Budget et fiscalité

Le Monde • Contrats à terme sur la dette française : futur baromètre ?

14 mai 2012 • Simon Bouteloup

[(Texte publié sur le site du Monde le 11 mai 2012.)]

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L'Agence France Trésor a indiqué récemment une légère hausse pour le taux d'emprunt à 5 ans pour l'émission de dette française. Dans le même temps la sphère économico-financière a été surprise par le retour des contrats à terme sur la dette française émis sur le marché de l'Eurex. L'Eurex est la bourse de produits dérivés allemande. Un produit dérivé couvre le risque de variation de la valeur de l'obligation en cas de variation du taux d'intérêt. Le prix des obligations évoluant dans le sens contraire des taux d'intérêt, si un investisseur anticipe une hausse du taux obligataire à 10 ans, il achètera un produit dérivé pour se couvrir contre la baisse de son titre de dette. Au contraire, il gardera ses titres s'il anticipe une baisse du taux obligataire pour récupérer la plus-value et faire un gain en capital.

Certains crient haro sur l'Eurex, le marché de la dette française étant assez liquide. Il est vrai qu'avec 8 à 10 milliards d'euros de dette échangés chaque jour, la France est deuxième derrière l'Allemagne. Mais grâce aux contrats à terme, il y a la possibilité d'une relance du nombre de transactions sur l'Eurex et d'autre part un coût d'endettement moindre pour l'État français. Le risque de perte diminue, cela peut attirer de nouveaux investisseurs et faire baisser le taux d'émission des nouvelles obligations.

Mais la peur de la spéculation reste rampante et les partis politiques ont dénoncé l'hégémonie des marchés. Cependant, la stigmatisation de la spéculation est abusive. S'il prend des risques, il paraît rationnel que le spéculateur s'assure. Le contrat à terme devient un objet purement spéculatif lorsqu'il sert à miser sur la dette française. Une régulation s'impose lorsque le volume sur le marché des dérivés enfle comparé aux titres sous-jacents. A étudier les volumes de contrats futurs sur la dette française depuis son lancement, il n'y a pas de quoi paniquer.

Durant l'été 2011, c'est d'abord la crise des dettes souveraines qui engendra l'incertitude. Les marchés ont horreur du doute. Les "chocs d'incertitude" entraînent des "chocs de volatilité", propices à la spéculation et la défiance. Des comportements mimétiques d'achat et de vente et des mécanismes de convention s'installent. C'est là que les réformes sont un secours.

Les indices des marchés dérivés sont révélateurs de la confiance qu'ont les agents économiques dans le pays. Si l'État veut garder à travers ses obligations le statut de valeur refuge, les conditions de stabilité et de croissance économique françaises doivent être claires. Il est donc nécessaire de poursuivre les réformes en France avec la réduction du déficit et la purge de la dette. La tendance sur l'Eurex fonctionnera ainsi comme un baromètre de confiance. Concernant la France, les rendez-vous seront le jeudi à l'agence France Trésor pour son émission de nouvelle dette.