Éducation et culture

Donnons aux directeurs la possibilité de recruter leurs enseignants

28 juillet 2011 • Agnès Verdier-Molinié

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Les Français sont inquiets, à juste titre, de la qualité de l'enseignement qui est délivré à leurs enfants et, par ricochet, pour leur avenir. La dernière enquête PISA a montré que la France ne progresse pas en la matière. Le dernier baromètre d'image des services publics en Europe publié par l'Institut Paul Delouvrier et BVA montre que 60 % (+ 17 % par rapport à l'an dernier) des sondés pensent que l'État devrait s'occuper en priorité de l'Éducation.

Curieusement, les commentateurs de l'enquête Paul Delouvrier ont conclu de cette préoccupation qu'elle provenait de l'inquiétude générée par la RGPP et le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux.

C'est une conclusion bien hâtive et cette préoccupation pourrait plus simplement venir du constat (conscient ou inconscient) que l'Éducation nationale, telle qu'elle est gérée aujourd'hui, ne permet pas au commun des élèves de faire fructifier leurs talents. Lorsque l'on se tourne vers les modèles éducatifs des autres pays européens, on remarque que la gestion des écoles est beaucoup plus décentralisée qu'en France. Le rapport du Conseil d'Analyse Stratégique intitulé « tableau de bord de l'emploi public. Situation de la France et comparaisons internationales » le précisait en ces termes : « les États-Unis, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Espagne et les Pays-Bas incarnent le modèle d'une forte décentralisation en termes de recrutement d'enseignants ».

Être autonome, pourvoir recruter des enseignants en adéquation avec le terrain, est devenu un sujet majeur ces dernières semaines. Le Parlement se penche notamment sur l'Éducation. En témoigne actuellement un rapport du député Jacques Grosperrin qui propose « à terme (…) de confier aux autorités académiques ou aux établissements le soin de recruter, sur la base d'un entretien professionnel, les enseignants. »

Au Sénat, c'est un rapport du Sénateur Carle sur l'architecture du système scolaire qui envisage une plus grande autonomie en réseau des établissements d'un même bassin ainsi que de confier l'évaluation des enseignants aux chefs d'établissements. Dans le cadre des auditions menées pour ce rapport par le Sénateur Carle, M. Thierry Bossard, chef du service de l'inspection générale de l'administration de l'Éducation nationale et de la recherche (IGAENR), a conclu devant les membres de la mission que « pour passer de résultats faibles à des résultats moyens, la centralisation est efficace, mais que pour passer de résultats moyens ou bons à de très bons résultats, la responsabilisation et l'autonomie des équipes locales sont les bonnes réponses. »

Les sénateurs recommandent aussi d'en finir avec l'affectation des professeurs débutants dans les zones prioritaires et de "stabiliser les équipes pédagogiques". Car, comme le rappelait une ancienne gestionnaire comptable dans un collège : « Comment peut-on expliquer que ce sont à ceux qui sortent seulement du concours et qui n'ont donc pas encore d'expérience que l'on assigne les postes les plus difficiles ? Aurait-on idée de donner à un médecin débutant la responsabilité d'un service de neurochirurgie ? »

La possibilité pour les directeurs d'établissements de recruter eux-mêmes leurs équipes pédagogiques est déjà en réalité pratiquée dans l'enseignement privé. Les chefs d'établissements du privé sous contrat pratiquent de véritables entretiens d'embauche, à condition que les candidats aient réussi le concours du professorat de l'éducation nationale, validé par l'enseignement catholique.

Dans le public, une plus grande autonomie de recrutement et de gestion des professeurs est en expérimentation dans une centaine d'établissements scolaires en difficulté avec le programme Clair (collèges et lycées pour l'innovation, l'ambition et la réussite), devenu Eclair (Écoles, collèges et lycées pour l'ambition, l'innovation et la réussite). La particularité de ce programme est surtout que «  le recrutement des personnels enseignants, d'éducation, administratifs, sociaux et de santé est effectué par le recteur sur proposition des chefs d'établissements ».

Rappelons qu'actuellement, l'affectation d'un professeur du public dépend de son ancienneté, de sa situation familiale ou de son lieu d'habitation… Après les universités, l'autonomie des établissements scolaires des premier et second degrés pourrait être au cœur des débats de 2012. A juste titre car c'est par un recrutement plus libre des professeurs et une gestion moins centralisée, voire même déléguée, que la qualité de l'Enseignement progressera.

Commentaires

  • Par BL • Posté le 29/08/2011 à 14:02 Je réagis à votre article du 28 juillet dans le Figaro.

    Plus âgé que vous, professeur d’eps en collège il y a bien longtemps que je revendique un autre statut d’enseignant.

    Syndiqué au SE.UNSA mais pas forcément d’accord sur tout (tous les enseignants ne votent pas à gauche) je conteste vigoureusement le fonctionnement et la gestion des professeurs.

    Rien pour maintenir de la motivation, rien pour mettre en avant les projets des équipes pédagogiques, pas de possibilité de mobilité professionnelle, un mépris en augmentation de notre fonction de la part de l’opinion et de nos ministres qui se succèdent.

    Bien sûr que le recrutement doit être fait par les chefs

    d’établissements, qui mieux qu’eux connaît son équipe pédagogique et les objectifs à fixer ?
    Je suis d’accord pour travailler plus mais il faut tout remettre à plat et revoir entièrement notre statut.

    La nouvelle génération serait prête à évoluer à condition qu’elle puisse envisager un avenir meilleur. Les soixanthuitards vont bientôt tous disparaître.

    J’accuse les syndicats d’être à l’origine de cette décadence. A

    vouloir toujours plus de postes d’enseignants et de moyens ils ont délaissé et mis de côté la profession. Ils nous ont décrédibilisés.

    En votant Nicolas Sarkosy j’espérais un changement radical. Je comprends le non remplacement des professeurs partant à la retraite, j’aurais souhaité aussi en compensation une amélioration de tous les traitements et carrières.

    Demain je ne sais pas si je voterai N.Sarkosy.

    Il n’a agi que sur un levier celui de la réduction du déficit public.

    Aujourd’hui j’ai dissuadé mon fils de s’engager dans

    l’enseignement alors qu’il en avait certainement toutes les

    qualités…
    Je suis triste de subir cette situation, il y a pourtant dans notre profession des passionnés et des gens compétents… ils méritent un peu plus de considération.

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