Éducation et culture

Les entreprises et l'école en Allemagne

29 novembre 2012 • Hannes Gall

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L'Allemagne a créé depuis quelques années des partenariats entre les écoles et les entreprises, les « Lernpartnerschaften », pour impliquer davantage celles-ci dans l'éducation et la formation des jeunes générations. Un investissement qui se traduit concrètement par des financements des entreprises dans le système d'éducation plus élevés qu'en France. Mais aussi par une implication plus grande dans les contenus des cours, ce qui fait débat.

Chiffres-clés sur le poids des entreprises dans l'Éducation

Dans les premier et second degrés, les statistiques de l'OCDE montrent que le financement de l'Éducation, en France comme en Allemagne, est très largement public (89% pour la France, 82% pour l'Allemagne). Le reliquat est assuré par le secteur privé, avec en France une forte prévalence des ménages : 91% du financement privé en France provient des ménages (les parents, par exemple, pour les frais de scolarité, la cantine, etc.), et seulement 21% en Allemagne. Le reste provient majoritairement des entreprises (comme le montrent les statistiques du ministère en France), ou d'associations. Malheureusement, les données de l'OCDE ne permettent pas d'identifier avec précision le volume des financements provenant des entreprises, pas plus que les statistiques allemandes.

A population comparable, la France dépense entre 5 et 8 milliards de plus que l'Allemagne chaque année pour les premier et second degrés. Une différence considérable, surtout en prenant en compte l'éducation tertiaire, qui n'est pas incluse ici.

Dans l'enquête PISA de 2006, une des enquêtes menées relevait un pourcentage important d'écoles dans lesquelles l'influence des entreprises et de l'industrie sur les cours et la pédagogie est considérable : 87,5% d'élèves de 15 ans en Allemagne sont dans des écoles dans lesquelles l'influence des entreprises est indirecte, mineure ou considérable. La moyenne OCDE sur cette enquête était est de 63,7% (le pays européen au plus grand pourcentage étant l'Autriche avec 94,7%). La France n'a malheureusement pas communiqué ses résultats. (cf. document ci-contre)

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PISA 2006 : Influence du monde de l entreprise et de l industrie sur les programmes de cours PISA 2006

Concrètement, seulement un tiers des élèves de 15 ans dans les pays de l'OCDE sont dans des établissements dans lesquels le proviseur estime qu'il n'y a aucune influence des entreprises et de l'industrie sur les programmes de cours.

Les partenariats entreprise – école

Ces partenariats – dont certains exemples seront donnés par la suite – apportent des atouts importants à l'éducation des élèves. Ce qui se passe habituellement c'est que des entreprises développent du matériel de cours que les écoles peuvent ensuite utiliser. Les projets phares ont surtout été développés en Bavière, où le constructeur d'automobiles BMW informe sur l'hydrogène comme moteur du futur. La « SNCF » allemande, « Deutsche Bahn », a constitué un dossier sur la protection de l'environnement. Le leader de la restauration rapide, McDonalds, informe à travers ses documents sur l'utilisation optimale des ressources de notre planète.

La suppression de la lettre « h » de l'adjectif allemand « wahre » (réelle) en fait le nom commun « Ware » (bien commercial). L'inclusion des entreprises dans l'éducation nationale, rapproche-t-elle cette éducation de l'un ou de l'autre de ces termes ? La motivation initiale pour ce développement était que les entreprises se plaignaient que les élèves sortant des écoles ignoraient les fonctionnements de base de l'économie du marché.

Les professeurs des écoles allemandes concernées sont généralement satisfaits du matériel qui leur a été fourni. Ils avancent que les manuels habituels ne sont actualisés que tous les 5 à 10 ans, à cause des contrôles rigoureux qui s'y appliquent. A première vue, ces entreprises ne font pas de publicité, les écoles publiques étant juridiquement des espaces non-publicisés. Les embrouilles commencent quand les informations données deviennent biaisées. Qu'elles correspondent à une idéologie ou à une autre n'est pas d'importance ici, mais plutôt qu'elles n'ouvrent pas la réflexion. La « Initiative Neue Soziale Marktwirtschaft », initiative pour un nouveau marché du travail solidaire, financée par l'association des employeurs de l'industrie électrique et des métaux, restreint le débat sur la cogestion entrepreneuriale allemande qui est, comme nous l'avons montré, loin d'être entièrement négative pour le pays comme le fait ressortir le document de travail « cogestion en Allemagne ». En effet, ce sont surtout des employeurs allemands qui se sont prononcés en faveur de cette forme de cogestion forte.

Des reproches faits fréquemment concernent l'attraction de clients vulnérables, l'amélioration de l'image de l'entreprise auprès des élèves et parents, et l'influence sur les débats politiques. C'est aussi ce que reproche Felix Kamella, membre de l'organisation Lobby Control, dénonçant une prolifération exacerbée de la plupart des entreprises, que l'on retrouve surtout dans les domaines de l'alimentaire, du secteur bancaire et de l'énergie. On estime au nombre de 50.000 les documents scolaires fournis par les entreprises en circulation actuellement. L'université de Augsburg mène en ce moment une importante étude sur ce sujet : elle considère la propagation des documents comme nouveau marché en concurrence avec les manuel habituels, gratuits et pour cela appréciés par les professeurs et enseignants. Elle publiera les résultats de son étude sur ce « nouveau marché », probablement fin 2013.

Ces reproches faits sont très justes, mais démesurés dans le sens qu'ils se focalisent sur les influences facilement identifiables : un producteur alimentaire qui ne dénonce pas l'alimentation grasse comme problème de l'obésité, mais le manque d'exercice physique, écarte sa culpabilité et se donne une image faussement propre. Cela est bien évidemment dommageable pour les jeunes, mais facile à dénoncer.
Or ce sont les influences de poids et moins biaisées qu'il faut considérer. Celles-ci viennent des entreprises familiales qui ont moins d'incitations à mettre en valeur leurs produits et plus d'incitations à améliorer le système éducatif dans son ensemble.

Le Mittelstand dans l'éducation

Il se trouve que les grandes entreprises familiales, auxquelles appartiennent par exemple Henkel, Aldi, Wuerth ou Peek+Cloppenburg et qui sont au nombre de 2,3 millions en Allemagne, s'engagent dans ce genre de projets. La moitié de leurs fonds d'engagement social est reliée à des projets d'éducation, comme l'aide financière pour des écoles primaires ou des rénovations de théâtres pour les jeunes.

Prenons un exemple plus concret : « Wissensfabrik » (la fabrique à savoir). Créée en 2005 par neuf entreprises de la classe moyenne (« Mittelstand »), cette organisation à but non-lucratif, unique actuellement dans sa catégorie, engage des entreprises dans l'éducation allemande et dans la création de start-ups (entreprenariat), ce dernier domaine devenant actuellement un indicateur de réussite d'établissements supérieurs et d'universités, pas seulement en Allemagne. Il y a maintenant plus de 100 entreprises actives, dont Thyssen Krupp (Acier), Wuerth (Assurances), Daimler (Automobiles), Siemens (Électrotechnique), Bosch (technologie industrielle), pour ne parler que des plus connues. Problème français : prenant en compte les entreprises de 50 à 249 et de 250 à 500 employés, on a deux entreprises du « Mittelstand » allemand contre une seule entreprise française. Pour être compétitives dans un futur proche, elles ont intérêt à améliorer le système éducatif dans son ensemble.

Cela se traduit par un nombre important de projets exécutés par la « Wissensfabrik », le dernier étant « Power 4 School » dans le domaine de l'énergie. L'organisation, en partenariat avec deux universités pour l'apprentissage théorique aux écoles et quatre entreprises offrant des expériences professionnelles aux élèves dans différentes régions, a récolté des avis essentiellement positifs. Les expériences de ce projet feront part de la rédaction d'un nouveau manuel scolaire. Un autre projet s'intitule « School 2 Start-up » : les élèves fondent une entreprise, apprennent les éléments de base de comptabilité et comment gérer un budget. Chaque école, chaque nouvelle « petite entreprise » est supervisée par une « vraie » entreprise de la « Wissensfabrik » qui a expérimenté dans le passé des premiers pas difficiles : développer l'idée de départ, demander les premiers prêts aux banques, embaucher les premiers employés. En règle générale il y a des projets phares qui servent de modèle – si conclus positivement – pour être implémentés au niveau national par la suite.

En France, les écoles indépendantes qui se financent principalement par leurs frais de scolarité pourraient profiter de la possibilité de recevoir des dons d'entreprises. Les indices d'outre-Rhin montrent pourtant qu'il faut être extrêmement vigilent avec les investissements partiels et ponctuels. Le pays, les entreprises et les élèves, tous dépendent d'un travail du marché à bonne conjoncture. Il serait donc préférable de rassembler les entreprises qui ont un intérêt à améliorer l'éducation nationale dans son ensemble, pas seulement les écoles privées ou indépendantes, et de fonder des premiers projets phares.

Programmes duaux

Le rapport « Education at a Glance 2011 » produit par l'OCDE, montre qu'un nombre important d'élèves des programmes d'apprentissage (appelés VET, « Vocational Education and Training Programs ») correspond en moyenne à un poids important d'investissements faits par les entreprises. Dans les dépenses privées totales, il faut différencier entre les dépenses des ménages – donc par exemple les frais de scolarités – de celles des entreprises. En Allemagne, c'est surtout dans les dépenses pour le système dual – qui prévoit un cursus mi-universitaire, mi-apprentissage – que le poids des entreprises est remarquable.

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