Éducation et culture

Recrutement de 60.000 professeurs : où en est-on ?

26 février 2015 • Roger Chudeau

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Retour sur la création de 60.000 emplois de professeurs supplémentaires sur 5 ans, au-delà donc du simple renouvellement des personnels partis à la retraite. Ces créations d’emploi sont présentées comme des mesures « réparatrices » après les 80.000 suppressions d’emplois du quinquennat précédent (RGPP). En réalité, ce sont seulement 4.100 professeurs titulaires qui ont été "injectés" depuis 2012 dans l'éducation car le gouvernement n'a fait que remplacer les départs en retraite. Et ce, tout simplement, parce que le vrai problème n'est pas le nombre de professeurs mais plutôt le temps de travail de ces derniers. 

Entre 2012 et la rentrée 2014, 24.666 emplois ont été créés dont 22.206 dans l’enseignement public (le solde dans l’enseignement privé sous contrat et l’enseignement agricole).

Ces 22.206 emplois se décomposent en 1.536 titulaires et 18.070 stagiaires (étudiants lauréats des concours de recrutement passés en année de M2 (Master). Ces stagiaires rejoignent les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) créées par Vincent PEILLON et remplaçant à l’identique les Instituts de formation des maîtres (IUFM)  que le gouvernement de François Fillon voulait supprimer.

La Loi de Finances 2015 prévoit 10.561 nouvelles créations : soit 9.421 pour le ministère de l’Education nationale, se décomposant en 2.595 titulaires et 6.276 stagiaires.

Au 1er janvier 2015 auront donc été créés 35.227 emplois de professeurs des premier et second degrés. Il est prévu d’en créer encore 11.000 par an en 2016 et 2017.

Ces créations impactent le volume des postes ouverts aux concours : environ 20.000 professeurs partent à la retraite tous les ans. Les concours sont donc calibrés bien au-dessus des besoins de renouvellement (autour de 27.000/an pour l’enseignement public). A cela s’ajoutent les 1.000 emplois créés par la loi de finances rectificative de juillet 2012 et les 10.000 « emplois d’avenir professeurs » réservés aux étudiants issus des « cités ».

L’essentiel de ces emplois sont des emplois de stagiaires dont le « rendement » pour le système éducatif est faible (ils assurent un demi-service) et l’efficacité mesurée, s’agissant de débutants.

En réalité depuis 2012, ce sont un peu plus de 4.100 professeurs titulaires supplémentaires qui ont été « injectés » dans les écoles, collèges et lycées... qui comptent 500.000 classes ! Une goutte d’eau dans l’océan. Du reste le nombre moyen d’élèves par classe du primaire est quasi constant depuis 1999 : il est inférieur à 23 élèves dans l’élémentaire et inférieur à 26 élèves en maternelle.  C’est que les moyens supplémentaires sont très largement absorbés par l’évolution de la démographie scolaire : le ministère prévoit une augmentation de 32.000 élèves du primaire en 2014 et 22.600 en 2015. Pour le second degré ces chiffres sont de 27.500 et 29.500.

Dans le premier degré, ces professeurs ont été prioritairement affectés dans des classes recevant des enfants de deux ans et dans les écoles bénéficiant de l’opération « plus de maîtres que de classes ». Il y aurait beaucoup à dire sur la pertinence d’une scolarisation à deux ans que la Défenseure des enfants considérait comme carrément nocive en 2005. Quant à l’opération « plus de maîtres que de classes », (qui reprend d’ailleurs mot à mot une revendication syndicale), les rapports de l’Inspection générale de l’Education nationale ont clairement dit que les effets que l’on peut attendre d’un dispositif installé dans des conditions souvent approximatives sont évidemment très incertains …

Mais ces moyens supplémentaires ont aussi été largement « consommés » par les cadeaux accordés sans contreparties aux organisations syndicales : dans les réseaux d’éducation prioritaires par exemple, les obligations de service des enseignants ont été diminuées d’1h30, qu’il faut bien compenser à grands coups d’ETP (équivalents temps plein : postes budgétaires).

Le Gouvernement a voulu ignorer le rapport et les préconisations pourtant limpides de la Cour des comptes et des rapports de ses inspections générales Il y a fort à parier qu’il ne déviera pas de sa ligne actuelle, pas même pour abonder les dotations des ministères chargés de notre sécurité.

Dans ces conditions, les dizaines de milliers de créations de postes de professeurs n’auront  aucun effet sur les performances de nos élèves ni sur l’efficacité globale du système éducatif. 

Que faire en 2017 ?

Agir sur l’efficience du système de gestion des ressources humaines du ministère :
  • Rendre progressivement la bivalence obligatoire dans le second degré (comme en RFA par exemple).
  • Globaliser les horaires annuels d’enseignement (ne plus définir le service de manière hebdomadaire, mais annuelle, avec notion de « service dû » aux élèves).
  • Rendre obligatoire le remplacement de courte durée dans les établissements (décret existant mais non appliqué).
  • Augmenter le temps de présence effective des enseignants dans leur établissement (tutorat, entretiens avec les parents, concertation).
  • Supprimer le système des décharges de service issu des décrets de 1950 (gain budgétaire : environ 20.000 ETP).
  • Supprimer les décharges syndicales ou les réduire drastiquement (gain : plusieurs centaines d’ETP).
  • Allonger la durée de l’année scolaire de 15 jours ou trois semaines.
  • Diminuer le calibrage des concours. En contrepartie, procéder à une augmentation salariale des enseignants (avec part modulable au mérite et aux résultats).

 

Agir sur les facteurs d’efficacité du système :
  • Donner progressivement aux établissements du second degré de nouvelles responsabilités en matière de GRH : primes et indemnités, masse salariale, recrutement des personnels.
  • Créer des établissements publics d’enseignement primaire (EPEP) d’au moins 13 classes, par regroupements administratifs d’écoles de petite taille et dirigés par un véritable directeur.
  • Recruter les enseignants après obtention effective du M2. Augmenter le temps de service (accompagné) des professeurs stagiaires. Ne titulariser qu’après une période probatoire de 5 années.
  • Refondre la formation continue (hors temps scolaire) au plus près des besoins des écoles et des établissements.
  • Refondre le suivi et l’évaluation des enseignants par leur chef d’établissement et les corps d’inspection.

 

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