Éducation et culture

Grèves des enseignants-chercheurs

12 mars 2009 • G.D.

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Valeurs Actuelles a publié dans son N° du 5 mars une tribune signée d'un professeur agrégé de droit privé, J-C. Galloux, qui critique vivement la réforme Pécresse organisant le contrôle des performances des professeurs.

Selon lui, l'indépendance des professeurs "n'est pas un privilège" mais "assure la liberté de l'enseignement et de la recherche". Seuls des pairs, organisés par discipline sont à même d'assurer ce contrôle et surtout pas les présidents d'université auxquels cela "conférerait les pleins pouvoirs".

De même, il considère comme absurde de demander plus d'enseignement à ceux qui font moins de recherche".

Nous publions ci-après la réaction d'un internaute.

« Je reste sidéré en lisant le papier de M. Galloux dans le dernier numéro de Valeurs actuelles ;
je précise d'abord que j'ai fait des études supérieures (Polytechnique), et que j'ai, en fin de carrière, dirigé un important Centre Technique Industriel (environ 350 chercheurs).
J'ai donc connu d'excellents enseignants et d'excellents chercheurs.

Mais quiconque est de bonne foi doit reconnaître que les qualités nécessaires à un bon enseignant et celles nécessaires à un bon chercheur ne sont pas les mêmes.
Que certains, très doués, cumulent les qualités des deux, c'est évident.
Mais c'est loin d'être la majorité.

Donc c'est le principe même de l'enseignant chercheur qui doit être revu : ne mettre dans cette catégorie que ceux qui ont effectivement les qualités des deux.
Je suis incapable de dire, parmi les excellents enseignants que j'ai eus, ceux qui étaient aussi d'excellents chercheurs (en dehors de personnalités comme M. Leprince Ringuet).
Mais je peux dire que, parmi les chercheurs de mon Centre Technique Industriel, 20% environ étaient de très bons pédagogues, 30% des pédagogues acceptables, et la bonne moitié étaient faits pour tout, sauf pour enseigner.

Et si les mauvais chercheurs de M. Galloux sont également de mauvais enseignants, il vaut mieux prévoir leur reconversion.
Hélas, ce mot est vide de sens pour des hommes qui ont la garantie d'un emploi à vie, si mauvais soient-ils !

Quant à l'évaluation, je peux affirmer que, dans mon Centre Technique, j'avais, avec la hiérarchie, tous les éléments en main pour évaluer les chercheurs.
Et, en 5 ans, je n'ai pas connu plus de deux ou trois litiges.
Alors que l'évaluation "par des pairs" laisse évidemment toute sa place à la crainte de "clans".

Je pense donc tout à fait regrettable que l'on ait obligé Madame Pécresse à revoir son décret, et j'espère vivement qu'elle ne donnera pas satisfaction à des revendications qui cachent mal leurs véritables intentions. »

Commentaires

  • Par AMYGDALES60 • Posté le 18/03/2009 à 21:15 Qui a pratiqué la recherche, parcouru les sphères de l'innovation technologique, qui a enseigné à très haut niveau ne peut qu'être d'accord avec le message de G.D.
    Cependant les problèmes sont, selon notre analyse, d'une autre nature : culturelle.
    Le travail de manipulation des cerveaux en phase d'apprentissage sur les bancs de l'Education nationale, à tous les niveaux, a fini par porter du fruit empoisonné et l'Education nationale, au lieu d'être le sanctuaire de l'épanouissement du savoir de la jeunesse, est devenu le bastion des luttes syndicales les plus imbéciles et des revendications d'une société qui ne sait plus lire l'heure à sa pendule.
    Un zeste d'idéologie post soixante-huitarde finit enfin par conduire celles et ceux qui hésiteraient encore à tomber dans la "chienlit", à remettre définitivement en cause l'autorité d'où qu'elle vienne et le nécessaire contrôle des niveaux d'efficience individuels et collectifs.
    A notre avis la France s'est engagée sur la voie du déclin de son enseignement et de sa recherche. Après 80% d'une tranche d'âge diplômée d'office au baccalauréat, nous voici maintenant rendus à 80% d'une tranche d'âge orientée vers les services à la personne.

    On a donc finalement obtenu ce que beaucoup de politiques de droite comme de gauche ont manifestement favorisé par des comportements idéologiques, naïfs, sectaires ou imbéciles: le nivellement par le bas.
  • Par Jacques Legrand • Posté le 16/03/2009 à 12:09 merci pour ce message qui allie expérience, bon sens , objectivité, vraie préoccupation d'une efficacité normale

    et propose enfin la solution viable : scinder les deux fonctions
  • Par hervé-bazin • Posté le 14/03/2009 à 10:55 Les mauvais cherchent évidemment à ne pas être évalués... C'est vieux comme le monde.
    L'immense majorité des Français qui ne sont pas désinformés (c'est-à-dire probablement peu de personnes) savent bien que c'est le bon sens qui doit permettre une évaluation par des tiers compétents. Mais dans un pays où concurrence, évaluation, esprit de compétition, argent, discipline, honnêteté sont devenus des mots politiquement incorrects que peut-on espérer ?
  • Par Ph. Périnet-Marquet • Posté le 14/03/2009 à 09:50 Tout à fait d'accord.
    Il s'agit là encore de l'hypocrite et fallacieuse justification de privilèges d'un autre âge : le refus de l'évaluation est parfaitement significatif d'une mentalité de privilégiés qui, une fois parvenus à un niveau certes élevé et au prix d'un gros effort, se considèrent comme excellents et même parfaits, donc dispensés de tout perfectionnement, amélioration, remise en cause et prennent alors leur retraite intellectuelle ; c'est une mentalité typiquement nobiliaire.
    C'est aussi une attitude très française, j'irais même jusqu'à dire "franchouillarde" nonobstant la vulgarité du terme, mais c'est vrai aussi à l'autre bout de l'échelle, du compagnon qui a passé un CAP ou BEP de tourneur-fraiseur et qui compte bien ne faire que cela jusqu'à sa retraite, si possible au même poste ; pas question de changer de métier voire même simplement d'atelier, je l'ai vécu, étonnons-nous alors de la désindustrialisation !
    Il en va de la France comme des espèces fossiles :

    ou les Français accepteront d'évoluer dans le grand bain de la mondialisation,

    ou la France sortira de l'histoire ; il faut s'adapter ou disparaître !

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