir. Il est vrai que le gouvernement venait de le nommer à la tête de l'Institut pour l'Education Financière du Public dont le but est "d'aider les Français à mieux prendre leurs décisions d'investissement et à mieux maîtriser leurs choix individuels et collectifs en matière de gestion financière et d'épargne". C'est cocasse pour quelqu'un qui a rédigé le Programme commun de Gouvernement au côté de Georges Marchais, programme qui aurait définitivement soulagé les Français de tout souci de gestion de leur patrimoine financier.

La valeur de ces personnalités n'est pas en cause, mais pourquoi, pour former les Français à l'économie, faut-il toujours faire appel à des personnalités de gauche, même sous un gouvernement de droite ? Parce que ceux qui les nomment sont convaincus que ces organismes ne servent à rien, pour se donner bonne conscience ou pour les acheter ?

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[1] Résultats d'un sondage réalisé par un institut américain à la demande de l'Université du Maryland sur l'appréciation dans 20 pays de l'économie de marché et de la libre entreprise. A la question : "le système de la libre entreprise et de l'économie de marché est-il le meilleur pour l'avenir ?", la France arrive dernière avec 36% d'accord et 50% pas d'accord.

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