Éducation et culture

Formation et employabilité des jeunes

Formation : l'exemple du système dual allemand

29 octobre 2013 • R.C

arton13619.jpg

L'employabilité des jeunes est un objectif présent en permanence dans la formation des élèves en Allemagne et tout particulièrement dans le système dual dont la France gagnerait à s'inspirer. Le taux de chômage des jeunes en France, est largement lié au taux extravagant de sortie sans qualification du système éducatif. Si le taux d'accès au niveau IV (baccalauréats) a pu augmenter ces dernières années, c'est en raison de la réforme DARCOS du Lycée professionnel. Toutefois, nombre de baccalauréats professionnels – notamment tertiaires – n'offrent que peu de débouchés à leurs titulaires.

Quelques chiffres sur la formation des jeunes en France et en Allemagne
Le taux de chômage des moins de 25 ans est de 25,5% en France et moins de 8% en Allemagne [1].
En France, sur la tranche d'âge 16-25 ans, 5,2% des jeunes sont en apprentissage.
La France compte 426.000 apprentis contre 1,5 million en Allemagne.
La durée moyenne de l'apprentissage est de 3 ans dans le système dual allemand, d'un an et demi en France.
75% des jeunes de moins de 20 ans sont dans le système de formation professionnelle en Allemagne (65% dans le système dual, 10% dans les Berufsfachschulen –LP-).

Le problème reste donc entier. Les gouvernements successifs ne s'y sont attaqués que marginalement : en tentant de réformer l'orientation, en autorisant le pré-apprentissage dès 15 ans (« DIMA », supprimé depuis par l'actuelle majorité), en s'efforçant de rendre possible la maîtrise par tous les enfants de 16 ans d'un socle commun de connaissances et de compétences (Loi FILLON), plus récemment en expérimentant le « dernier mot aux parents » en matière de décision d'orientation. Les gouvernements ont aussi tenté de développer l'apprentissage (objectif de la prochaine Loi : 500.000 apprentis en 2017…), dont le taux d'accès à la qualification et à l'emploi est évidemment bien supérieur à ce que peut offrir la formation scolaire initiale. Enfin, l'État a consacré beaucoup d'énergie à la lutte contre le « décrochage scolaire », créant un « système interministériel d'échange d'informations » facilitant le repérage des « décrocheurs ». Mais il s'agit là, une fois encore, de remédier aux effets d'un système dont chacun sait depuis des décennies qu'il fonctionne par éliminations successives, comme une véritable machine de tri social, alors que l'urgence est de prendre le problème à sa racine. Au total, toutes ces politiques ont un point commun : elles sont essentiellement incitatives et laissent intactes les structures et les cursus qui, dans notre pays, amènent inexorablement une partie de notre jeunesse à l'échec.

Sur l'organisation du système éducatif allemand où l'absence de collège unique permet l'orientation précoce dès élèves dès la sortie du primaire (entre 4 cycles différents : les cycles courts, Gesamtschule et Hauptschule, le collège jusqu'à la seconde, Realschule ou le Gymnasium - cursus de la 6ème à la terminale), puis à 14 ans en fonction des résultats obtenus à l'équivalent du Brevet des collèges (Hauptschulabschluss), voir les précédents travaux de la Fondation iFRAP ici et ici.

Que font en la matière nos voisins allemands ?

[**Le système dual*] repose sur une forte intrication du système éducatif et de l'économie, caractéristique d'une société très anciennement urbanisée, où les valeurs de travail, de savoir-faire, de progrès et d'excellence artisanale et industrielle font consensus depuis les débuts de l'ère industrielle.

Le « miracle allemand » d'après guerre repose d'ailleurs largement sur la mobilisation coordonnée des entreprises et des pouvoirs publics en matière de formation professionnelle initiale et continue. À noter qu'après 1945 les syndicats de salariés sont d'emblée associés à la conception, au pilotage et à la mise en œuvre des dispositifs de formation professionnelle qualifiante.

En 1970 est promulguée la loi relative à la formation professionnelle (initiale et continue) qui crée l'Institut fédéral pour la formation professionnelle (Bundesinstitut für Berufsbildung, BIBB). La Loi sur la formation professionnelle de 2005 confère au BIBB, chargé de la maîtrise d'œuvre de la formation professionnelle, des compétences réglementaires. Le BIBB est placé sous la tutelle du ministère fédéral de l'Éducation et de la recherche.

Le BIBB vient de se doter d'un bureau international de coopération en matière de formation professionnelle, destiné à exporter le modèle allemand de formation professionnelle (Zentrastelle für internationale Berufsbildungskooperation).

  • La recherche et le développement en formation professionnelle à l'échelle fédérale, européenne et internationale,
  • Le conseil en FP auprès de l'État fédéral des länder, des chambres consulaires, des entreprises ou groupements d'entreprises,
  • Des prestations de service (conception de référentiels et de diplômes notamment).

Principaux secteurs d'activité du BIBB :

  • Étude et suivi du marché de la formation professionnelle en lien avec l'évolution des emplois et métiers ;
  • Pilotage de la modernisation et de la qualité de la formation professionnelle ;
  • Pilotage de la formation tout au long de la vie, suivi de la perméabilité et de l'égale reconnaissance des voies de formation ;
  • Conception de la formation professionnelle de publics particuliers ;
  • Suivi des aspects internationaux de la formation professionnelle.

La Gouvernance du BIBB est assurée par un président placé à la tête d'un Haut comité comprenant 4 collèges à parité (8 voix par collège) : État fédéral, Länder, entrepreneurs, syndicats de salariés. Un comité scientifique est associé au Haut comité. Les services du BIBB comptent 630 agents.

Le BIBB adhère à l'EQA-VET (European Quality Assurance in Vocational Education and Training) institué par l'Union européenne et a créé le DEQA-VET, bureau central de référence pour la qualité de la formation professionnelle en RFA.

[**Avec le BIBB, l'Allemagne s'est dotée d'un instrument de pilotage de la formation professionnelle*] étroitement associé aux besoins de l'économie allemande et qui cumule les avantages d'une maîtrise d'œuvre centrale et d'opérateurs décentralisés et largement autonomes.

Ce qui relève du niveau central, c'est tout d'abord l'unicité de la formation professionnelle : Celle-ci concerne toutes les formations (agriculture, industrie, services, administration, services à la personne). C'est ensuite la définition au niveau fédéral dunombre et du champ des métiers, passés de 900 en 1945 à environ 370 aujourd'hui, c'est enfin la fixation des principes qui gouvernent le système dual :

==> La dualité (2 jours en centre de formation ou au LP et 3 jours en entreprise – dispositif globalisable),

==> La primauté du métier sur les besoins spécifiques de l'entreprise (adaptabilité),

==> Le consensus en matière de gouvernance (pilotage tripartite : pouvoirs publics, entreprises, salariés ; coordination avec le BMBF et la KMK, caractère national des diplômes).

[**Les Länder et leurs chambres consulaires*] assurent de leur côté la supervision de l'offre de formation professionnelle (labellisation, validation des formations, des cursus, des dispositifs d'orientation), assurent les examens et la validation des diplômes, coordonnent les négociations de branches pour la rémunération des apprentis.

[(

Propositions de la Fondation iFRAP en s'inspirant du modèle allemand

Il est possible d'agir sur trois leviers pour renforcer l'employabilité des jeunes : la réforme du collège, la réforme de l'apprentissage, la gouvernance de la formation professionnelle.

  • Une réforme du collège afin de mettre fin au « collège unique », actuel « maillon faible » du système éducatif. La voie de l'apprentissage doit devenir juridiquement une « voie d'orientation ». À cette fin, les études au collège doivent être sanctionnées par une manière de « certificat de capacité » obtenu par contrôle en cours de formation et à l'occasion d'un examen terminal. L'actuel Brevet des collèges doit être transformé dans le sens d'une certification de la maîtrise des compétences et connaissances du socle commun. C'est en fonction du profil scolaire que dessinent les résultats de l'élève au certificat de capacité, qu'est prononcée son orientation vers le lycée général, vers le lycée technologique, vers le lycée professionnel ou vers l'apprentissage.

L'orientation vers l'apprentissage suppose évidemment en amont la mise en ordre de bataille des entreprises qui verront augmenter sensiblement le nombre de leurs apprentis. Ceci suppose un pilotage politique national de la réforme en lien avec les partenaires économiques.

  • Réformer l'apprentissage en augmentant et structurant l'offre de formation (niveaux V, IV et III). Les acteurs économiques doivent se mobiliser pour que la formation professionnelle initiale de nos jeunes soit par obligation légale ou par incitations fiscales. Enfin, il faut faciliter l'accès aux diplômes de l'enseignement supérieur pour les apprentis par des cursus « passerelles » et/ou par la création dans les universités, d'écoles supérieures des métiers.
  • Améliorer la gouvernance de la formation professionnelle vers un opérateur national disposant des ressources budgétaires et administratives ainsi que des compétences réglementaires des ministères actuellement « formateurs » (travail, éducation, agriculture, industrie), et inspiré du BIBB allemand, alors que le pilotage effectif des formations initiale et continue incomberait aux régions entrainant la décentralisation complète des lycées professionnels. Une agence centrale de suivi de la qualité de la formation professionnelle (déclinaison de « EQA-VET » de l'U.E) serait créée.
  • Élaborer les programmes et les schémas stratégiques avec les partenaires institutionnels : chambres consulaires, syndicats patronaux, branches, syndicats de salariés. Les organismes patronaux et les organisations syndicales devront siéger dans les conseils d'administration des agences régionales et seront étroitement associés à la labellisation des centres de formation et des entreprises recevant des apprentis.

Les réformes préconisées peuvent d'autant plus facilement être mises en œuvre de manière « filée » qu'elles s'articulent entre elles : de ces trois leviers de changement, la réforme du collège est incontestablement le plus puissant puisqu'il entraine presque mécaniquement de profondes mutations dans le système de formation professionnelle initiale et sa gouvernance, mais aussi dans l'évolution du lycée, de l'enseignement supérieur et plus général sur le plan culturel, dans la perception qu'a la société française de la formation professionnelle. Mais au total, c'est dans le domaine de l'employabilité et donc de l'insertion professionnelle et sociale des jeunes générations que les effets de ces réformes se feront sentir.
)]

Voir également :

[1] Voir statistiques mensuelles d'Eurostat.

Fermer

Newsletter

Inscrivez-vous à la lettre d'information hebdomadaire de la Fondation iFRAP.

Recevez chaque semaine notre lettre d'information pour vous tenir au courant de l'activité et des travaux de la Fondation iFRAP.