Éducation et culture

Fuite vers l'étranger des jeunes diplômés

20 novembre 2005 • Claire Perset

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L'enquête annuelle de l'APEC (Association pour l'emploi des cadres) sur la situation des jeunes diplômés met l'accent sur l'acceptation croissante de la mobilité géographique : 65% des jeunes diplômés sont prêts à changer de pays pour obtenir un emploi qui corresponde à leurs attentes.

De plus en plus de jeunes diplômés, et notamment ceux des grandes écoles partent à l'étranger. Pourquoi cette fuite
massive ? La plupart de ces jeunes censés composer l'élite française font ce choix parce qu'ils ne trouvent pas de travail correspondant à leur niveau de compétences en France ou parce qu'ils ont envie d'entreprendre mais rencontrent trop de difficultés administratives et financières à créer leur propre entreprise.

Les jeunes interviewés partent dans des pays très divers : Australie, Canada, Etats-Unis, Allemagne, pays de l'Est…

Leur but n'est pas de se faire une expérience à l'étranger mais d'y trouver un travail et de s'y construire une vie. La France, ne leur offre plus de perspectives à l'échelle de leurs diplômes alors qu'ils sont accueillis à bras ouverts dans la plupart des pays étrangers justement du fait de ces diplômes.

En France on ne veut pas d'eux ; à l'étranger on les demande.

L'enquête annuelle 2005 réalisée par le département études et recherches de l'APEC s'appuie sur un échantillon de jeunes diplômés de niveau bac + 4 et plus sortis de l'enseignement supérieur.

Comme le montre l'enquête 2005 sur l'insertion des jeunes diplômés, près de 13% des jeunes diplômés interrogés déclarent être en emploi à l'étranger. Le taux de diplômés français 2004 à pratiquer une activité à l'étranger enregistre 1 point de plus par rapport à l'an dernier et 2 points de plus par rapport aux années précédentes. Les diplômés d'HEC sont en moyenne 14% à partir à l'étranger tandis que ceux de Sciences-Po sont en moyenne 12% (statistiques obtenues auprès des écoles).

Interview d'un diplômé de Sciences-Po 2002

Qu'avez-vous fait une fois votre diplôme de Sciences-Po en poche ?

Naïvement, je pensais qu'avec une licence en droit et mon diplôme de Sciences-po, je n'aurais pas de difficulté à trouver du travail. Je pensais que le fameux "chômage des jeunes" ne me concernait pas. J'ai envoyé des dizaines de CV et de lettres de motivations, mais aucune réponse ou dans le meilleur des cas une réponse négative. J'ai passé une année à chercher et à postuler tous les jours, mais je n'ai rien trouvé.

Vous êtes-vous inscrit à l'ANPE ?

Au bout de six mois et ne sachant pas vers qui me tourner, j'ai en effet fini par m'y inscrire. J'ai d'ailleurs été reçu très gentiment par une dame qui m'a tout aussi gentiment expliqué que vu mon niveau de diplôme je ne trouverai aucun poste qui me corresponde à l'ANPE et qu'il fallait que j'envoie des candidatures spontanées. Désespérant…

A quel moment avez-vous décidé de partir à l'étranger ?

C'est précisément au moment où je suis sorti de ce rendez-vous à l'ANPE que j'ai décidé de partir à l'étranger. La France ne voulait pas de moi, eh bien j'irai voir ailleurs.

Quel pays avez-vous choisi et pourquoi ?

Je suis parti au Canada. J'ai trouvé un emploi à la chambre de commerce. J'ai postulé ; le lendemain ils ont accusé réception de ma candidature. Une semaine après j'ai eu un entretien téléphonique puis un second. Deux semaines après j'étais pris. Surpris par tant d'amabilité et de facilité, j'ai cru que j'avais eu de la chance. Mais, une fois sur place, j'ai rencontré tant de gens pour qui ça s'était passé de la même façon, que j'ai compris que la chance n'avait rien à voir là-dedans. C'est juste une question de système, de dynamisme et d'humanité.

Quel regard portez-vous sur la situation de la France ?

Je perçois la France comme un pays vieillissant et sans dynamisme. Le paradoxe est que la France dispense une très bonne formation à ses étudiants et que ce sont les pays étrangers qui en profitent. Le système est à repenser. Il n'y a pas de place pour les jeunes diplômés. D'ailleurs sur une dizaine d'amis de Sciences-Po, huit sont actuellement à l'étranger et ont trouvé un emploi correspondant à leur diplôme en moins d'un mois.

Cette "fuite des cerveaux" ne fera que s'amplifier si la France ne se réforme pas. D'ailleurs les étrangers qui viennent faire leurs études en France repartent ensuite chez eux car ces diplômes sont pour eux la garantie d'un emploi. Il n'y a qu'en France qu'on délivre des diplômes qui ne servent à rien en... France.

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