Éducation et culture

Les laboratoires de recherche insuffisants pour l'innovation

14 mai 2009 • Bernard Zimmern

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La recherche serait le Saint-Graal dont dépendrait notre avenir collectif si l'on en juge par les dithyrambes qui illustrent les discours gouvernementaux et les épigones de nos médias. La recherche serait en effet le sésame qui ouvrirait les portes de l'innovation, elle-même la source du progrès et de la prospérité. De là à conclure qu'il faut dépenser plus dans nos laboratoires, au CNRS ou autres centres de recherche publics, il n'y a qu'un pas ; et comme depuis 30 ans que l'on ressasse ces discours et que la prospérité n'est pas au rendez-vous, c'est la recherche privée qu'on a décidé d'encourager à travers des programmes d'aide massifs comme le crédit d'impôt recherche.

Un article lu dans Financial Review d'Australie du 7 mai 2009 remet ces dogmes en question en rappelant que la recherche et les découvertes de laboratoire ne sont qu'un composant d'une chaîne, incapable de conduire à elle seule à la prospérité, et que beaucoup plus importants que les fabricants de nouvelles technologies sont ceux qui innovent en appliquant des technologies existantes à de nouveaux emplois.

L'exemple type est Federal Express dont le succès a été d'appliquer les technologies de transport (avions) et télécommunication (notamment radio) existantes au transport et la délivrance rapide du courrier, et pas d'inventer le transistor.

Ce sont les innovations de marketing et de gestion, beaucoup plus que les innovations techniques proprement dites, qui contribuent au développement des entreprises et à l'emploi. Rappelons que les statistiques américaines montrent que hi-tech, ordinateurs, télécommunications, Internet, pharmaceutique, contribuent pour moins de 10% à la création d'emplois et que plus de 90% sont créés par des innovations marketing. Il n'est d'ailleurs pas étonnant de constater que les plus grandes entreprises en termes d'emploi sont des firmes de distribution comme Carrefour, Auchan ou Tesco en Grande-Bretagne.

C'est aussi ce que rappelle le journal australien en citant une étude menée par un professeur de Cambridge et directeur du « UK National Innovation Center », montrant que les secteurs ayant le plus contribué aux gains de productivité en Australie de 1980 à 2004 n'ont pas été les producteurs de hi-tech mais les utilisateurs de hi-tech. Et ceci inclut non seulement l'usage de nouvelles technologies comme Internet mais aussi de meilleures méthodes de management et… de meilleure gestion publique.

La non compréhension de cette dimension pourrait nous coûter cher en France car, en mettant tout le poids financier de nos efforts dans la recherche publique ou privée, nous oublions que cette recherche restera stérile s'il ne se trouve pas des start-up pour l'exploiter. Et pour l'instant, le manque de fonds pour le décollage de nos gazelles, imputable au manque de business angels, reste le talon d'Achille de l'économie française. Malgré quelques progrès, les incitations fiscales sont encore très loin de nous mettre à égalité avec nos concurrents anglo-saxons ; sans des mesures conduisant à décupler notre effort financier sur ce plan (qui ne coûterait d'ailleurs rien au Trésor), notre effort recherche risque de rester vain.

Commentaires

  • Par Bernard Zimmern • Posté le 22/05/2009 à 15:33 Qu'il faut accélérer les mesures fiscales encourageant les Français à investir massivement dans les créations d'entreprises et passer d'un niveau annuel de l'ordre du milliard ou milliard et demi à 5 - 10 milliards qui nous mettraient à parité avec les Britanniques.
  • Par Bernard Zimmern • Posté le 22/05/2009 à 15:19 Ma formulation n'était apparemment pas claire. Je la reprends. Les entreprises qui créent plus de 90% des emplois aux USA ne sont pas celles qui décovurent le transistor mais celles qui découvrent de nouveaux emplois pour ce transistor. D'où l'exemple de Federal Express qui emploie plusieurs centaines de milliers de personnes, qui n'a pas inventé ni développé l'ordinateur ni les radio-téléphones mais qui en utilisant ces technologies développées par d'autres a su satisfaire le besoin: délivrance d'un courrier le lendemain matin.

    Nous avons mis beaucoup trop l'accent sur l'invention du bidule (je peux en parler car j'en ai inventé un qui emploie plusieurs milliers de psersonnes) et pas assez sur les innovations qui utilisent ces bidules. Les grandes créations d'emploi ont été faites par Carrefour, Auchan et Tesco qui ont inventé de nouvelles formes de marketing.
  • Par transfair • Posté le 22/05/2009 à 15:19 Cher Monsieur,
    Votre affirmation lapidaire par laquelle les innovations de marketing et de gestion contribuent plus que les innovations techniques au développement des entreprises et de l’emploi m’étonne, et ce d’autant plus qu’elle émane d’un polytechnicien qui plus est lauréat de physique… !
    Je dis lapidaire car accompagnée d’aucun commentaires ni explications qui pourraient éclairer le lecteur et ramener le propos à une plus juste valeur… Si votre constat qui en est à l’origine est évident, il n’en est pas moins simpliste. et cette présentation écourtée des faits m’apparaît source de confusions .
    L'examen de la situation montre bien en effet que les créations d'emplois sont issues dans la majorité des cas d'idées nouvelles de marketing et de gestion qui, judicieuses en particulier sur le plan de l'efficacité économique : amélioration du chiffre d'affaires et par là du bénéfice ,(ce critère majeur, essentiel , pour la majorité des concernés ) méritent d'être mises en oeuvre et induisent ainsi de nouveaux emplois (avec souvent la suppression d'emplois existants devenus dépassés, archaïques, obsolètes ). Faut-il pour autant sous estimer l’innovation de rupture technologique avec une telle assurance au point même d’oublier d’en parler !!!!?
    Si les progrès et améliorations que vous évoquez peuvent être qualifiées à la limite d'innovations,( je dirais plutôt
    de novations ), et il ne peut s'agir que d'innovations incrémentales , mais surtout pas d'innovations de rupture, expression à réserver qu’aux aux seules innovations dites techniques, ou technologiques...
    Ces dernières sont bien entendu les plus rares car plus difficiles à trouver, nécessitant plus d'expériences, plus de connaissances, avec en sus une curiosité et une imagination débordantes, sans parler… d’un peu de chance.
    au total une somme d'atouts majeurs que peu de gens ont le bonheur et la chance de cumuler dans leur entièreté .
    En déclarant : "l'imagination est plus importante que la connaissance " (A.Einstein), notre génial personnage a voulu, trop modeste, cacher son fabuleux bagage en Math qui lui aura permis de vérifier à tout moment la valeur même des idées qui lui venaient de son imagination, et ainsi progresser dans son raisonnement pour arriver par une démonstration irréfutable, à une conclusion dont nous connaissons tous les conséquences…..
    Le fait de posséder cet ensemble de compétences extrêmes est ainsi d'une grande rareté ce qui explique celle de l'innovation technologique de rupture et par là effectivement l'impact relativement faible sur la création d'emplois qui émane consécutivement d’innovations incrémentales, c'est à dire d'améliorations dans la gestion, le marketing , dans le détail de présentation (couleurs, formes etc ) des produits , des matériels etc..
    Faire ainsi abstraction des emplois qu'ont générés les innovations de rupture technologiques comme le transistor, puis la puce électronique, le réacteur nucléaire, le rayon laser, la pile à combustible, l'IRM , etc c’est trop rapidement oublier l’immense valeur de ces découvertes génératrices des emplois d’aujourd’hui .
    Evoquer le marketing et la gestion comme sources majeures d’emplois : le résultat d’une analyse superficielle
    d’un état de faits qui ne peut avoir de valeur qu’ en faisant abstraction des décennies passée car les innovations de ruptures technologiques ne sortent pas sur commande , ni du chapeau de magiciens ni de celui de quelques « professeurs en innovation » dont le seul titre fait sourire les véritables Trouveurs … A la base en effet de celles-ci et dans la majorité des cas une véritable découverte que le « trouveur » doit décliner en un brevet pour éviter de s’en trouver dépouillé sur le champ….
    Que dire de cette autre idée par laquelle « la recherche restera stérile s’il ne se trouve pas des start-up pour l’exploiter ! : Votre penchant pour les gazelles est bien connu et ne peut qu’être encouragé, mais évitez la confusion entre recherche ( en amont) et découverte ( en aval) ; les gazelles sont faites pour exploiter les découvertes mais non pour « exploiter la recherche » à moins d’avoir à leur tête un matheux féru de physique et ayant hérité d’une fortune lui permettant de vivre une passion celle d’être Chercheur pour devenir au plus vite Trouveur , Une situation qui exigera d’ailleurs qu’il continue a se battre, cette fois contre tous les conservateurs sclérosés que sa découverte déclinée en brevet dérange. Il lui en coûtera d’être alors traité de « savant maudit » , propos accompagné de tentatives d’étouffement venant de collusions d’entreprises et d’instances souvent même para -étatiques qui tentent en sus d’apparaître «citoyennes » mais en fait qui sont mafieuses , et dont les dirigeants finissent parfois à être délogés grâce à la diligente attention de Politiques avisés et sérieux , pensant que trop c’est trop ! En attendant que cet assainissement se généralise complètement notre Trouveur se trouve contraint à disparaître : s’il est faible il se suicide ,s’il est fort et non résigné, il migre une des raisons de l’existence de freins apportés au véritablement développement technologique pour lequel
    vos gens de marketing et de gestion bien que nécessaires ne sont que des auxiliaires de progrès, tout comme l’huissier n’est qu’un auxiliaire de justice..
    je continuerai cependant à lire vos propos qui concernant l'innovation ne peuvent que m'intéresser: à chacun sa passion obsessionnelle.. que seuls les trouveurs peuvent comprendre surtout quand à l'origine se situe une decouverte issue de la mise en équations d'un probléme dont la résolution est à la portée du premier lycéen venu, un peu attentif...
    Merci de votre attention.. et bien cordialement…
  • Par MORELLI Albert • Posté le 19/05/2009 à 18:02 Mr Von Hippel, professeur à la Sloan School (MIT USA en 1980), a démontré que la plupart des inventions qui ont bien réussi ne sont pas initialisées par les services de recherches mais par l'expression d'un besoin client insatisfait. Ensuite c'est avec le travail des services recherche, de développement, marketing, de production pour supporter la recherche ainsi que l'apport de toute la chaîne transversale qui suit la production la distribution et la vente que l'on réussit. En France, la séparation des écoles de commerce et des écoles d'ingénieurs ne prédispose pas à cette collaboration indispendsable. Quant à la recherche au CNRS je peux vous dire, pour avoir été président du comité d'orientation de la recherche d'une unité du CNRS, que chacun ne veut pas que le voisin se mèle de ce qu'il fait. D'où je vous laisse imaginer comment peut-on arriver à cette chaîne nécessaire pour atteindre le client final. Cela relève du pur hazard ou d'une volonté farouche du chef d'entreprise d'obliger les personnes à collaborer et en faisant une évaluation de son personnel sur 360°. Il faut un changement complet de mentalité pour réussir ce défi, qui je suis d'accord avec vous, passe par toutes les fonctions de l'entreprise. En appliquant la théorie des contraintes au management de l'entreprise on peut y arriver, hélas peu d'entreprises françaises ont appliqué cette méthode qui est appliquée à l'étranger.

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