Débâcle du socialisme européen : l'incompréhension

18 juin 2009 • Bernard Zimmern

Beaucoup de commentateurs de la débâcle des gauches européennes lors des élections du 7 juin 2009 s'ébahissent qu'elle ait pu avoir lieu alors que depuis des mois, ils répètent à tue-tête que la crise actuelle est le fait des droites libérales. Pour reprendre les termes de l'un de ces commentateurs, comment se fait-il que les électeurs n'aient pas sanctionné les partis conservateurs et libéraux, déclarés principaux artisans de la dérive financière des années 80 ?

Quand on a les antiennes des Socialistes chevillées dans l'esprit, les seules explications sont que d'une part les quelques partis socialistes au pouvoir, comme en Espagne, ont en fait renié leur idéologie et mené des politiques qui ont trahi leur électorat, que d'autre part les partis de droite se sont approprié tous les thèmes de la gauche, que la droite a endossé les habits de l'Etat providence et fait main basse sur les bonnes vieilles recettes de la social démocratie. En un certain sens, la droite aurait pratiqué non seulement l'ouverture, c'est-à-dire le débauchage des personnalités de gauche mais aussi celui de leurs combats.

Ces explications font semble-t-il preuve d'une myopie qui risque de vouer les partis socialistes à la continuation de leur annihilation.
Elles partent du principe que la crise est d'abord la crise du libéralisme alors que sur beaucoup de points essentiels, c'est la résultante d'un interventionnisme étatique irresponsable. Pour prendre un seul exemple, celui de la crise des subprimes, il ne faut pas oublier que l'abaissement des standards de risque a été le fait des Démocrates américains, notamment de Franklin Raynes, directeur de l'Office du management et du Budget sous Bill Clinton, nommé à la tête de Fannie Mae en 2001 et qui a touché 50 millions de $ en 4 ans car son traitement était lié au volume des contrats d'hypothèques vendus par Fanny Mae ; n'oublions pas que la faiblesse de George Bush a été malgré ses efforts de n'avoir pas pu arrêter cette machine à vendre des crédits hypothécaires non remboursables, en raison des résistances des commissions du Congrès (Barney Franks, Chris Dodd) dont les membres, pas seulement les Démocrates, étaient heureux de trouver dans Fannie Mae et Freddy Mac des vaches à lait pour leur réélection. A ce sujet, lire l'article sur la Corruption des politiciens dans la crise des subprimes.

Mais surtout les Socialistes ne semblent pas avoir pris conscience que l'électorat a mûri et compris qu'on ne peut éternellement distribuer sans d'abord créer de la richesse ; que vouloir supprimer les inégalités, c'est conduire l'économie et la société à l'étouffement ; que le libéralisme, qui ne veut pas dire être libertarien, implique un certain interventionnisme de l'Etat mais pas un interventionnisme aveugle ; qu'il croit que des services publics sont nécessaires mais qu'ils doivent justifier comme le reste de la nation de leurs performances et de l'argent que les contribuables leur confient ; qu'il ne peut y avoir deux classes de citoyens, ceux qui sont protégés du chômage et ceux qui ne le sont pas.

Les Socialistes qui auront compris cela et pourront se construire une identité différente de celle qu'ont endossée les droites ont un bel avenir ; mais on en est encore à chercher les visionnaires capables d'un tel aggiornamento.

Commentaires

  • Par Galaxie • Posté le 22/06/2009 à 10:10 Tant qu'il existera une position ambigüe, notamment en France, d'un PS lorgnant vers des voix communistes, voire d'extrême gauche, lors des divers scrutins, ce parti ne parviendra pas à la sociale démocratie dont les membres (Manuel Vals, Pierre Moscovici, DSK, Jack Lang ...) pour ne citer qu'eux,aspirent assez discrètement.

    Le PS devrait alors afficher une idélogie "non Stalinienne", pour tenter de revenir sur le devant de la scène. Mais pour beaucoup de memebres du parti, il s'agit d'un exercice difficile !...
  • Par Bernard Zimmern • Posté le 19/06/2009 à 12:46 On peut en effet regretter que le gouvernement Sarkozy n'ait pas été plus loin dans certaines réformes ou ait cédé dans d'autres. Mais l'un des plus proches conseillers de Margaret Thatcher nous expliquait que dans toute campagne de réforme, on n'obtient jamais ce que l'on souhaite et qu'il faut faire des compromis, avoir au moins une partie des adversaires avec soi. De surcroît, beacuoup des réformes en cours se font en dessous des radars et on n'en parle pas. Et qui, dans le personnel politique, peut faire mieux?
  • Par TRUDELLE • Posté le 19/06/2009 à 12:46 Il faut cesser de nous parler d'un gouvernement de droite -affublé de "libéral" qu'il n'est pas- ou de gauche en France : il n'y a que des étatistes en ce sens que l'Etat est au centre de toute la vie, sait tout, peut tout, est honnête et désintéressé au contraire de ces vils entrepreneurs âpres au gain et prompts aux licenciements de convenance...

    En 2002 , en campagne présidentielle, un journaliste italien observait qu'il n'y avait aucune différence de nature comme d'inspiration entre les candidats - sauf LE PEN bien sûr- de sorte que l'on comprenait que les Français aimaient la "cohabitation".

    Aujourd'hui, rien n'est changé : en fait de rupture, nous avons l'activisme d'un Président dans le droit fil du passé : une intervention à financer = un impôt nouveau au lieu de la recherche d'économies correspondant à cette nouvelle dépense...

    L'équipe au pouvoir a dû créer ou augmenter une dizaine d'impôts ou taxes diverses !!!

    L'imposture sarkozienne est patente et je ne suis pas près de retourner voter pour cette prétendue droite.
  • Par Ph. Périnet-Marquet • Posté le 19/06/2009 à 09:37 Bien envoyé comme d'habitude, on ne saurait mieux dire !

    En fait, l'échec des politiques "socialistes" partout dans le monde développé, à l'exception, et encore, du "blairisme" est patent.

    Les gens sont lucides, ont du bon sens et ne se laissent plus éblouir par le miroir aux alouettes, c'est le début du retour au réalisme.

    Cordialement.

    Ph. Périnet-Marquet