Budget et fiscalité

Macron - Fillon : le match des programmes budgétaires

08 mars 2017 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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La marche à gravir pour redresser l’économie de la France est haute. Cela ne se fera pas avec des demi-mesures. Les Français, qui préfèrent à 76% les baisses des impôts et baisses de dépenses l’ont bien compris.

Pour revenir à 50% de dépenses publiques, il s'impose de réaliser beaucoup plus que les 60 milliards d’euros d’économies que propose Emmanuel Macron et programmer autour de 100 milliards d’euros d’économies. Fillon en propose environ 72 milliards en net, même si les dernières semaines vont plutôt dans le sens des dépenses supplémentaires (avec la revalorisation des petites retraites ou le remboursement de l’optique, etc.)

Emmanuel Macron détaille les 60 milliards d’économies de la façon suivante : 25 à la charge de l’Etat, 15 à la charge de l’Assurance-maladie, 10  sur les dépenses des collectivités locales, via un dispositif de bonus/malus et la contractualisation (certainement par une reprise des baisses de dotations de 2 milliards/an), et 10 pour l'assurance chômage. Mais le leader d’En Marche ne dit pas de manière détaillée comment il arrive à ces « économies », ou alors de façon contrintuitive  : par exemple, sur le chômage, les 10 milliards d’économies proviennent du fait de la… baisse du chômage à 7% en 2022 (sic) alors qu’il creuse dans le même temps les dépenses puisque les indépendants, les agriculteurs, les démissionnaires auront droit à une indemnisation chômage. De quel montant et avec quelles cotisations ? Mystère. Et ce, d’autant plus qu’En Marche propose de supprimer la cotisation chômage des salariés.

Pour le détail des économies chez François Fillon, on ne trouve pas forcément beaucoup plus d’éléments, avec un gros bloc de 50 milliards d’économies sur l’Etat et les collectivités pas très détaillé. Concernant l’Assurance chômage, le candidat des Républicains espère, comme son concurrent, réaliser 10 milliards d’économies grâce à une baisse du nombre de demandeurs d’emploi en durcissant les règles de versement des indemnités, en plafonnant le taux de remplacement à 75% et en introduisant de la dégressivité.

Pour l’Assurance-maladie, Emmanuel Macron propose d’économiser 15 milliards d’euros tout en proposant de rembourser à 100% l’optique, le dentaire et même les audioprothèses à l’horizon 2022. C’est exactement le même problème chez François Fillon. On a du mal à croire qu’il pourra réaliser 20 milliards d’économies dans la santé tout en décidant de dépenser 9 milliards de plus en 2022 avec les nouveaux remboursements annoncés.

Du côté des dépenses, les 60 milliards d’économies d’Emmanuel Macron sont contrebalancés en partie par un plan d’investissement de 50 milliards sur la formation, la transition écologique et la Santé. Et, de manière étonnante, l'ancien ministre de l’Économie ne propose, pour l’instant, aucune mesure de dépense nouvelle dans le domaine régalien : quid des prisons à construire, des Opex qui n’ont plus de troupes, des tribunaux saturés ? Au final, la balance des économies et du plan d’investissement du programme Macron aboutit à 45 milliards d’euros d’économies en 2022. Mais ce sera vraisemblablement moins car difficile de penser qu’il y aura 0 en dépenses de fonctionnement en plus sur le quinquennat. De son côté, François Fillon (pour l’instant) propose 27,6 milliards de dépenses en plus à l’horizon 2022: pour moitié sur les dépenses de Sécurité, de Justice, de politique pénitentiaire.

Cette différence de résultat de plus de 27 milliards d’euros entre Fillon et Macron sur les économies envisagées s’explique, notamment, par des choix très différents sur le système de retraite et les effectifs de la fonction publique. Sur les retraites, Emmanuel Macron veut réformer à dépenses constantes alors que François Fillon, avec le report de l’âge de départ et la fusion des régimes, réaliserait 20 milliards d’économies.

Sur l’évolution des effectifs publics, avec comme objectif la suppression de 120.000 postes dont 70.000 dans les collectivités et 50.000 pour l’Etat, Emmanuel Macron vise une économie de seulement 3 milliards d’euros par an. Ce n’est pas à la hauteur des enjeux. Alors que la masse salariale publique pèse 280 milliards. François Fillon, en proposant la baisse de 480.000 postes en 5 ans et en remontant le temps de travail des fonctionnaires à 39 heures par semaine arrivera à 15 milliards d’économies en 2022.

Pourtant, sur la réforme du statut public, Emmanuel Macron va plus loin que son adversaire quand il propose de revenir sur le principe d’unicité de la fonction publique qui détermine le fait que nos 5,4 millions d’agents sont tous augmentés en même temps depuis Paris. Plus loin aussi avec sa volonté affichée d’embaucher plus de contractuels dans les postes de la haute administration. Les deux candidats sont cependant d’accord sur la nécessaire (ré)instauration du jour de carence.

En matière de baisses d’impôts, Emmanuel Macron propose seulement 20 milliards de baisses de prélèvements obligatoires qui incluent le CICE et sont, pour le reste, très orientées sur les ménages alors que l’urgence est de continuer de combler l’écart de prélèvements obligatoires qui existe entre les entreprises françaises et les entreprises allemandes et qui demeure d’environ 130 milliards d’euros.

Le candidat EM évoque notamment une baisse (électoraliste ?) de 10 milliards de la taxe d’habitation, cherchant à exonérer 80% des ménages d’ici 2020 alors que précisément la TH est payée par 70% des foyers fiscaux contrairement à l’impôt sur le revenu. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas avec 20 milliards de baisse d’impôt qu’on changera de modèle mais plutôt avec 60 milliards de baisses d’impôt à l’horizon 2022. Quand il affiche 44 milliards de baisse pour les entreprises pour une pression fiscale qui baisserait de 40 milliards en net, François Fillon n’est pas très loin de cet objectif mais il s’en approche. Ces baisses d’impôts (qui dépendent de la baisse effective des dépenses) seront la clé de la baisse du chômage.

En Mds d’euros

François Fillon

Emmanuel Macron

Economies sur les dépenses de l’Etat et des collectivités

-50

-35

Dont réduction des effectifs de la fonction publique

480 000 postes

120 000 postes

Economies induites

-15

-3

Instauration d’un jour de carence

-2

-2

Economies sur les dépenses de Santé

-20

-15

Dépenses supplémentaires Santé

+9

+5

Economies sur les dépenses de Retraites

-20

0

Dépenses supplémentaires Retraites

+6

0

Economies sur l’Assurance chômage

-10

-10

Dépenses supplémentaires diverses

et plan d’investissement

Budget de la Défense (+7,9) Budget Justice et politique pénitentiaire (+1,5)  Effectifs de la sécurité (+3,2)

Plan d’investissement 50 milliards (hypothèse de libération des investissements de 10 milliards par an)

Sur la politique de formation (+15)

Transition écologique et énergétique (+15)

Agriculture (+5) Modernisation de l’action publique (+5) Transports (+5) Santé Hôpital (+5) 

Total du plan d’économie en 2022

-100

-60

Dépenses supplémentaires en 2022

+27,6

+15

Balance des économies et des dépenses

-72,4

-45

Fiscalité des entreprises

-35

-10(1)

Fiscalité des ménages et du patrimoine

-17

-10

TVA

+13

0

Baisse de la pression fiscale en 2022

-39

-20

 

 

Cette tribune a été publiée dans le Figaro Magazine (hors Ile de France) du vendredi 3 mars 2017.

 

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