Éducation et culture

Education nationale : plus d'argent pour moins de résultats

30 septembre 2003 • Nicolas Lecaussin

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Alors que les demandes d'inscriptions dans les écoles privées ont doublé par rapport à l'année passée, que les résultats des élèves français sont très mauvais par rapport à ceux d'autres pays - malgré les dépenses les plus élevées de l'OCDE -, aucune vraie réforme n'est acceptée par les syndicats. Incursion dans un monde intouchable.

L'enseignement français remplit deux missions essentielles que personne ne conteste : il refuse toute réforme et demande en permanence de l'argent. On peut dire d'ailleurs que ce sont les seules dont il s'acquitte avec persévérance et application. Pourtant, s'il a besoin de changements en profondeur, ce ne sont pas les fonds qui lui manquent. Au contraire, notre système éducatif est le mieux doté en argent public : 103,6 Mds d'euros, 7% du PIB (2002).

Sur ce budget, environ 63 Mds d'euros (4% du PIB) représentent les dépenses de l'administration centrale, le ministère de l'Education, le reste étant les crédits des autres administrations, des collectivités territoriales, des entreprises (pour la formation) et des ménages (frais de scolarité).

Un budget pour le personnel

Le budget du ministère est constitué à plus de 90% par des crédits de personnels ! Seules, les charges de fonctionnement et d'investissement des collèges et des lycées ont été transférées aux départements et aux régions. Comme le nombre de personnes travaillant à l'Education nationale est d'environ 1.300.000, le coût d'un employé dans l'enseignement français revient à environ 44.000 euros/an. C'est un peu beaucoup, d'autant plus que le nombre d'élèves ne cesse de baisser, tandis que celui des professeurs augmente : depuis 1997, la population scolaire est en baisse de 150.000 élèves, celle du personnel étant en hausse de 132.700 employés (dont 56.000 aide-éducateurs). Pendant la même période, le budget de l'Education nationale est passé de 90 Mds à 103 Mds d'euros (+ 13 Mds) en 2003. D'ailleurs, de 1974 à 2002, la dépense d'éducation a connu un taux de croissance annuel moyen de 2,5%, supérieur à celui du PIB (en hausse de 2,1% par an sur la même période).

Pour quels résultats ?

Il n'y a pas de meilleur baromètre pour l'école que les choix des parents. Lorsque, pour cette rentrée, les demandes d'inscriptions dans les écoles privées sont deux fois plus nombreuses que l'année passée, il serait utile de se demander pourquoi les parents fuient le public. Et quand un Rapport (OCDE et UNESCO) révèle les résultats très mauvais des élèves français par rapport aux élèves des autres pays, la situation devient vraiment alarmante. Pour nous, les contribuables, mais pas pour les syndicats et les fonctionnaires de l'Education nationale qui se soucient de leurs résultats comme d'une guigne.

L'Observatoire national de la lecture ou comment fuir les livres

Fondé en 1996, cet Observatoire public a comme objectif principal la "production d'études sur la question de la lecture et faire connaître celles-ci par voie de publication". Pour en savoir plus, notre premier réflexe a été de consulter sur Internet les Rapports d'activité de l'Observatoire. Première surprise, les seuls disponibles ne correspondaient qu'aux années 1997-2000, les autres étant exclusivement réservés au ministère de l'Education pour des raisons qui nous échappent. Deuxième surprise : même les Rapports "disponibles" ne l'étaient pas, le serveur refusant avec obstination tout accès au fichier demandé. Après quelques appels au siège de l'Observatoire, les Rapports sont, enfin, revenus sur le site. Quatre Rapports pour quatre années d'activité, chacun ne dépassant pas 4-5 pages ! A la lecture de ces Rapports, notre horizon s'est assombri encore plus : activités incertaines, actions répétées tous les ans, travaux d'une évidence déconcertante ("mettre en valeur le rôle que les livres peuvent jouer dans l'apprentissage de la lecture"), des pages qui apparaissent deux fois, des annexes annoncées mais inexistantes et aucune précision sur le budget. Pour ce qui est des incitations à la lecture, voici un paragraphe éloquent rédigé par l'Observatoire : "Il s'agit de veiller à ce que la capacité attentionnelle des lecteurs leur permette de gérer simultanément le traitement du code et l'élaboration de l'interprétation du texte. Cela nécessite, soit que les textes choisis ou construits soient adaptés aux capacités des élèves, soit que ces derniers soient dotés de capacités leur permettant d'évaluer la difficulté des textes à aborder et de contrôler et réguler le déroulement de la compréhension au cours du déroulement de la lecture, soit que l'enseignant intervienne pour faciliter l'activité de lecture".

Avec ce charabia il n'est pas étonnant que les élèves français obtiennent des résultats catastrophiques dans les études internationales.

En effet, le Rapport situe la France à la 15ème place (et non pas à la 10ème comme on a pu le voir dans certains journaux de l'Hexagone) pour le niveau de compétence de ses élèves. Parmi les premiers, la Finlande, la Corée du Sud, Hong Kong, Canada, Japon et l'Irlande. Néanmoins, dépenser en moyenne plus par élève ne signifie pas, contrairement à ce que soutiennent les syndicats français, obtenir de meilleures performances. L'Italie dépense à peu près deux fois plus par élève que la République de Corée, mais alors que la Corée fait partie des pays qui obtiennent les meilleurs résultats dans les trois domaines de connaissance, l'Italie obtient des résultats notablement inférieurs à la moyenne. De même, en Finlande, le meilleur de la classe, le coût d'un élève ne dépasse pas 4 700 euros par an, tandis qu'en France, celui-ci coûte 6 800 euros/an. Les résultats de ce Rapport ne font que s'ajouter à une longue liste de mauvaises notes (dépenses publiques, impôts, subventions, etc.) attribuées ces derniers temps à notre pays. Le comble c'est que nos gouvernants ne comprennent toujours pas qu'il faut agir.

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