Agriculture et énergie

Sabotages chez EDF et ERDF, y aura-t-il des sanctions ?

26 mai 2009 • Philippe François

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Des dizaines de milliers de clients privés de gaz et d'électricité par le sabotage d'installations techniques. Le saccage des bureaux à l'Union des employeurs. Soixante-quatorze salariés arrêtés par la police. Le maintien du monopole d'EDF et GDF sur les réseaux de transport et distribution d'énergie pose un sérieux problème. Comment faire pour que de tels actes ne se reproduisent pas ?

Lafarge, 250 millions d'euros ; Microsoft, 899 millions ; Intel, 1 milliard. Si les Européens ont donné à la Commission Européenne le pouvoir d'infliger ces amendes considérables, c'est que les dégâts que produisent les cartels et les monopoles, sont aussi considérables.

Les surcoûts, la mauvaise qualité de service et l'absence d'innovation sont les problèmes les plus fréquents. Des salariés d'EDF réseau et de GDF réseau viennent d'en ajouter de pires à cette liste.

L'Etat a encore un rôle majeur dans le secteur de l'électricité et du gaz. Actionnaire d'EDF et de GDF Suez, il fixe le niveau des prix régulés de l'électricité et du gaz, il fixe le prix d'achat de l'électricité éolienne ou photo-voltaïque et décide de la construction des nouvelles centrales nucléaires. Une amorce de concurrence s'établit pourtant peu à peu sur ces marchés avec de nouveaux entrants (Poweo, Direct Energie, …). Surtout, les actionnaires privés d'EDF et GDF Suez (y compris salariés) veillent à la performance économique de leur entreprise. Et ceux de leurs salariés qui sont exposés à la concurrence ont pris conscience des avantages considérables dont ils bénéficient, et ont compris que les Français ne supporteraient plus des coupures brutales et longues comme celles qui avaient lieu au XXème siècle.

Les réseaux : coûteux et aux mains des monopoles

Malheureusement, il existe encore deux monopoles durs : les réseaux de transport d'électricité et de gaz, indispensables et très coûteux. Face à la complexité des centrales nucléaires et au coût du pétrole ou du gaz, il est difficile d'imaginer que le transport de l'électricité compte pour près de la moitié du prix du kwh payé par le client final. C'est pourtant le cas.

Comment contrôler les monopoles d'EDF et GDF ?

La solution logique serait d'échanger le droit de grève contre le droit au monopole dans des organismes qui fournissent un service essentiel. C'est la cas dans les prisons, les hôpitaux ou à l'imprimerie du Journal Officiel. Pourquoi pas à EDF-réseau et GDF-réseau ?

En attendant, à défaut de concurrence interne, il faut simuler la concurrence en comparant, entre la France et des pays étrangers, le coût des réseaux et le statut des personnels (salaires, retraites, temps de travail, formation …).

La réforme de Bercy n'est devenue inévitable qu'après la publication du rapport constatant que la collecte des impôts en France coûtait beaucoup plus cher (jusqu'à deux fois) qu'à l'étranger. On attend la publication d'un rapport similaire sur les réseaux de transport d'énergie. Les monopoles doivent être surveillés de très près, surtout quand il s'agit de monopoles d'Etat.

Cet outil est dans les mains des salariés d'EDF-réseau et GDF-réseau dont les statuts sont identiques à ceux de leurs collègues des entités EDF et GDF Suez en situation de concurrence. Leurs emplois et leurs salaires sont garantis. Leur situation n'a rien à voir avec celle qui provoque le désespoir des salariés des entreprises qui, comme Continental, ferment. Leurs demandes consistaient en une prime de 1500 €, et une augmentation de salaire de 5%, demandes assez substantielles dans cette période de crise, quand l'inflation est à 0% et dans une entreprise où la croissance est durablement très faible. Leurs sabotages qui privent d'énergie des dizaines de milliers de clients à chaque fois sont inexcusables.

Chez EDF, nul ne veut commenter les coupures de courant. Seule la filiale ERDF (Electricité Réseau Distribution France) est censée communiquer sur le sujet. Selon nos informations, les salariés qui ont participé activement aux coupures de courant, à condition d'être identifiés, sont éventuellement convoqués pour un « entretien préalable à la sanction » avec leur manager. Aucune sanction claire ne semble devoir s'appliquer pour « sabotage » mais ces entretiens peuvent mener, au cas par cas, jusqu'au licenciement. Si l'on suit le code du travail, le sabotage relève de la « faute lourde », supérieure à la faute grave, et de l'intention de nuire.

Toute faute lourde justifie le licenciement sans aucune indemnité (ni préavis, ni indemnité de licenciement, ni même de congés payés). Pour une entreprise publique de la taille et de l'importance d'ERDF, qui, pour nous, « exploite, entretient et développe le réseau public de distribution d'électricité », il est étonnant qu'aucune sanction claire ne soit envisagée dans le cas présent et qu'aucun communiqué officiel ne condamne ces atteintes au service public de distribution d'électricité. On peut craindre que les saboteurs ne soient jamais sanctionnés.

Commentaires

  • Par Philippe François • Posté le 27/05/2009 à 22:20 En 2008, EDF a versé 2,3 Mds € de dividendes et 10,5 Mds € de salaires. Il est indispensable que les entreprises rémunèrent les capitaux que les actionnaires leur ont confiés. L'action EDF a baissé très fortement en 2008. L'emprunt qu'EDF va émettre sera d'ailleurs rémunéré à 4,5% environ. La majorité de ces dividendes est partie dans les caisses de l'Etat et il est naturel qu'une très grande entreprise comme EDF contribue (comme Total, Aventis ou AXA) par ses impôts sur les sociétés et ses dividendes à construire des écoles ou payer des fonctionnaires.

    Pour l'augmentation de 0,3 %, j'imagine que vous parlez de l'augmentation générale pour tous les salariés. S'y ajoute, comme dans la fonction publique, des promotions et augmentations à l'ancienneté qui se montent en général à environ 2%. En 2009, l'inflation est annoncée à 0,4 %. Au pire les salariés d'EDF perdront 0,1% de pouvoir d'achat. En pratique, leur pouvoir d'achat augmentera de 1,5 à 2%.

    Cette même année, la richesse produite en France baissera 3% et 600.000 chômeurs de plus seront comptabilisés.

    A EDF même, les ventes qui stagnent en France en volume et en euros depuis des années vont baisser cette année de plusieurs points.

    L'iFRAP estime que la croissance des entreprises, donc des richesses produites donc des salaires est très insuffisante en France depuis des décennies, faute d'une politique économique adaptée.

    Mais les Français qui ont de tout autres problèmes ne comprennent pas comment une baisse éventuelle de 0,1% des revenus des salariés d'ErDF, assurés de conserver un emploi, justifie des sabotages et des saccages. Quel est le véritable problème à ErDF ?
  • Par mouss • Posté le 27/05/2009 à 22:20 Les revendications des salariés sont légitimes car l'argent circule . Alors qu'edf et gdfsuez ont reversé près de 7 milliards d'euros aux actionnaires ils nous proposaient 0,3% d'augmentation.
  • Par Philippe François • Posté le 27/05/2009 à 20:53 Politique d'externalisation.

    Merci d'attirer l'attention sur une des causes du conflit, la véritable sans doute, les autres étant difficilement compréhesibles.

    Cette externalisation est inévitable et était prévisible vu les charges sociales qui pèsent sur les salaires des employés d'EDF/GDF et des IEG en général. En chiffres ronds:

    - si un salarié du privé payé 2000 € coûte 3000 € à son employeur avec les charges patronales

    - un salarié d'EDF payé 2000 €, coûte plus de 4.000 € à son employeur avec les charges patronales, notamment celles destinées à financer les avantages retraites
    Quand les syndicats ont obtenus que tous les salariés des entreprises d'électrité et gaz soient au statut IEG, même ceux des nouveaux entrants ou qui sont chargés du marketing, ils ont cru à une victoire au dépens des consommateurs. Le retour de flamme, c'est qu'avec un tel écart de charges, une externalisation massive était inévitable.
  • Par Alex • Posté le 27/05/2009 à 20:53 Il est vrai, que ce n'est pas normal d'arriver à des actions de coupure de courant ou de gaz mais on peut comprendre que lorsque les agents sont face à des patrons qui refusent tout dialogue, pour certaines personnes le seul moyen déclencheur peut être la coupure qui a fait parler de l'entreprise dans les média même si ce n'est pas à l'avantage des agents. Il ne faut pas oublier un des points essentiels de début de conflit est l'arrêt de la politique d'externalisation des métiers, la fermeture de sites dont des agences d'exploitations rurales dans les Landes qui ont malhereusement subi la tempête cet hiver et que bon nombre d'entre nous sommes allés renforcer pour rétablir les clients dans les plus brefs délais possibles.

    On nous dit que l'énergie est un bien de première nécessité pour tous, qui va s'occuper des clients démunis lorsque vous aurez une concurence totale avec les compteurs intelligents qui permettront de couper les clients à distance sans aucune relation avec le client qui permetter d'amorcer un contact et qui pouvait déceler une difficulté chez le client nous faisant attribuer des facilité de paiement.

    Sachez qu'en 10 ans d'ancienneté j'ai du muter 3 fois sur des fermeture de sites, changer de métier et occuper à l'heure actuelle un emploi ou l'on me demande une grande polyvalence sur le réseau compteur client particulier jusqu'au poste source avec tous les risques que cela implique sur ma sécurité, celle des personnes qui travaillent avec moi, les clients et le matériel. Sachez que les nantis en BLEUE de chez ERDF et GRDF prennent beaucoup plus de responsabilités pénales tous les jours que leur encadrement et leur dirigeants.

    Il ne faut surtout pas oublier qu'avec l'électricité comme le gaz on ne peut pas jouer avec la politique d'entretien, et de développement en une assemblée d'actionnaires car elle se prépare plusieurs années à l'avance. Il ne faut pas réfléchir une fois le réseau à terre et là nos politiques sont parfois à l'ouest.

    Gardez bien à l'esprit qu'un jour vous serez peut être obligé de vous rationner chez vous la lumière car les requins qui vous vendeons l'énergie vous pomperons tellement votre prote-monnaie que vous n'aurez plus le choix.

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