Éducation et culture

"Regrouper les portefeuilles ministériels de l'Education nationale et de la Culture est une idée qui va dans le sens de l'efficacité et de la modernisation de l'Etat"

Entretien avec Olivier Dassault

09 mars 2006 • Agnès Verdier-Molinié

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Député de l'Oise, Président de Dassault Communication, Président du conseil de surveillance du groupe de presse Valmonde (Spectacle du Monde, Valeurs actuelles, Jours de Chasse) et du conseil de surveillance du Journal des Finances, il est aussi, depuis l'entrée du groupe Dassault dans Le Figaro il y a quelques mois, administrateur de la Socpresse. Ingénieur de l'Ecole de l'Air (1974), Olivier Dassault a suivi une formation scientifique et économique. Il est titulaire d'un DEA de mathématiques de la décision et d'un doctorat d'informatique de gestion. A l'Assemblée nationale, il est membre de la commission des Finances et Rapporteur spécial du budget de la Culture pour la XIIe législature. En juillet 2002, il a fondé, avec Jean-Michel Fourgous, le Groupe d'étude parlementaire "Génération entreprise".

Agnès Verdier-Molinié : Monsieur le Député, vous êtes rapporteur spécial à la commission des Finances pour le budget de la Culture. Comment expliquez-vous l'opacité qui semble régner spécifiquement dans la gestion de ce ministère ?

Olivier Dassault : Il ne s'agit pas réellement d'opacité, mais d'un léger flou. Je veux d'abord rendre hommage aux efforts du ministère de la culture, un des ministères les plus avancés pour la mise en place de la LOLF, celui qui a déployé le plus d'énergie pour s'adapter à ces nouveaux mécanismes.

Certains malentendus dans les transferts de crédits subsistent et pourraient donner un sentiment d'opacité. Les actions menées en faveur du patrimoine ne sont pas assez clairement définies, le gel des crédits est redouté chaque année. Une politique ambitieuse, certes nécessaire, a été menée sur les intermittents, il est maintenant temps de rééquilibrer les dépenses.

Je suis, en tant que rapporteur spécial pour le budget de la culture, un observateur privilégié de ce ministère, je regrette qu'il ne se soit pas départi d'un certain nombre de mauvaises habitudes, et ne se soit pas modernisé davantage.

Parce que ce budget touche à l'action publique, en même temps qu'à la passion, je souhaite que ces mauvaises habitudes cessent, pour avoir une culture plus dynamique, et plus accessible, tout en veillant à la préservation du patrimoine. Le sens de mes critiques doit rester constructif parce que j'aime la culture et son ministère et je salue les actions engagées par Renaud Donnedieu de Vabres pour dynamiser sa gestion.

AVM : Il se pourrait qu'à la suite d'un rapport d'audit mené conjointement par la DMDTS (direction de la musique, de la danse du théâtre et des spectacles) et la Mairie de Paris, le fonds de soutien aux théâtres privés (association loi 1901) soit peu à peu transformé en établissement public. Pensez-vous qu'il soit encore possible de « sauver » le théâtre privé face à la concurrence à prix cassés qu'il subit de la part des salles publiques ?

OD : Il faut se souvenir qu'il y a 20 ans, la création dramatique était en très mauvaise posture. Une politique volontariste très efficace a été menée. C'est un comble qu'il faille presque regretter que la situation se soit trop améliorée.

Il est étonnant de penser qu'une mission de service public peut entraîner une concurrence déloyale, c'est le cas aujourd'hui entre les théâtres privés et les théâtres publics. Le sauvetage du théâtre privé est non seulement possible, mais il est souhaitable pour multiplier l'offre.

J'ajoute que la transformation en établissement public du fonds de soutien serait une erreur, je crois qu'il s'agit d'un schéma de pensée archaïque, une logique d'action publique qui a 30 ans de retard, que là aussi, je ne doute pas que le ministère de la culture saura faire preuve de modernité.

AVM : A la convention UMP sur la Culture, Nicolas Sarkozy faisait part de son constat de la nécessité de "regrouper la direction des médias, le ministère de la Culture et l'Education nationale sous l'égide d'un seul ministère" et de "cesser de mépriser les financements privés". Que pensez-vous de ces propositions ? Permettraient-elles de redonner une certaine transparence au budget de la Culture et à son administration ?

OD : Je partage les idées de Nicolas Sarkozy pour moderniser le pays et le remettre en mouvement.

Regrouper les portefeuilles ministériels est une idée qui va dans le sens de l'efficacité et de la modernisation de l'Etat ; ce sont des changements qui participent de l'attractivité de notre territoire.

Des initiatives concrètes ont déjà été prises, et il faut non seulement les saluer, mais aussi les encourager. Je pense par exemple à l'instauration d'un secrétariat général au ministère de la culture, qui serait le garant de la cohésion et de l'efficacité transversale des services du ministère. C'est un atout fondamental, c'est une clef pour créer des synergies entre les directions et avec les autres ministères, pour que l'action de l'Etat soit la plus pertinente et la plus efficace possible.

Je partage, avec Nicolas Sarkozy, l'idée qu'il faut « démocratiser la culture » et la rendre accessible au plus grand nombre. Y sensibiliser les écoliers est une bonne mesure.

Les nouveaux moyens de communication, je pense bien sûr à l'Internet, mais aussi à la TNT (télévision numérique terrestre) par exemple, sont une nouvelle fenêtre sur la France du XXIe siècle et sur le monde. Il faut en faire un atout pour donner aux plus jeunes, et même aux plus petits, un enseignement culturel et un regard sur toutes les cultures.

La politique culturelle est un exemple parmi d'autres illustrant la nécessité de faire des vraies réformes dans ce pays. Je le redis, il faut aller plus avant, avoir le courage de faire les changements qui s'imposent : réformer l'ISF, mettre en place un contrat de travail unique, assouplir encore d'avantage les 35 heures.

A titre d'exemple des changements à apporter, il faut faire cesser ce climat de défiance entre un Etat généreux et des entreprises qui ne verraient que leur intérêt propre dans le mécénat.

Il ne faut notamment pas négliger le rôle des fondations. Je suis favorable au mécénat et aux financements privés lorsqu'ils ont un sens, lorsqu'ils s'inscrivent dans la lignée d'une action il ne s'agit pas seulement "d'optimisation fiscale".

Ainsi, pour prendre un exemple, Bruno Roger, est un homme animé par la passion. Connu comme un grand banquier – il est l'un des principaux dirigeants de la banque Lazard - il est président du festival d'Art lyrique d'Aix-en-Provence, dont il a permis la résurrection après plusieurs années d'incertitudes profondes, en complément de l'action publique.

Il s'agit d'une preuve supplémentaire, si c'était utile, du nécessaire partenariat public-privé.

A ce titre, comme vous le savez, j'ai déposé une proposition de loi pour instaurer une "journée nationale des fondations" pour mettre en lumière le travail formidable qu'elles effectuent chaque jour dans l'ombre. Ce texte a été adopté à l'unanimité à l'Assemblée nationale, il devrait être examiné dans les prochaines semaines au Sénat.

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