Éducation et culture

La fin de l'agence nationale de valorisation de la recherche

21 mars 2005 • Sandrine Gorreri

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L'annonce de la création d'une agence des PME a-t-elle sonné le glas de l'ANVAR ? Depuis le 12 janvier, le regroupement de l'ANVAR et de la BDPME sous la forme d'un holding nommé OSEO est officiel. Et il semble bien que vingt ans après le premier dossier de l'iFRAP qui titrait "Libérer l'innovation de l'Etat : supprimer l'Anvar", cette hypothèse soit en passe de se réaliser.


La nouvelle est tombée durant l'été 2004 avec l'annonce par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Economie, de la création d'une SBA [1] à la française ayant pour objectif de lutter contre "la dispersion des acteurs publics et l'insuffisante cohérence de leurs actions", un projet qualifié "d'arlésienne de la réforme des pouvoirs publics" par le sénateur Eric Doligé (UMP).

Ce projet fait suite au rapport, non rendu public à ce jour car probablement beaucoup plus critique et beaucoup plus ambitieux, de Jean-Pierre Denis, nouveau patron de la BDPME, sur les conditions d'un rapprochement, officiellement présenté comme "l'alliance de l'ingénier et du banquier qui permettra d'offrir un service efficace aux PME", mais qui dans les faits ressemble plutôt à la fin d'un règne pour l'agence.

Premier symbole de ce changement d'époque, l'ANVAR perd son remuant directeur, Philippe Jurgensen, qui retourne à Bercy s'occuper de la commission de contrôle des assurances. Deuxième symbole, les agents de l'ANVAR abandonnent leur siège parisien près des grands magasins pour rejoindre les équipes de la BDPME plus nombreuses, en banlieue, à Maisons-Alfort.

Une fusion en trompe l'oeil

La fusion est-elle consommée ? Très vite, des déclarations très prudentes sont faites pour défendre l'Agence : le premier communiqué de presse du ministère de l'Economie conclut que le rapport Denis "devrait se montrer attentif à la situation des personnels concernés par ces rapprochements" ; à l'occasion de la discussion budgétaire 2005 des crédits de l'ANVAR, le sénateur Doligé rapporte les craintes "d'une domination au sein de la nouvelle entité de la BDPME du fait de la supériorité de ses moyens financiers". Une attention qui conduit le Premier Ministre à monter au créneau pour défendre la poursuite des activités de l'ANVAR et de la BDPME côte à côte, malgré l'engagement pris par Nicolas Sarkozy que les réseaux déconcentrés seraient rapprochés de manière progressive.

Faut-il y voir un dernier effort de résistance de l'Agence ? Certainement, mais de l'intérieur on anticipe déjà à long terme une fusion des équipes et une réduction probable d'effectifs, et à court terme une mutualisation de certains moyens (back-office, marketing, analyse financière, moyens Internet) et une reprise des activités de bons de souscription d'actions, diversification lancée par l'ANVAR ces dernières années, et qui n'avait pas reçu un accueil très favorable du côté des acteurs du capital-risque.

Espérons surtout que le rapprochement des deux structures mette fin à une gestion financière calamiteuse qui nous a été révélée par des informateurs, suite au dossier publié en juillet 2004 [2]. A cause d'une gestion laxiste des budgets de fonctionnement et d'intervention, de frais de réception faramineux, et de nombreux excès au niveau de la direction générale où l'on a la folie des grandeurs, la trésorerie de l'agence est à sec, et ce sont les entreprises qui en font les frais, confirmant les plaintes d'entrepreneurs que nous avions contactés sur les délais d'obtention beaucoup trop longs. En septembre ou octobre, les caisses sont vides et l'on fait dire aux chargés d'affaire que l'Etat a coupé les crédits ! Le rapprochement avec la BDPME, structure beaucoup plus ouverte et beaucoup mieux gérée, doit imposer ses standards de gestion à l'ANVAR.

Autre révélation qui nous est faite sur les méthodes de travail des chargés d'affaires qui sont intéressés au nombre de dossiers qu'ils réalisent dans l'année, mais une fois le dossier décroché, les suites et notamment les délais d'attribution et la viabilité de l'entreprise, ne sont plus leur priorité. Cette prime au dossier incite également à accrocher des innovations déjà lancées, juste pour en avoir une de plus sur le tableau de chasse.

Mais surtout, ces observateurs nous rapportent des observations accablantes : les chargés d'affaires de l'ANVAR, surtout les plus anciens d'entre eux, faute de formation, manquent des qualifications requises pour aider les nouvelles entreprises en recherche et développement et les accompagner dans les nouvelles orientations très financières que l'Agence a prises ces dernières années.

Ces témoignages permettent de comprendre les récriminations des entrepreneurs : délais d'obtention trop longs, saupoudrage, absence d'évaluation et de suivi du projet. Des boîtes très brillantes peuvent être barrées par l'ANVAR, ce qui a des conséquences graves car le label ANVAR (l'avoir ou pas) peut poursuivre une entreprise longtemps.

Ainsi, le bon sens et l'expérience de terrain nous avaient conduits depuis longtemps à deviner les erreurs du concept ANVAR. Pourtant, même au bout de vingt ans d'efforts à dénoncer les échecs d'un système pourtant évidents à l'aune des résultats français sur la scène internationale de l'innovation, les derniers sursauts de l'agence prouvent s'il en était besoin toute la difficulté à remettre en cause l'interventionnisme public.

[1] Small Business Administration née en 1958

[2] Société Civile n°38 : « L'ANVAR du décor »

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