Éducation et culture

Ecole : Abandon de l'évaluation en CE1 et CM2

Ne cassons pas le thermomètre !

24 mai 2012 • François Guizot

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L'une des premières décisions annoncées par le nouveau ministre de l'Éducation, Vincent Peillon, signe l'abandon des évaluations des élèves des écoles primaires en CE1 et CM2. Est-ce une bonne mesure ?

Beaucoup d'experts, notamment ceux du Haut Conseil de l'Éducation, critiquaient vertement le système d'évaluation, voire recommandaient son abandon. Avaient été notées, entre autres, les grandes disparités dans la façon dont ces évaluations étaient menées selon les écoles, certaines se livrant à un véritable bachotage avec une préparation ciblée des élèves aux tests, d'autres ne jouant pas le jeu ou laissant accrochés aux murs des classes des tableaux grammaticaux et des tables de multiplications qui aidaient à répondre aux questions. Étaient également mis en cause les changements subits, d'une année sur l'autre, de tests ou de grilles d'évaluation qui revenaient à surévaluer le niveau des élèves afin de livrer au Ministère des statistiques plus flatteuses pour son action.

Cédant aux revendications de certains syndicats (SUD ou SGEN-CFDT), Vincent Peillon a donc choisi de laisser tomber ces tests et d'engager une réflexion sur la mise en place de nouveaux modes d'évaluation des acquis en primaire. Peut-on s'en réjouir ?

Non, car cet abandon revient ni plus ni moins qu'à casser le thermomètre, un thermomètre certes imparfait mais qui nous permettait néanmoins de mesurer les carences considérables de l'école primaire française. Les études sur le nombre d'élèves en difficulté en lecture, écriture et calcul à leur entrée en sixième nous livrent des résultats oscillant entre 20 et 40% . Même en prenant le chiffre bas, celui du Ministère, on voit qu'un élève sur cinq ne maîtrise pas les savoirs fondamentaux qu'est censée lui apprendre l'école primaire. L'échec est manifeste et lourd de conséquences pour notre pays et ses enfants. Il ne faut dès lors pas s'étonner si ces mêmes résultats, quatre ans plus tard, plombent la France lorsque le programme PISA de l'OCDE compare son système à ceux de ses voisins.

On s'est beaucoup plu à considérer ces dernières années le "collège unique", introduit par la réforme Haby de 1976, comme la cause principale des maux de notre système. Or on constate, premièrement, que beaucoup de pays ayant d'excellents résultats aux tests PISA ont un collège unique (Finlande, Japon, Corée du Sud, Canada entre autres) et, deuxièmement, que ces mêmes " champions PISA ", bien que fort différents les uns des autres, ont tous en commun d'avoir de très bonnes écoles primaires.

Le maillon faible de l'École française n'est donc probablement pas, contrairement aux apparences, le collège, mais bien l'école primaire. Les bases chancelantes qu'on y donne à nos enfants ont ensuite des conséquences pour l'ensemble du système scolaire français, expliquant très certainement les difficultés rencontrées par les enseignants des collèges et les sorties prématurées d'élèves sans diplôme - autour de 120.000 par an ! - qu'on y déplore. Or ce n'est pas en supprimant les évaluations de CE1 et CM2 que nos enfants apprendront à nouveau à lire, écrire et compter correctement.

La Fondation iFRAP s'est déjà exprimée sur la nécessité d'évaluer l'enseignement au primaire.

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