Éducation et culture

Ecole : l'évaluation de l'enseignement est une necessité

27 janvier 2009 • Agnès Verdier-Molinié

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Evaluation est un mot qui fait peur, surtout à l'Education nationale. Trois des quatre organisations représentatives (SNUipp-FSU, SE-UNSA, SGEN-CFDT) ont appelé les maîtres à « ne rendre compte que des seuls résultats des évaluations aux élèves et aux parents de la classe concernée » des tests d'évaluation en français et mathématiques des élèves de CM2 actuellement en cours et à « ne pas utiliser le logiciel ministériel de transmission et ne transmettre que les résultats anonymés des exercices effectivement passés ».

Le ministre Xavier Darcos est intervenu en réponse à ces incitations dans le cadre de ses vœux : « Je veux dire avec la plus grande fermeté que rien ne justifie que l'on cherche à faire échouer ces évaluations voire, pire encore, que l'on se refuse à les faire passer à ses élèves ou à en communiquer les résultats aux parents. » Certains instituteurs ont tout de même décidé de ne pas faire passer les tests de CM2, de ne pas faire remonter les résultats au ministère de l'Education et se déchaînent sur la blogosphère. La crainte qui motive ce refus serait que ces données puissent servir à une évaluation potentielle des enseignants ou des établissements. Un éventuel classement des établissements en ligne sur internet terrorise les enseignants.

Vers une mise en concurrence des écoles

Derrière la notion d'évaluation, se profilent pour les pourfendeurs des tests en CM2 les notions honnies de comparaison et de concurrence. Voici ce qu'en dit un communiqué du SNUipp-FSU : « Contrairement à ce que le ministre de l'Education nationale avait annoncé, le nouveau système d'évaluation prévoit une mise en concurrence des écoles. » et plus loin : « Cette publication provoquerait en outre une concurrence entre écoles et introduirait une logique de marché dont les conséquences seraient défavorables à l'ensemble des élèves. Elle remettrait en cause un des fondements de l'école publique. »

Bref, pas question de donner quelque information que ce soit qui permette ensuite aux parents d'élèves d'être mieux informés sur les résultats des écoles. Si en 3ème, avec le BEPC, et en Première et Terminale avec le Bac, les résultats dont s'empare régulièrement la presse ne peuvent être camouflés, les écoles primaires ne sont quasiment pas évaluées. D'autant plus que, depuis 20 ans, le ministère de l'Education nationale est confronté à une grève administrative larvée des établissements du primaire.

Déjà, la suppression de la carte scolaire, très belle avancée vers la liberté de choix pour la scolarité des enfants, allait à l'encontre d'une clientèle captive et avait rencontré l'opposition des syndicats. Le découpage avorté des matières en modules facultatifs en classe de seconde, établi dans le sens de la responsabilisation des élèves et des parents, a aussi déclenché récemment la colère des professeurs. Ces derniers savent bien que, si leurs enseignements sont réputés comme faibles, leurs cours optionnels seront désertés. Derrière ces refus se cache la carence de toute évaluation réelle des professeurs dont la carrière n'évolue toujours qu'à l'ancienneté ou au diplôme et non au mérite.

La dernière rebuffade en date des enseignants et de leurs syndicats contre toute tentative d'évaluation est celle des tests de CM2. Même si sont avancés par les syndicats d'enseignants des problèmes de façade tels celui du codage des corrections ou celui du manque de temps avant les tests pour revoir l'ensemble des notions impliquées, force est de constater que nombre d'instituteurs sont prêts à amputer leurs revenus de 400 euros de prime plutôt que de risquer d'être évalués. Ce qui s'appelle aller à contre courant de l'histoire car évaluation et concurrence ne manqueront pas de devenir la règle dans les prochaines années car ce sont d'une part des outils essentiels du développement des enseignants et, d'autre part, car les parents d'élèves en sont demandeurs.

Commentaires

  • Par yl74 • Posté le 21/05/2009 à 08:17 Je fais partie des nombreux "nouveaux" enseignants ayant un vécu professionnel antérieur dans le privé (en l'occurrence 16 ans dans l'industrie) et qui ne sont pas choqués par la mise en place d'une évaluation digne de ce nom des enseignants, bien au contraire.

    Notez au passage que de très nombreux enseignants sont en attente d'une évaluation qui ne vient pas faute de disponibilité des inspecteurs. Ceci ne veut pas dire qu'il faille augmenter le nombre d'inspecteurs, mais plutôt de revoir le mode de management dans l'EN.
    Cependant, toujours comme de nombreux enseignants, je souhaiterais que moins d'amalgames soient faits quand on parle d'évaluation à l'école, même si les syndicats contribuent à entretenir ces amalgames.

    Si l'évaluation des élèves est bien indispensable, il n'est guère compréhensible ni défendable d'imposer des évaluations nationales en Février pour des compétences qui ne sont abordées qu'en fin d'année voir l'année suivante... Le résultat ne pouvant être que médiocre ou nul...

    De plus, nous avons étés sidérés de la demande de modification des chiffres et notes ainsi obtenus, par les inspections elles mêmes !
    Que tirent les experts du cabinet ministériel d'une telle évaluation ? Travaillons nous ainsi à un projet idéologique et partisan ou pour l'éducation et l'avenir de nos enfants ?
    http://citoyens-a-nous-d-agir.over-blog.net/
  • Par Valérie • Posté le 09/03/2009 à 17:44 Encore des informations biaisées, les enseignants ne refusent pas les évaluations, ça faisait plus de 15 ans que nous faisions passer des évaluations aux élèves de CE2, nous sommes d'ailleurs nous-mêmes inspectés et notés tous les 3/4 ans.

    Ce que nous refusons, c'est d'évaluer des compétences qui n'ont pas encore été abordées en classe.

    Pourquoi ces évaluations n'ont-elles pas été programmées début juin ?

    Sinon, on pourrait très bien évaluer le niveau de nos élèves de 10 ans en latin ou grec...
  • Par BM • Posté le 03/02/2009 à 11:18 Non on n'a pas peur d'évaluer ; on évalue tous les jours on ne fait d'ailleurs que ça ;
    Chaque note donnée est une évaluation;
    Tout contrôle est destiné à une évaluation ; On sait tous que chaque établissement est différent d'un quartier à un autre, d'un secteur scolaire à un autre, etc
    En fait, on voudrait faire croire que telle Ecole est meilleure ou moins bonne qu'une autre, alors que le recrutement est identique pour tous les enseignants.
    Comparer qui à qui ? Et pourquoi?
    J'attends de vous lire
  • Par PS • Posté le 03/02/2009 à 11:16 Oui, bien sûr c'est une nécessité, et d'une façon autrement sérieuse qu'à présent. Ces refus sont profondément inacceptables, et je ne parle que des quelques commentaires parcourus sur le site des opposants de la blogosphère. L'évaluation réelle et parlante de chaque élève, régulière et exploitable, permettrait un pilotage réel des parcours de chaque élève, comme une appréciation des résultats des écoles, tout cela pour le plus grand bien de progressions consolidées. Mais les résultats calamiteux du primaire (le Haut conseil de l'éducation l'a lui-même établi en août 2007), apparaîtraient alors au grand jour (au reste je bâtirais de tout autres canevas d'évaluation, bien plus systématiques et regardants, que ceux confectionnés par la direction de la prospective de l'EN).
    J'oeuvre personnellement tant bien que mal en ce pays de grande liberté et d'ouvertures rieuses, à un ensemble d'outils et de services à ce sujet, lesquels n'auraient aucun mal à faire la différence et à imposer peu à peu des pratiques autrement responsables et probantes.
    Il ne serait pas interdit que quelques libéraux, un peu moins français, puissent reconnaître que les entrepreneurs ne sont pas là où l'on croit, et les soutenir vraiment.
    Bien cordialement

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