Éducation et culture

La réforme Peillon de l'Éducation nationale

De bonnes intentions, une mise en oeuvre discutable

13 décembre 2012 • François Guizot

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Ne boudons pas notre plaisir. Le texte du nouveau projet de loi d'orientation et de programmation présenté par Vincent Peillon fait les bons constats et pose les bons diagnostics. Il souligne ainsi deux faits majeurs qui expliquent presque à eux seuls l'échec grave du système scolaire français : a) les difficultés en lecture, écriture et calcul à la sortie de l'école primaire concernent un élève sur cinq [1] ; b) chaque année, 12% de nos enfants quittent un établissement scolaire sans aucun diplôme, or la quasi totalité de ces "décrocheurs" vient des 20% d'élèves qui ne maîtrisent toujours pas la lecture, l'écriture et le calcul en fin de 3e.

Conclusion : ce sont les mêmes élèves en échec à la sortie du primaire qui le sont encore à la fin du collège et viennent grossir les rangs des non-diplômés. A trop vouloir se focaliser sur le débat franco-français "pour ou contre le collège unique", on en a oublié que la faillite du collège unique venait en fait des carences de l'école primaire, ce que confirment les enquêtes internationales comme la désormais fameuse étude PISA de l'OCDE : la forme que prend un système scolaire secondaire importe moins que la qualité de l'école primaire qui y prépare, comme on peut le constater quand on compare deux systèmes très différents, mais très performants comme la Finlande et la Corée du Sud.

Vincent Peillon a donc parfaitement raison, n'en déplaise au SNES-FSU, principal syndicat du secondaire, de vouloir concentrer les objectifs de sa loi sur l'école primaire. Las, les chiffres annoncés ne sont pas à la hauteur des enjeux et les diagnostics courageux du ministre masquent les concessions faites en réalité aux syndicats. En effet 27.000 des nouveaux postes promis, soit exactement la moitié des créations, vont à la refonte de la formation initiale des enseignants. Certes, en sa forme actuelle, la formation initiale n'était plus du tout satisfaisante et exposait les jeunes enseignants à un début de carrière chaotique et stressant avec des horaires quasiment équivalents à ceux d'un titulaire. Mais si la priorité du ministre était bel et bien celle annoncée ("plus de maîtres que de classes", ibid.), pourquoi n'a-t-il pas consacré la totalité des postes gagnés par son prédécesseur, Luc Chatel, lors de la réforme des IUFM, à la création de postes d'enseignants "surnuméraires" dans le primaire ? On sait en effet que le "secret finlandais" réside justement dans le suivi des élèves en difficulté par des enseignants en surnombre dans les écoles primaires. En affectant la moitié des créations aux postes de stagiaires (27.000 sur 54.000, plus 7.000 postes supplémentaires dans un secondaire qui pouvait pourtant s'en passer), M. Peillon envoie en fait un message fort aux syndicats comme la FSU dont les enseignants en début de carrière sont le principal vivier du fait de l'implication de ces mêmes syndicats dans leurs procédures de mutation. On voit donc au total que la réforme de M. Peillon est en trompe-l'œil : les intentions en sont louables, mais c'est en fait son électorat que le ministre socialiste veut prioritairement satisfaire.

Comme l'a annoncé le Président de la République, la réforme laisse de plus en suspens pour au moins deux ans l'épineuse question des rythmes scolaires dans le primaire. Or elle est intimement liée à celle du soutien aux élèves en difficultés. Quand les enseignants surnuméraires promis pourront-ils en effet s'occuper de ces élèves ? Ainsi avons-nous assisté, lors de la précédente réforme du primaire, à un véritable "hold-up" sur le mercredi matin dans la plupart des écoles publiques, les enseignants profitant de leur influence sur les conseils d'école pour transférer le soutien scolaire sur d'autres jours et "libérer" la matinée du mercredi. La "reconquête du mercredi matin" est donc un objectif fondamental pour permettre aux enseignants en surnombre annoncés par la loi de s'occuper efficacement des élèves ayant besoin d'eux puisque le soutien scolaire entre midi et deux ou après la classe s'avère peu efficace, comme le bon sens aurait dû le suggérer dès le départ aux syndicalistes de l'UNSA et de la FSU. Hélas encore, le gouvernement se heurte ici aussi à un lobby qui ne manque pas d'électeurs ni de militants du PS : les municipalités. On comprend bien entendu leurs réticences quand on leur annonce qu'il faudra bientôt supprimer les activités périscolaires créées le mercredi matin et les reporter le soir à partir de 16h00. Mais, outre qu'il s'agit justement de transferts et de réorganisation et non de suppressions ou de créations, le Président de la République devrait avoir le courage de dire aux élus locaux que la croissance incompréhensible du nombre de fonctionnaires territoriaux leur laisse assez de marges de manœuvre pour opérer un changement dont dépend l'avenir de nos enfants.

[1] Cf. p. 24-25, annexe du projet de loi.

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