Budget et fiscalité

L'argent des Français

Le nouveau livre de Jacques Marseille

07 mai 2009 • Philippe François

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Une mine d'informations. Une rafale de faits dévastateurs pour les idées toutes faites. L'obligation de réviser de fond en comble le discours misérabiliste ambiant et de se concentrer sur les vrais problèmes.

Dès le titre, "L'Argent des Français", on sent que Jacques Marseille va déboulonner quelques mythes bien français, appauvrissement généralisé et croissance des inégalités notamment. La première bombe éclate dès l'introduction : "De 1902 à 2008, le revenu par habitant en France est passé de 2.200 euros à 22.000 euros", en euros constants bien sûr et pour un temps de travail divisé par deux.

En traitant des séries longues (souvent de 1820 à 2008), l'auteur s'attaque à un sujet difficile mais très utile pour pouvoir tirer des conclusions fiables. Sur des séquences courtes, les statistiques sont souvent trompeuses. Le premier soin de l'auteur est de rappeler qu'un modeste 1,6 % de croissance annuel du revenu par habitant produit des miracles sur 180 ans. Sur le plan économique, sa description des alternances de longues périodes fastes (ex : 1820-1863, 1896-1913) et d'autres mornes ou catastrophiques (ex : 1864-1896, 1926-1945) est troublante. Pour chacune de ces séquences, grâce à des archives précises, Jacques Marseille détaille à la fois les budgets de ménages typiques "Girard, 46 ans, marié, 3 enfants, né dans le Cantal, habite près de la place Saint-Michel" et les données macro-économiques de la France entière. Grâce à ce double regard, l'auteur nous fait percevoir l'atmosphère d'une époque et comprendre les mécanismes qui produisent des écarts aussi considérables.

Au niveau des revenus, les progrès sont impressionnants pour tous les Français. Grâce à des statistiques incontestables, Jacques Marseille a beau jeu de railler la prédiction de "paupérisation générale" des salariés. Son chapitre "L'inexorable réduction des inégalités" tord le cou à un mythe encore plus répandu. Grâce à ses analyses de cas concrets, Jacques Marseille montre aussi les différences importantes de niveau de vie et d'évolution du patrimoine entre des ménages disposant de revenus identiques, selon leurs lieux et modes de vie, et aussi en fonction de leurs initiatives personnelles. Pour le partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits, l'auteur confirme qu'elle est remarquablement stable. Au niveau du patrimoine, les progrès mesurés par le niveau des successions sont aussi bien réels, même si les variations divergentes de valeur des principaux actifs à travers le temps (immobilier, terres agricoles, actions, obligations, or) sont étonnantes.

Après ce panorama de l'argent des Français à travers les siècles, Jacques Marseille traite dans la seconde partie du livre de questions d'actualité : salaires des dirigeants, ISF, impôt à taux progressif ou unique (flat tax), TVA sociale …

Côté solutions, Jacques Marseille a gardé, sans doute de sa jeunesse communiste qu'il évoque, le goût de la révolution. Mais c'est maintenant par l'hyper-inflation, parée de vertus pratiques et morales : un moyen radical de libérer les débiteurs de leurs dettes et de punir les rentiers trop prudents. Il constate que les périodes de forte inflation ont été des périodes de forte croissance. Il explique que l'inflation, donnant à la majorité l'illusion d'une progression de leurs revenus, rend les personnes optimistes et actives [1]. Dans un dernier chapitre, Jacques Marseille plaide pour un Revenu d'Existence de 750 € par mois distribué à tous, du berceau à la tombe, actifs, retraités ou chômeurs indépendamment du niveau de leurs revenus, et à la place d'autres allocations existantes. Il est vrai que ce chapitre est intitulé "Utopie".

Les milliers de données fournies en annexe de ce livre en font un ouvrage de référence. Pour les sujets sur lesquels l'iFRAP travaille (évolution du niveau de vie, partage des richesses, niveau des prélèvements obligatoires, parachutes dorés …), les chiffrages de Jacques Marseille sont compatibles avec ceux de Société Civile.

[1] Cette opinion rejoint curieusement l'idée courante assimilant l'inflation à une drogue

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