Arrêtons de clouer les banquiers au pilori

Obama surprend ses collaborateurs

02 avril 2009 • Bernard Zimmern

Lors de la préparation du discours traditionnel sur l'Etat de l'Union, fin février, son premier grand discours devant les deux chambres réunies, le président Barack Obama a surpris ses deux collaborateurs les plus proches, Jon Favreau l'écrivain de ses discours et David Axelrod son principal conseiller, en leur faisant modifier les passages critiquant les banquiers.

Il était en effet devenu de bon ton dans les milieux politiques de clouer au pilori les bonus, les parachutes dorés, les voyages en avions privés, etc... et de répondre ainsi à la colère populaire accusant les financiers d'être à l'origine de la crise frappant tout un chacun et continuant malgré tout de mener grande vie.

Mais dans le courrier reçu par la Maison Blanche, une lettre avait impressionné le Président, celle d'un petit fabricant de pontons et bateaux de pêche du Missouri obligé de licencier ses 120 employés plein temps et de les remplacer par 33 temps partiels faute de trouver les prêts bancaires nécessaires aux opérations courantes.

Barack Obama avait compris que la réussite de ses plans de relance ne pouvait pas se faire sans une coopération étroite avec les banquiers. Ceux-ci sont en effet au cœur du plan Geithner de liquidation des actifs douteux puisque ce plan repose sur un fonds public privé de 200 milliards, la moitié apportée par des investisseurs privés dont les banques, porté à 1.000 milliards par les garanties complémentaires offertes par l'Etat via le Trésor, la Fed, la FDIC (qui assure les emprunts des collectivités et les dépôts bancaires).

Dans son discours, Obama dit : "Je sais combien il est impopulaire d'aider les banques maintenant, spécialement lorsque tout le monde souffre en partie à cause de leurs mauvaises décisions. Mais en période de crise, nous ne pouvons pas gouverner seulement sur la colère".

Ce changement d'attitude, rendu difficile par l'affaire des bonus d'AIG [1], est devenu une constante de la politique actuelle du nouveau président : ses équipes s'entourent de l'avis des banques, brainstorment avec eux,… et n'attaquent plus les bonus. [2]

Extrait du Wall Street Journal du 25 mars 2009 "Seeking help, White House tones down Wall Street Bashing".

[1] On découvrit en février 2009 que des millions de $ de bonus avaient été payés aux commerciaux de la grande société d'assurance d'AIG que le contribuable américain a dû renflouer déjà pour près de 200 millions.

[2] Qui sont le plus souvent le mode de rémunération lié à la performance

Commentaires

  • Par Bernard Zimmern • Posté le 03/04/2009 à 10:28 La haine n'a jamais été le bon guide vers des solutions. Ce que vous souhaitez comme nous, c'est que demain, vos enfants trouvent du travail en France et que les charges de nos entreprises diminuent au moins d'un tiers. C'est pourquoi nous nous battons depuis 15 ans pour multiplier les mesures qui nous permettent de créer les 7 millions d'emplois manquant en France qui abaisseraient vos charges de ce tiers. Critiquer les banquiers, très bien, mettre des garde-fous très bien; mais nous avons besoin d'eux comme on a besoin de vous, des plombiers ou des pharmaciens.
  • Par Mr. PADOT • Posté le 03/04/2009 à 10:28 Je suis trés surpris de votre défense systèmatique des banquiers et autres grands patrons !
    N'êtes-vous pas scandalisé par tous ces montants astronomiques pillés dans les caisses des banques et des entreprises, n'êtes-vous pas scandalisé de voir qu'en plus ils s'arrangent pour ne pas payer d'impôts en ouvrant des comptes dnas les paradis fiscaux ou en s'assurant des retraites faramineuses !
    Je suis commerçant, je vis avec à peine 2000€ par mois, les frais bancaires pris par ma banque sont exorbitants (notamment sur chaque règlement client fait par carte), j'ai pris des actions NATIXIS pour faire plaisir à mon banquier qui ne valent plus rien !
    Comment voulez-vous que je n'aie pas la haine de mon banquier qui considère que perdre 751 millions d'€ n'est qu'un incident ! Et de tous ces grands patrons, qui n'hésitent pas à utiliser leurs ouvriers comme servant uniquement à les engraisser !
    Ne voyez-vous pas la misère qui s'est installée partout ! jusqu'aux étudiants qui doivent se prostituer pour payer leurs études ou des travailleurs qui doivent faire les poubelles pour vivre ! Dans quel monde vivez-vous ? Y aurait-il des super hommes et des sous hommes dans notre société ?
    Regardez-vous demain matin dans la glace et mettez-vous dans votre tête que vous n'avez que 1800€ par mois pour vivre, et peut être changerez-vous d'avis ?
    Je ne suis pas révolutionnaire et j'ai toujours admis la société libérale. Mais trop c'est trop ! Ce n'est plus du libélarisme, mais du pillage de richesses au détriment de l'intérêt général par la faute de politiciens incapables d'assurer des équilibres dans cette société, dominés et rendus impuissants par le monde financier et économique et dont on imagine volontiers les raisons! Sortez de votre parisiannisme et allez voir la misère au lieu de défendre les indéfendables !
    Cordialement.
  • Par Michel • Posté le 03/04/2009 à 09:07 Trouvez-vous normal que le patron de la Société Générale, dont la compétence douteuse a couté 5 M€ à la banque qu'il dirigeait, se retrouve à la retaite avec ... 780.000€ par an ?