Des patrons traités comme des voyous

Décourageons l'entrepreneur, arrêtons la fête

10 septembre 2008 • René Hans

"Je m'appelle Jean-Claude, je suis salarié dans une PME métallurgique. Mon travail reste pénible malgré les évolutions technologiques. Avec une dizaine de collègues, nous cotisons chaque mois pour nous offrir notre dîner de fin d'année. En 2003, nous optons pour un dîner dansant, histoire d'agrémenter notre sortie. Ambiance assurée. Ce n'est pas tous les jours que l'on peut s'offrir ce petit luxe. La musique est entraînante. Nous sommes venus en minibus pour boire en toute tranquillité. Nous venons à peine de finir le plat de résistance, quand policiers et gendarmes font irruption dans la salle de restaurant. Avec les attentats terroristes, et surtout depuis ce foutu « 11 septembre », on peut s'attendre à tout. La présence policière est toujours rassurante pour l'honnête citoyen.

Mais que ce passe-t-il ? La fête est interrompue. Le patron est emmené en garde à vue. L'atmosphère devient soudainement glaciale. Nous sommes priés de rentrer chez nous, sans dessert, ni café. Les discussions et les suppositions vont bon train. Tous les scénarios sont évoqués, de Ben Laden à James Bond. Et avec toutes ces histoires de pédophiles ! Qui sait ?

Le journal de surlendemain décrit le crime du restaurateur : "non déclaration à l'Ursaff de deux serveuses en extra". Question sensations fortes, on s'attendait à mieux. Cette affaire est somme toute d'une grande banalité. Pour une fois que nous étions aux premières loges, nous aurions aimé quelque chose de plus original, par exemple une histoire à scandale. Et puis, ce brave patron, plutôt jovial, n'avait pas la tête d'un criminel.
Le restaurant restera fermé pendant de longs mois. Je ne pensais pas que l'on pouvait traiter ainsi d'honnêtes consommateurs qui ont eu leur fête gâchée par la fermeture précipitée de l'établissement ce soir-là. Etait-il vraiment nécessaire que ce petit patron passe la nuit au poste ? Il n'avait pas l'air farouche et je suis certain qu'il se serait présenté à la police sur simple convocation après la fermeture normale de son établissement.

En ce qui nous concerne, nous avons décidé de ne jamais devenir PATRON, car c'est bien trop dangereux, dans notre pays, par les temps qui courent."

Episode extrait du livre "l'Entreprise malade des fonctionnaires" par René Hans chez l'Harmattan 2005.

Commentaires

  • Par CLAMEC • Posté le 11/09/2008 à 20:41 Très rapidement j'explique.

    J'ai eu cinq petites sociétés en France qui faisaient vivre confortablement ma famille, jusqu'au jour où je surprends un de mes responsables en détournement de fonds (qu'il a avoué).

    Verdict : non-lieu du tribunal, Bobigny pour ne pas le citer.
    Après l'appel : deuxième non-lieu. Après entrevue avec ce juge, il me

    dit que la somme (160000FR en 1990) n'était qu'une goutte d'eau en

    regard de ce je possède, ce à quoi je rétorque que vingt ans avant

    j'ai monté ma première affaire en vendant ma voiture et que des

    vacances, je n'ai pas eu encore le temps d'y penser, que j'ai aussi

    risqué de tout perdre si ça n'avait pas marché, que les horaires

    14/15h jour etc... J'ai perdu le respect des autres salariés

    qui me disaient de ne pas oublier de mettre mon portefeuille à leur

    disposition le samedi soir, puisque pas de condamnation pour ces

    délinquants.

    Résultat, vente des sociétés en moins de 6 mois et désormais depuis 18 ans je suis aux Antilles où je travaille seul.

    C'est la première année que je reviens et surtout parce que je suis grand-père depuis cette année, sinon la France métropolitaine ne me manquait pas plus que ça.
  • Par JCG • Posté le 10/09/2008 à 20:58 J'étais petit patron (50 salariés tout de même) et j'ai connu les affres de la garde à vue : "Enlèvement" à 6 h du matin devant ma famille médusée, passage dans l'entreprise vers 8 h, avec perquisition, devant le personnel médusé et "libération" à 14 h parce qu'il s'agissait d'une erreur...
    Aujourd'hui, j'ai liquidé mon entreprise et recréé une petite entreprise dans laquelle je travaille seul ! Et je ne suis pas prêt d'embaucher à nouveau !
    Si, je créerai des emplois quand l'Etat aura supprimé la moitié de ses postes de fonctionnaires !
    Promis !