Budget et fiscalité

La redistribution va-t-elle vraiment vers ceux qui en ont besoin ?

Colloque "Existe-t-il encore un modèle social français ?"

02 mai 2006 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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Par Nicolas Lecaussin, rédacteur en chef de Société Civile, auteur de "Cet Etat qui tue la France"

Depuis plusieurs années, j'ai l'honneur et le plaisir de travailler à l'iFRAP où j'évalue les politiques publiques et où je compare la France avec les pays étrangers. Le constat est navrant : le modèle social français est inefficace et la redistribution, telle qu'elle est clamée par la plupart des politiques, notamment de gauche, ne va pas vers ceux qui en ont besoin.

Notre modèle social est un mythe – Nul pays au monde n'a copié ce système que l'on qualifie de « modèle social français » et qui n'a créé que pauvreté et assistanat dans ce pays.

Aujourd'hui, la pauvreté touche plus de 7% de la population française ; plus de 14 millions de personnes vivent avec moins de six cents euros par mois. La France compte environ un million d'enfants pauvres, 1,2 million de RMIstes, avec une très forte augmentation (environ 20%) au cours des quatre dernières années, 2 millions d'individus qui vivent dans des ghettos urbains et, dans certaines régions, un taux de chômage des jeunes de 40%, voire 50%. Enfin, un taux de chômage global qui se situe aux alentours de 10% depuis environ vingt-cinq ans et dont la très légère baisse n'est pas consécutive à la création d'entreprises et donc à la création d'emplois.

Où va la redistribution ?

Comment l'État français, qui prélève environ 46% du PIB, a-t-il créé cette situation ? Les premiers destinataires de cette redistribution sont :

Les hauts fonctionnaires, les énarques qui sont à l'origine des mauvaises politiques publiques et les politiques, notamment de gauche, qui ne savent que distribuer de l'argent, faire du « social » – terme qui revient dans les discours de tous nos dirigeants pour qui ne pas faire de social signifie ne rien faire ;

Les fonctionnaires qui, travaillant dans des ministères ou des administrations qui, aujourd'hui, font tous du social, profitent indirectement de ce système. Les nombreux organismes administratifs et para-administratifs qui sont régulièrement créés (observatoires, hauts comités, commissions…) tant au plan national qu'au plan local ;

Enfin, le modèle social a créé un monde de privilèges. L'argent prélevé n'est pas reversé aux plus démunis, mais, au travers de subventions, il est redistribué à des organismes publics comme la RATP (2 milliards d'euros par an) ou la SNCF (10 milliards d'euros par an) et finance les retraites des fonctionnaires et des hauts fonctionnaires.

Les comparaisons avec les pays étrangers démontrent clairement que le modèle social français et la redistribution sont de véritables mythes.

Le grand mensonge français consiste à faire croire que pauvreté et inégalités sont plus importantes aux États-Unis qu'en France, ce qui est faux. Alors que la France prélève environ 46% du PIB, les États-Unis n'en prélèvent que 28% et distribuent bien plus que la France à ceux qui en ont besoin (environ 5% du PIB contre 2,8% pour la France), avec un coût d'intermédiation nettement moins élevé en l'absence de cette bureaucratie qui, au passage, profite de la redistribution. De même, la Grande-Bretagne, grand pays de l'ultralibéralisme, prélève nettement moins que la France et redistribue davantage.

Les réformes à l'étranger

Aux États-Unis, la réforme Welfare, qui a été transformée en Workfare, me paraît être la plus intéressante. Cette réforme que personne ne conteste, pas même la gauche américaine, a été mise en pratique en 1996 par le président démocrate Bill Clinton et a abouti à des résultats spectaculaires. Depuis 1996 et jusqu'à présent, les États-Unis connaissent une baisse du nombre d'allocataires des minima sociaux incontestable.

Cette réforme, copiée par d'autres pays comme la Grande-Bretagne, les pays nordiques, l'Espagne, l'Italie, la Nouvelle-Zélande, l'Australie, se résume en quelques mots : contrôle, évaluation, efficacité, incitation au travail. Le mot « social » est devenu « incitation au travail » pour toutes les personnes aptes à travailler.

En France, le social n'est pas seulement un mythe, il est une constante dans les discours des politiques ; la France sera sur la voie des réformes lorsque ce mot disparaîtra de leur vocabulaire.

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Cet article fait partie du colloque Existe-t-il encore un modèle social français ?

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