Éducation et culture

Élections : les propositions des candidats sur l'éducation

16 février 2012 • Marie Villeneuve de Janti

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« Priorité » aux dires des candidats à la présidentielle, l'Éducation est aussi un champ de mines redouté de tous ceux qui s'attaquent à sa réforme. Les candidats ont à faire preuve de réalisme et d'innovation pour répondre au défi de l'urgente réforme de l'Éducation… tout en réduisant les dépenses. Voici un comparatif des propositions de plusieurs candidats à l'élection présidentielle de 2012.

Priorité au primaire et maîtrise des savoirs fondamentaux


Après un quinquennat centré sur les réformes du lycée, le primaire semble être la priorité de tous les candidats. La maîtrise des bases en français et calcul à l'entrée en 6ème, pour lutter au plus tôt contre l'échec scolaire, fait l'unanimité ; l'idée d'un « socle commun » de références est plus clivant, certains donnant la priorité à l'histoire chronologique et à l'éducation civique (Bayrou, Le Pen), aux valeurs républicaines (UMP) ou aux savoir-faire et aptitudes (Hollande).
Les méthodes pédagogiques pour parvenir à cet objectif diffèrent en revanche nettement selon les candidats. L'UMP insiste sur les évaluations régulières tout au long du primaire, alors que François Hollande veut les supprimer entièrement. L'iFRAP s'est prononcé en faveur de plus de liberté pour les parents d'élèves dans le choix des méthodes pédagogiques.

Rôle du chef d'établissement


Donner plus d'autonomie aux établissements scolaires est pour la Fondation iFRAP une priorité qui implique de donner davantage de moyens d'action au chef d'établissement, en lui donnant notamment le droit de recruter les enseignants. Un système qui s'applique déjà en partie dans l'enseignement privé où les chefs d'établissements pratiquent de véritables entretiens d'embauche, ce qui leur laisse par exemple la possibilité de recruter des enseignants remplaçants qui n'ont pas passé le concours de l'Éducation nationale. A l'heure où l'on déplore une « crise des vocations » chez les enseignants, cela introduirait une souplesse de recrutement facilitant le bon fonctionnement des établissements.

François Bayrou, Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy se montrent favorables à une telle orientation, tandis que François Hollande se montre très réticent. François Bayrou et Nicolas Sarkozy défendent des positions assez similaires : le chef d'établissement doit pouvoir recruter les personnels enseignants et les remplaçants, et gérer les horaires de cours. Le candidat de l'UMP préconise plus de maîtrise sur les budgets, les matières d'approfondissement et les règles scolaires au sein de l'établissement. Marine Le Pen veut quant à elle rehausser le salaire du chef d'établissement. L'idée commune est de donner plus d'autonomie aux établissements et de renforcer l'autorité du directeur dans son établissement.
Pour François Hollande en revanche, les enseignants doivent pouvoir choisir eux-mêmes leur établissement en fonction de son projet pédagogique, le rôle du chef d'établissement restant mineur.

Évaluation des enseignants


Le débat n'est pas tranché sur la notation pédagogique des enseignants : entre les positions antagonistes de l'UMP, qui donne au chef d'établissement la prépondérance sur l'inspecteur d'académie, et du PS, qui veut mettre fin à la notation-inspection au profit d'une auto-évaluation, François Bayrou préconise une notation effectuée par des pairs, inspecteurs de même qualification et même discipline que l'enseignant évalué.

La Fondation iFRAP préconise de donner davantage de pouvoir au chef d'établissement dans l'évaluation des enseignants, sachant qu'une telle évaluation s'exerce déjà, lors de la composition des équipes pédagogiques des classes sensibles (3e avec brevet, Tle avec le bac).

Formation des enseignants : un enjeu fondamental


La mastérisation de la formation des enseignants mise en application depuis 2009 par Luc Chatel est fortement contestée à gauche comme à droite, par les enseignants et tout récemment par la Cour des comptes dans son dernier rapport annuel. Selon la Cour, la date du concours, le mode d'affectation des enseignants comme le contenu de leur formation doivent être entièrement revus, tant les résultats sont alarmants : plus de 70% des nouveaux enseignants recrutés à plein temps n'avaient aucune expérience de l'enseignement, les candidats aux concours se raréfient, et la suppression des 9.567 postes, qui aurait pu rapporter 707 millions d'euros en 2011, n'a permis que 370 millions d'économies.

Face à ces critiques, François Bayrou veut revenir à une année de formation où les futurs enseignants alterneront périodes de stage et enseignements théoriques. François Hollande va plus loin en annonçant une « refondation » globale de la formation des enseignants : pré-recrutés dès la licence, les futurs professeurs pour tous les niveaux seront formés dans des « Écoles supérieures du professorat et de l'Éducation », remplaçant les IUFM, et dépendant des universités. La formation s'achève aussi par une année alternant stages et cours. Le candidat du PS a émis l'idée d'heures de cours assurées par les étudiants en formation, par contractualisation avec l'Éducation nationale.

Nicolas Sarkozy devrait annoncer des mesures pour améliorer la réforme de 2009, pour répondre au problème du manque de préparation pédagogique des enseignants débutants.

Au-delà des questions de fond, la Fondation iFRAP attire l'attention sur le coût que représenteront notamment les nouvelles structures demandées par François Hollande. Nous recommandons depuis longtemps la fermeture des IUFM qui ont le monopole de la formation des enseignants, au profit de structures de formation plus variées et laissant le choix entre plusieurs pédagogies.

Statut des enseignants : attention sujet sensible


Le sujet le plus épineux concerne le statut des enseignants eux-mêmes : datant de 1950, il garantit aux professeurs des collèges et lycées un temps de cours réduit de 15 à 18 heures par semaine, ce qui explique que les enseignants du second degré donnent moins d'heures de cours que la moyenne européenne de l'OCDE. Les candidats se positionnent donc sur le statut des enseignants et, au-delà, sur la question du temps de travail. Ils s'accordent généralement sur l'idée d'une présence accrue des enseignants dans les établissements. Mais selon quelles modalités, et quel en sera le coût ?

Pour François Bayrou, il ne faut pas toucher au statut des enseignants, ni à leur temps de travail : leur présence accrue dans les établissements doit être fondée sur le volontariat, et il faut pour cela mettre en place des mesures incitatives. Mais sans hausse de rémunération.

François Hollande non plus ne veut pas modifier d'emblée le statut, mais ouvrir des négociations avec les organisations syndicales au cours pour discuter de l'évolution du métier d'enseignant ; les négociations seraient suivies d'une loi d'orientation et de programmation à l'automne 2012. Le candidat socialiste se prononce cependant pour une présence accrue des enseignants et un meilleur encadrement des élèves.

Marine Le Pen ainsi que Nicolas Sarkozy se sont prononcés en faveur d'une hausse des salaires des enseignants ; la candidate du Front national ajoute qu'il n'y aura pas de créations de postes, seulement le remplacement des départs en retraite. Les effectifs de l'administration centrale du ministère de l'Éducation nationale devront être réduits.

Le candidat de l'UMP s'apprête quant à lui à annoncer des mesures de réductions de dépenses, notamment la suppression de 14.000 postes à la rentrée 2012 (6.550 dans les collèges et lycées, 5.700 dans le primaire). La revalorisation des salaires aura pour contrepartie l'augmentation du temps de travail des enseignants, et donc la révision du statut. Il devrait également confirmer 2 mesures phares évoquées par Luc Chatel :

- la globalisation des heures d'enseignement qui permettrait aux collèges de réorganiser les masses horaires, et de diminuer les coûts en supprimant des postes d'enseignants.

- l'annualisation qui permettrait de considérer le volume horaire de l'enseignant non plus d'un point de vue hebdomadaire mais annuel.

Cette dernière mesure de l'annualisation était proposée par l'iFRAP et permettrait de réduire le nombre d'heures payées mais non effectuées par les enseignants lorsque les élèves sont en stage, en voyage ou encore lorsque les salles de classe sont réquisitionnées pour des examens.
L'iFRAP proposait également de moduler le nombre d'heures en fonction de l'ancienneté, comme en Allemagne : plus l'enseignant est expérimenté, plus il donne d'heures de cours.

Création de postes

60.000 nouveaux postes de l'Éducation nationale voulus par F. Hollande : combien cela va-t-il coûter ?

Cette mesure phare de François Hollande a déjà suscité beaucoup de réactions et Nicolas Sarkozy se positionne d'ores et déjà en opposition frontale, avec l'annonce de nombreuses suppressions de postes et de tailles dans les dépenses.

François Bayrou s'en tient au nombre de postes actuels ; Marine Le Pen également, jugeant la mesure du candidat socialiste "hypocrite".

- Selon l'iFRAP, cette mesure aurait un coût de 9 milliards d'euros sur cinq ans. Contrairement au PS et à l'UMP, nous avons pris en compte la cotisation retraite que l'État verse pour chaque enseignant. Le calcul a été effectué à partir des coûts moyens -non pondérés- d'entrée des enseignants du 1er et du 2nd degré dans la carrière (5,5 Md€) y compris CAS pensions. La cotisation de l'État pour les retraites étant au taux de 68,59 % en 2012), le coût de l'embauche de 60.000 enseignants correspond à 9 milliards d'euros de cotisations patronales pour les retraites incluses. [1]

Filières professionnelles et apprentissage

Les candidats réaffirment l'importance de revaloriser les filières professionnelles et techniques, en développant l'apprentissage et les formations en alternance. Marine Le Pen veut rétablir l'apprentissage à 14 ans, Nicolas Sarkozy aussi. L'UMP a émis l'idée de classes « métiers-études » dès la 4è et de l'apprentissage en alternance obligatoire en dernière année de baccalauréat professionnel et en CAP. François Hollande veut faire de l'enseignement professionnel une filière « d'excellence » en facilitant l'accès des élèves aux formations supérieures.

[(L'efficacité de la réforme de l'Éducation dépend plus du « comment » que du « combien »

L'étude que nous avons réalisée au mois de juin 2011 a mis en évidence le surcoût très net de l'enseignement public par rapport à l'enseignement privé, dont les résultats sont sensiblement les mêmes. En comparant à l'international, on s'aperçoit aussi que les systèmes éducatifs les plus dépensiers ne sont pas les plus efficients. Cela va dans le sens du « manifeste » publié le 24 janvier par le secrétaire général de l'enseignement catholique (qui regroupe 18% des élèves dans 8.300 établissements) et adressé à tous les candidats. Il affirme : « La question éducative est beaucoup moins une question de moyens que de méthode ». Lucidement, il reconnaît qu'il est « impossible de rétablir 60.000 postes » étant donné « la situation budgétaire ». « Je pense même qu'on peut continuer à en supprimer sans que la qualité de l'offre de formation s'en ressente. Mais cela suppose des adaptations. »)]

Commentaires

  • Par sébastien • Posté le 29/02/2012 à 09:58 L'envie d'être professeur ? Elle s'envole facilement quand la société nous traite de fainéants, d'incapables, nous considère comme des gardiens de garderie et non des enseignants. Nous avons faits professeurs pour délivrer un savoir, non pour pallier aux défauts d'éducation de familles démissionnaires, qui nous refusent par ailleurs toute forme d'autorité sur leurs enfants au prétexte que "nous ne comprenons pas" ces chères têtes blondes insolentes, vulgaires, hostiles à toute règle et forme de rigueur..
    Le sacerdoce pouvait exister dans les années où le savoir était une valeur, ce qu'il n'est plus. Le sacerdoce pouvait exister dans une société où le mérite était reconnu. Mais aujourd'hui, c'est l'égalitarisme qui est reconnu. Traîner 80% d'une classe d'âge au bac : idiot. Voilà comment répondre aux problèmes des effectifs : n'envoyer que les élèves méritants (c'est à dire ayant réussi un examen d'entrée au collège) dans le secondaire. Les autres : voie professionnelle ou apprentissage. Comme en Allemagne. Mais bon, cela choque les familles qui veulent que leurs enfants obtiennent tout sans travailler, aient les mêmes "chances" qu'un élève qui fait des efforts.
    Et puis : fainéants, nous ? Mentalité de fonctionnaire ? Alors, je ne devrai travailler que 35 heures (et avoir mes RTT), ne pas travailler le soir, ne pas travailler les week end ni pendant les vacances pour coller au stéréotype. On voudrait nous voir travailler davantage. C'est vrai, nous n'effectuons que 18 heures visibles. Mais bon : que de travail (invisible et non compatbilisé) pour en arriver là : fiches de documents à préparer, cours à refaire, interrogations à préparer puis à corriger, réunions à faire... Vous viendrait-il à l'idée de dire que les présentateurs météo ne travaillent que 10 minutes par jour ? Vous préférer abonder dans le sens des politiques qui vous flattent et nous tapent dessus sans savoir, sans connaître les tenants et les aboutissants, sans avoir approfondi le sujet. Le temps où tous les détracteurs étaient sur les bancs de l'école est-il si loin que personne ne fasse preuve d'esprit critique, de réfelxion ?
  • Par Philippe GALTEAU • Posté le 17/02/2012 à 17:43 Evaluation? Vous n'y pensez pas, c'est une menace pour l'égalité! Alors si c'est l'égalité qui prime, pourquoi ne pas supprimer toute éducaion: e sera l'égalité parfaite des ignorants.
  • Par albo1 • Posté le 16/02/2012 à 20:46 qu'est devenu le sacerdoce d’être enseignant? une grande majorité de ceux qui sont censés instruire ne sont devenus enseignants que par manque de débouchés.La morale,la discipline,les valeurs de base ne sont plus enseignées.Etre enseignant maintenant ne correspond plus aux principes instaurés par Jaurés,ce ne sont plus que des fonctionnaires

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