Éducation et culture

Les "chèques-éducation" sujet tabou en France

31 août 2005 • Nicolas Lecaussin

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Pour améliorer l'enseignement (et pas seulement), en France on ne sait faire qu'une chose : distribuer encore plus de crédits publics. Ailleurs, les réformes vont bon train comme l'introduction des "chèques-éducation", un excellent moyen pour améliorer les résultats des élèves et donner davantage de chances aux plus défavorisés.

Une fois de plus la rentrée 2005 connaîtra un nombre élevé de parents qui souhaiteraient inscrire leurs enfants dans des écoles privées (l'organisation de l'enseignement public en France ne laisse guère la possibilité aux parents – sauf dérogations et passe-droits – de choisir l'école où iront leurs enfants). Et cette fois-ci encore, ceux-ci seront refoulés ou seront obligés de respecter la carte scolaire. Ce n'est qu'un exemple parmi plein d'autres dysfonctionnements de notre Éducation nationale : mauvais résultats, absentéisme des enseignants, bureaucratisation massive, départ à l'étranger des bons étudiants et des chercheurs.

Malgré un budget de 120 Mds d'euros par an et une armée de fonctionnaires à son service (plus d'1 million), le système éducatif français, totalement phagocyté par les syndicats, est en chute libre depuis des années. Autant l'enseignement supérieur que le secondaire. Et, le comble, aucune véritable réforme n'est envisagée, juste des rapports qui se suivent et se ressemblent comme des gouttes d'eau. Encore plus inquiétant, nos décideurs-spécialistes de l'Education nationale ne se donnent même pas la peine d'étudier ce qui se passe dans les autres pays [1]. Ils ont tort car d'importantes réformes sont en marche dans de nombreux Etats. L'une d'entre elles repose sur la liberté totale de choisir l'école pour ses enfants et est surtout mise en pratique grâce au système de vouchers ou « chèques-éducation » (pour le gourou Philippe Meirieu, grand professionnel du "pédagogisme" – comprendre abêtissement des enfants – ce système ne serait soutenu que par des partis d'extrême droite [2]).

Meilleurs résultats, plus de concurrence et moins de gaspillages

Quels sont les avantages de ce système ? D'abord, l'argent (public ou privé) est accordé directement aux familles sous forme de chèques et ne va plus au budget de l'Education nationale. Il démonopolise l'école, confie aux parents la possibilité "d'investir" dans une école, oblige les écoles à gagner en performance, pousse les enseignants vers l'amélioration de leurs résultats. Et ce sont les enfants des familles "pauvres" qui ont le plus profité de cette réforme car ils ont pu bénéficier de bourses (gouvernementales ou privées) et ainsi éviter les écoles mauvaises et "à risque".

Les premiers pas dans ce sens ont été faits au début des années 1990 lorsque, aux Etats-Unis, dans le Wisconsin, on a accordé aux familles des "chèques-éducation" afin qu'elles choisissent librement une école. En plus de 10 ans, ces fameux vouchers ont été adoptés par six Etats américains qui ont complètement libéralisé leur système éducatif. Quarante Etats ont élaboré des Chartes scolaires pour donner plus de liberté aux parents dans l'utilisation des bourses et institué des réductions d'impôts pour faciliter la scolarisation des enfants. Sur ces 40 Etats, 39 ont mis en place des fondations privées qui accordent des bourses aux élèves scolarisés, au choix, dans le privé ou dans le public.

Les statistiques sont très claires : le système des vouchers a largement profité aux écoliers américains, et surtout aux plus pauvres d'entre eux. En Floride, sur 1000 vouchers, 61% sont accordés aux enfants noirs et 30% aux enfants d'origine hispanique. Et ceux qui ont pu être scolarisés dans l'école de leur choix ont obtenu des résultats trois fois meilleurs que les autres et les écoles qui participent au système sont d'une qualité nettement meilleure, justement grâce à l'incitation compétitive engendrée. D'ailleurs, plus de 75% des parents américains aimeraient profiter des vouchers.

Encore l'exemple suédois

Prenons l'exemple de la Suède (un pays d'extrême droite comme tout le monde le sait [3]) où les chèques éducation ont été généralisés. Les municipalités, responsables des écoles, sont obligées de distribuer les chèques aux familles même si celles-ci choisissent des écoles privées. Une Agence (National Agency for Education) veille au bon fonctionnement et publie des études d'efficacité. Une des dernières (2004) montre que 90% des parents suédois souhaitent profiter des "vouchers" (à l'heure actuelle ils ne sont que 45% à le faire) et que ce système a considérablement contribué à : l'amélioration des résultats scolaires des enfants issus de familles pauvres, une meilleure qualité des enseignements dans le cadre de la concurrence entre lesécoles. "Ce sont les enfants des familles les plus défavorisées qui ont le plus à gagner", conclut l'étude.

Pour ce qui est des enseignants, après avoir été, comme en France, des fonctionnaires dépendant du ministère, ils sont devenus des employés dépendant des municipalités et des écoles dont l'autonomie est pratiquement totale. N'étant plus soumis à un statut, leurs rémunérations ont sensiblement augmenté, ainsi que leur mobilité.

Les "chèques éducation" ont d'abord été introduits aux Etats-Unis mais c'est ailleurs qu'ils se sont développés le plus. Aux Pays-Bas, 76% des enfants choisissent une école privée grâce aux chèques-éducation ; en Suède et au Danemark, c'est un phénomène de masse et les résultats de ce système sont impressionnants (voir l'encadré). En Finlande, en Grande-Bretagne (5500 £ ou 8000 euros sont accordés au familles pour choisir leur école), Italie, Espagne, Hongrie et République tchèque, les vouchers sont très répandus et toutes les études montrent qu'ils ont contribué à l'amélioration des résultats des enfants de familles pauvres. Au Chili, 46% des enfants sont scolarisés dans des écoles privées et en Nouvelle-Zélande, cela fait 10 ans que les vouchers ont été adoptés.

Au lieu de continuer à gaspiller des dizaines de milliards tous les ans pour subventionner le "mammouth", nos décideurs publics devraient s'inspirer de certains modèles étrangers. Mais ont-ils le désir de regarder ce qui se passe ailleurs ?

[1] Auditionné en octobre 2004 par la Commission des affaires culturelles au sujet des IUFM, j'ai été surpris de constater que les membres de la Commission n'avaient jamais entendu parler des "chèques-éducation".

[2] Voir son dernier livre Nous mettrons nos enfants à l'école publique… (Editions Mille et une nuits, 2004).

[3] L'introduction des vouchers a été votée en 1991 par tous les partis suédois sauf le Parti Communiste opposé à toute liberté dans l'enseignement.

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