Éducation et culture

Performance de l'enseignement supérieur : la sélection à l'université est nécessaire

17 février 2009 • Julien Lamon

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Les enseignants-chercheurs sont en grève (voir notre entretien avec Jean-Robert Pitte). L'élément déclencheur de la crise ? Un projet de décret réformant notamment l'articulation (rigide) entre recherche et enseignement à l'Université. Pour les enseignants-chercheurs concernés, une crainte : que le président d'université qui possède, grâce à la loi LRU [1], des pouvoirs de décision élargis, attribue au gré de ses humeurs à qui plus d'heures de cours, à qui plus de temps en laboratoire de recherche.

Absence de pédagogie du côté du gouvernement, manipulation de la part des syndicats de l'autre ont déclenché la fronde qui non seulement remet en cause la réforme du décret, mais pourrait dans le pire des cas aboutir à l'annulation de la réforme sur l'autonomie des Universités. Pourtant, ce projet de décret ne mérite pas tant de cris d'orfraies, et va dans le sens d'une réforme désormais nécessaire de notre université malade, celle d'une remise en cause de notre modèle égalitariste centralisé et monolithique d'enseignement supérieur universitaire.

L'université française est malade, les symptômes sont clairs : absence de visibilité à l'étranger de nos formations supérieures et faible accès de la population aux études supérieures. Pour ne pas faire référence au trop connu classement de Shanghai, nous pouvons considérer celui du Times of Higher Education, qui classe 5 universités et grandes écoles françaises dans le top 200 mondial, dont l'Ecole Normale Supérieure, l'Ecole polytechnique et l'Université Pierre et Marie-Curie, contre 35 anglaises et 57 sont américaines. Deuxièmement, l'Université française est avant tout une énorme machine à générer l'échec, avec près de 23 % des jeunes sortant de l'Université sans aucun diplôme. Avec un taux d'obtention d'un diplôme supérieur de 26%, contre 36 % pour la moyenne des pays de l'OCDE, la France fait ainsi pâle figure parmi ses pairs.

Il est classique d'aller chercher à l'étranger les modèles de réussite. Le système universitaire anglo-saxon montre l'exemple dans l'excellence. Mais il existe chez nous un modèle qui prouve depuis plus de 200 ans son efficacité : les classes préparatoires et les grandes écoles. Un seul chiffre permet de témoigner de son efficacité : 10% des effectifs étudiants à l'entrée, 20% des diplômés de l'enseignement supérieur à bac +3 [2]. Ils sont en effets 92% à atteindre le niveau Licence et 75% d'entre eux atteignent le niveau Master (toutes filières confondues). Ce modèle méritocratique repose avant tout sur une réalité : la sélection à l'entrée. Double même, puisque les candidats sont sélectionnés sur dossier avant l'entrée en classe préparatoire, puis sur concours avant l'entrée dans une des grandes écoles normales, d'ingénieur ou de commerce.

En classe préparatoire, il est vrai que ces étudiants bénéficient d'une dépense publique supérieure, de l'ordre de 2 fois les montants consacrés aux étudiants d'université [3]. Mais 80% de ce surcoût est dû aux salaires plus élevés des professeurs. En effet, les professeurs sélectionnés dans les classes préparatoires sont mieux payés, car faisant partie des meilleurs professeurs.

Dans les grandes écoles, les modèles sont variés, mais en règle générale, elles bénéficient d'une autonomie de gestion qui leur permet d'attirer des professeurs prestigieux, bénéfice qu'elles n'hésitent pas à faire payer dans les droits d'inscription. En effet, pour attirer les meilleurs professeurs et mettre en place les meilleurs programmes pédagogiques, il faut des moyens. A Sciences Po par exemple, modèle d'innovation, les frais de scolarité sont élevés. Ce qui n'empêche pas de les moduler à la baisse pour les plus défavorisés.

La réforme des universités ne voit qu'un aspect du modèle qui fait la réussite de nos grandes écoles ou des prestigieuses universités étrangères : l'autonomie de gestion. Malheureusement, elle oublie, pour ne pas fâcher les syndicats d'enseignants, les deux autres piliers indispensables qui tireront l'université de son marasme : la sélection à l'entrée et la liberté de fixer des droits d'inscription couvrant le coût nécessairement élevé d'un enseignement de qualité. Sans s'appuyer sur le trépied autonomie de gestion, liberté de financement, sélection des élèves et des professeurs, toute réforme de l'Université restera bancale.

[1] loi relative aux libertés et responsabilités des Universités

[2] voir les statistiques du site de l'éducation nationale : ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/dpd/ni/ni2006/ni0601.pdf.

[3] source : Comptes de l'éducation

Commentaires

  • Par Henri Pacé • Posté le 02/03/2009 à 18:56 Il faut partir des évidences suivantes :

    -Entrer en faculté c'est manifester des aptitudes pour suivre un enseignement SUPERIEUR

    -La faculté est encombrée à l'entrée par au moins deux fois trop d'élèves qu'aucune université au monde ne supporterait:insuffisance des locaux, des professeurs, des labos, ...

    -laisser rentrer à la faculté un bachelier qui a le niveau le plus juste pour obtenir ce diplôme que tout le monde ou presque peut avoir est un crime, car cet élève se retrouve en échec deux plus tard ce qui est une manière de fabriquer des aigris et des malheureux

    -tout ce troupeau empêche de mettre en place un enseignement efficace et ceci explique sans doute le drame (et le classement) des Universités françaises

    Il faut donc un filtre à l'entrée : pourquoi ne pas utiliser le baccalauréat (dont c'était la fonction lorsqu'il valait encore quelque chose) auquel on demanderait au candidat de le passer avec mention AB par exemple ?

    Je dois rêver ? Peut-être qu'une telle mesure mettrait un million de personnes dans la rue
  • Par Patalb • Posté le 25/02/2009 à 08:48 Bonjour,

    Je lis ceci, de la part de Ph LEMBO:

    Ainsi en va-t-il des instituteurs et professeurs qui revendiquent de n'avoir aucun compte à rendre en matière pédagogique ni aux parents ni aux directeurs d'école...

    C'est un pur fantasme et un raccourci idéologique évident. La réalité est toute autre. Il suffit d'assister aux conseils de classe pour s'en rendre compte.

    Les parents sont omniprésents et ce n'est pas toujours pour le meilleur du niveau éducatif de nos enfants. Les Directeurs d'école notent et contrôlent leurs professeurs. Mais ce sont les Rectorats qui décident en dernière instance: là, est le problème (revoir le cas de l'enseignante poignardée qui a été abandonnée par sa hiérarchie face aux menaces reçues). Il faut avoir bien en tête que les équipes pédagogiques sont assez désarmées en matière de sanction et de programmes.

    Ne confondons pas les enseignants et la gestion de l'éducation par L'Etat. Je ne suis pas enseignant, et je ne souhaite pas subir leur sort: sauf s'il change, comme l'a promis notre Président...

    MERCI

    Patalb.
  • Par JRP • Posté le 24/02/2009 à 12:11 Tout ce que vous énoncez est parfaitement vrai. Et malheureusement connu depuis fort longtemps
    Vous omettez de préciser que depuis soixante ans cela n'a fait que s'aggraver. Auparavant, il y avait un numérus clausus implicite: Le niveau exigeant du baccalauréat pour entrer à l'université. Jusqu'en 1950, les élèves recalés au baccalauréat entraient, par exemple sans problème dans de nombreuses écoles supérieures de commerce ou d'ingénieurs. Cela ne signifie pas que ces écoles ne dispensaient pas un enseignement de qualité. Simplement, par démagogie on a voulu fabriquer du bachelier en masse, en oubliant les excellentes formations, par exemple des écoles pratiques qui permettaient d'entrer dans les prestigieuses écoles des Arts et Métiers. Le baccalauréat n'était pas requis pour entrer dans les écoles dentaires, e.t.c. …
  • Par Julien Lamon • Posté le 24/02/2009 à 10:42 Cher Monsieur,
    La situation des énarques n'a rien à voir avec mon propos. Le problème de l'ENA n'est pas tant le principe de sélection à l'entrée mais plutôt la façon dont certains ce servent de l'administration et de leurs talents pour bâtir une carrière personnelle d'autant plus semée d'erreurs de gestion ou de management qu'ils ne sont pas responsables de leurs échecs.
    J'ajouterai, pour vous éclairer, que les filières sélectives concernent non seulement les écoles d'ingénieurs et commerciales, mais également les formations des métiers du droit et de la médecine (dans les Universités) ainsi que les formations plus professionnalisantes et non moins efficaces comme les BTS et IUT.

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