Éducation et culture

Pédagogisme et formation des maîtres

Meirieu : le Lyssenko de l'Education Nationale

31 janvier 2007 • Nicolas Lecaussin

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Maître de la biologie soviétique sous Staline et Khrouchtchev, Lyssenko combattit la science, en montrant que ses enseignements sont contraires au marxisme. Selon son analyse, la science progressiste appelle à la transformation de la société et s'oppose à la science réactionnaire -– bourgeoise, fasciste, nazie –, qui justifie le conservatisme et l'inégalité. Philippe Meirieu combat avec le même aplomb au nom du "pédagogisme", une "science" qui n'a rien à envier à celle de Lyssenko.

Le ministre de Robien a lancé début janvier la réforme des IUFM. C'est une excellente nouvelle d'autant plus que l'iFRAP s'est beaucoup battu contre ces instituts de formation des maîtres et leur pédagogisme révélateur de l'idéologie de l'Education nationale. D'abord, en publiant une enquête approfondie en juin 2004, ensuite en étant auditionné par une Commission parlementaire. Alors, peut-on espérer la fin des "référentiels bondissants", des "apprenants", de la "dictée à l'adulte" et des formateurs qui n'ont jamais fait de cours en classe ? Restons optimistes même s'il s'agit d'une petite réforme (mise des IUFM sous la tutelle des Universités, stages plus longs et adaptation de la formation des enseignants aux réalités de l'école). Les IUFM resteront un lieu de formation des maîtres et l'on ne pourra pas s'en débarrasser complètement avant d'en finir avec l'idéologie qui est à l'origine de leur création : le "pédagogisme".

“Il faut encourager l'éducabilité des élèves”

Cette doctrine repose sur le postulat que l'élève doit se trouver au centre de l'enseignement et que c'est à lui de "construire son savoir". L'enseignant ne doit jouer qu'un rôle d'intermédiaire et ne doit surtout pas imposer à l'enfant des "vérités". Qu'il s'agisse de la grammaire, de la littérature ou des mathématiques, on soumet aux enfants des "situations" et c'est à partir des "solutions personnelles élaborées par les élèves que l'enseignant apporte une nouvelle connaissance". Cette méthode qui trouve ses origines dans les idées égalitaristes véhiculées à la fin des années 1960 est employée à l'échelle nationale surtout depuis le début des années 1990 et la création des IUFM par l'ancien ministre de l'Education nationale Lionel Jospin. Parmi les défenseurs inébranlables de cette méthode, on trouve Philippe Meirieu, directeur de l'IUFM de Lyon.

Depuis environ 30 ans, il conseille pratiquement tous les ministres de l'Education nationale. Promoteur du collège unique, c'est un adversaire acharné de l'école privée. Ce qui ne l'empêche pas de mettre ses enfants dans… le privé. Comme les autres gardes rouges de "l'égalitarisme" et du "pédagogisme", Bourdieu, Peretti, Prost, Meirieu a mis ses enfants dans des écoles privées et publiques cotées, loin des influences de la nouvelle pédagogie. Lui-même d'ailleurs est un ancien élève du lycée Henri IV à Paris…

Son credo idéologique est clairement exprimé : "Il faut parier sur l'éducabilité (sic) de tous les jeunes (…), il est temps d'imaginer un même lycée pour tous les jeunes, avec une même qualité de l'enseignement, une même ouverture culturelle et une même reconnaissance pour les voies générales, technologiques et professionnelles. Il est temps, enfin, de remettre en selle et au premier plan l'éducation populaire, de susciter et d'aider toutes les initiatives qui permettent aux jeunes d'apprendre à vivre et à travailler ensemble, ainsi qu'avec d'autres générations… " [1]. Inquiétant de la part de quelqu'un qui a déjà largement contribué à la destruction de notre enseignement. Grâce à lui (et à d'autres) l'école est aujourd'hui dans un état catastrophique et les résultats des élèves français sont parmi les plus mauvais dans les pays de l'OCDE. Grâce à ses méthodes, 60 000 jeunes sortent chaque année "sans rien" du système éducatif. On compte environ 6% d'illettrés et une très grande majorité de jeunes est complètement perdue sur le marché du travail. Devant cette situation, il est donc tout a fait normal de voir les élèves déserter l'école publique. Tous les ans, à chaque rentrée, les écoles privées sont débordées, et faute de places, des milliers de parents n'arrivent pas à inscrire leurs enfants.

Il veut supprimer l'école privée après y avoir mis ses enfants

Mais notre "pédagogiste" ne désarme pas. Préoccupé jour et nuit par "l'éducabilité" de nos enfants, il prône la réforme finale : la suppression de l'école privée. "Observant les évolutions de ces quinze dernières années, j'en suis venu, en effet, à souhaiter l'existence d'un seul et unique système scolaire, intégrant l'enseignement public et l'enseignement privé sous contrat avec l'Etat. (…) J'en suis venu à considérer le choix de l'école par les parents comme un danger majeur pour la cohésion de notre société" [2]. Pour Meirieu, la réponse au succès de l'école privée, c'est sa… suppression.

J'ai rencontré Philippe Meirieu dans son IUFM à Lyon. J'accompagnais un député rapporteur pour la commission de l'Education nationale qui s'est déplacé exprès pour auditionner le gourou des IUFM. Après nous avoir fait attendre un bon quart d'heure, Meirieu, sûr de lui, condescendant, a dressé un constat accablant de la situation de l'école française. La faute à qui ? Au "libéralisme scolaire", à l'école privée, aux médias, aux entreprises, aux "chèques-éducation" qui seraient l'apanage de l'extrême droite (sic). Comme autrefois le "savant" Lyssenko, Meirieu accusait les "réactionnaires", c'est-à-dire tous ceux qui n'étaient pas d'accord avec ses méthodes. En pensant déjà au prochain ministre qui l'appellera à ses côtés…

[1] "Le renouveau par l'école", article publié dans Libération du 8 juin 2006.

[2] Voir son livre Nous mettrons nos enfants à l'école publique…, Editions Mille et une nuits.

Commentaires

  • Par yannk29 • Posté le 10/09/2008 à 10:09 Résumer les travaux et propositions de Meirieu à si peu de choses n'est vraiment pas sérieux.
    Les propos concernant la scolarisation de ses enfants sont simplement diffamatoires et le fait que lui-même ait été lycéen à Henri IV lui a peut-être permis de constater les faits de "l'intérieur".
    Cet auteur qui "cherche à se maintenir auprès des ministres de l'éducation" (...) n'a jamais cessé d'enseigner (en collège ZEP de banlieue lyonnaise notamment). J'y vois là plus d'investissement pour coller à la réalité du métier d'enseignant que celle de rester "placé" au ministère.
    Je ne vois pas en quoi les "arguments" cités dans votre article feraient avancer la réflexion.
    Ce penseur quant à lui, poursuit une volonté d'exigence très élevée et très démocratique à propos des contenus à enseigner ET à propos des méthodes ; selon ses propos "apprentissage et émancipation".
    Les seules préoccupations d'instruction, si légitimes soient-elles ne mènent qu'à un enseignement inégal. L'histoire a bien montré que l'instruction pour savoir "lire, écrire, compter", le reste devenant superflu produit du déterminisme social.
    S'opposer à ces faits, constitue selon toutes les personnes humanistes visant les progrès et l'instruction de tous et non pas uniquement des élites, des projets ambitieux et difficiles à mettre en place.
  • Par galaor • Posté le 02/06/2008 à 23:11 "Comme les autres gardes rouges de "l’égalitarisme" et du "pédagogisme", Bourdieu, Peretti, Prost, Meirieu a mis ses enfants dans des écoles privées et publiques cotées, loin des influences de la nouvelle pédagogie. Lui-même d’ailleurs est un ancien élève du lycée Henri IV à Paris…"
    Un comble ! Et quelle reconnaissance implicite mais non avouée de la nullité de leurs idées. Ces gens-là sont les fossoyeurs de notre enseignement, les saboteurs à grande échelle de notre Education Nationale, avec la complicité de l’ex-trotskiste Jospin. Ils ont fait des ravages parmi les jeunes générations, les moins de 30 ans «les moins favorisés, pour user de leur terminologie» qui n’ont pu échapper à leur folie idéologique, à ce dévoiement totalitaire, faute d’autre choix possible pour eux et qui, non seulement ne savent quasiment plus rien (et surtout pas notre histoire !), mais ne savent même plus s’exprimer correctement que ce soit oralement ou par écrit. (Il n’est que de fréquenter un peu sur l’Internet les forums, les blogs ou les messageries pour s’en convaincre). Dégâts irréparables! Les responsables de ce désastre, dont on ne sait s’il faut plutôt les considérer comme des hurluberlus, des ânes diplômés, ou comme des haineux aveuglés par leurs chimères et déterminés à détruire notre société libérale, source selon eux de tous nos maux ! (auquel cas on se plairait à les voir comparaître devant une haute cour pour répondre de ce crime), s’obstinent imperturbablement à distiller leurs idées délétères. De mon point de vue, leur profonde malhonnêteté intellectuelle ne fait aucun doute.

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