Éducation et culture

FRAC : les régions boulimiques d'art contemporain

16 novembre 2012 • Charlotte Uher

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Les FRAC, les fonds d'art contemporain des régions ont 30 ans. Un anniversaire fêté entre autres par la construction de bâtiments pour stocker et exposer leurs œuvres, en augmentation constante. Mais se pose maintenant la question de leur statut et de leur devenir, alors que certains de ces fonds dépassent déjà en nombre les collections des musées, sans en avoir le public, et que leurs ressources financières dépendent très largement de l'État et des collectivités.

Sommaire

- Les FRAC, création des Jack Lang pour les régions

- Des procédures d'acquisitions opaques et déresponsabilisantes

- La dérive muséale des FRAC de nouvelle génération

- Un budget de plus en plus contraint

- Le public des FRAC : les élèves et des amateurs d'art contemporain

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Résumé de l'étude

Les 23 FRAC, fonds régionaux d'art contemporain, ont été créés entre 1982 et 1983 à l'initiative de Jack Lang. Les FRAC sont dès le départ conçus, par l'État pour les régions, de manière bancale, en ayant à la fois pour objectif une politique sectorielle de soutien aux artistes par des achats plus ou moins massifs, mais aussi en voulant diffuser l'art contemporain (art conceptuel) auprès d'un public plus large et moins averti. Les FRAC veulent se distinguer des musées, qui font venir à eux les visiteurs, ils veulent aussi se distinguer du Mobilier national, qui a un objectif de décoration des intérieurs français. Les FRAC sont cependant pour le moment un « entre-deux » : ils décorent certains établissements publics en région et déposent certaines œuvres dans des musées ou encore les prêtent pour des expositions en France et à l'international.

Depuis leur création, les acquisitions des FRAC sont en hausse constante et régulière, et atteignent aujourd'hui le nombre de 26.910 œuvres (d'après les inventaires). Mais le système d'acquisition, en apparence simple, cache des procédures opaques et déresponsabilisantes. Les critères d'acquisition ne sont pas connus et les choix effectivement faits ne correspondent pas aux missions des FRAC. Mais à force d'acquérir sans revendre, les collections des FRAC deviennent monumentales. Aujourd'hui, ce sont plus des réserves dignes de musées que de simples fonds. Faute de pouvoir montrer au public leurs collections, et à défaut de les exposer hors de musées, les FRAC sont en train de se faire construire des « super-réserves, comprenant salles d'exposition temporaires ou permanentes pour leurs œuvres. La construction du nouveau bâtiment pour le FRAC Bretagne coûte 17,8 millions d'euros, 20 millions d'euros pour le FRAC PACA, et jusqu'à 52 millions d'euros pour le FRAC Aquitaine, au sein d'un pôle culturel.

Or, comme d'autres acteurs de la Culture, les FRAC font face à une baisse de leurs subventions. En Picardie, la région est progressivement passée du statut de premier financeur, en seconde position derrière l'État depuis la crise. Au niveau national, les crédits de fonctionnement sont en hausse, au détriment des crédits pour les nouvelles acquisitions. Pour 2013, l'État a prévu d'octroyer 8,6 millions d'euros de crédits aux FRAC.

Nos propositions

Les FRAC « nouvelle génération » deviennent des musées, mais avons-nous vraiment besoin de 23 nouveaux musées d'art contemporain ? Alors que la France en compte déjà au moins une cinquantaine, entièrement dédiés à l'art contemporain, sans compter les lieux d'expositions temporaires. Et surtout, comment financer sur le long terme des collections pléthoriques, qu'il faudra bien exposer, ou stocker, et restaurer ?

Dans un contexte financier difficile, la Fondation iFRAP propose des mesures de bon sens :

-Revendre les collections. Cette mesure est rendue possible par le statut des FRAC, organismes de droit privé, et dont les acquisitions sont aliénables. En 2003, un article de L'Express estimait les collections des FRAC à 3 à 4,5 millions d'euros.
-Faire gérer les FRAC « nouvelles générations » par des opérateurs privés, comme par exemple CultureEspaces (qui gère le Musée Jacquemard-André à Paris, la Cité du train en Alsace), ou encore la Compagnie des Alpes (Musée Grévin, parcs de loisirs), contre redevance. Ce système, moins coûteux pour les collectivités et l'État qu'une régie directe, permettrait de donner un nouvel élan à la décentralisation culturelle, en exigeant des nouveaux opérateurs d'augmenter significativement le nombre de visiteurs, et de viser l'équilibre financier, voire même la rentabilité.

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