Agriculture et énergie

Réseau de transport de l’électricité

RTE : un modèle de transparence des données

28 février 2017 • Philippe François

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Dans le domaine de l’énergie, les crises pétrolières ont pendant longtemps été les seuls évènements capables d’intéresser les responsables et le grand public. Une situation bouleversée par la question du changement climatique, et par les débats sur le nucléaire, les énergies fossiles et les nouvelles énergies renouvelables. Dans ce contexte, l’accès des citoyens à des données fiables sur le système énergétique est devenu essentiel.

En ce qui concerne l’électricité, RTE, monopole public et filiale du principal producteur (EDF), publie désormais sur son site opendata-RTE des informations détaillées sur les quantités d’électricité produites, identifiées par type de centrale (ex. éolien, nucléaire, solaire, thermique…), et sur les quantités consommées. Des chiffres clefs pour les entreprises productrices d’électricité et les responsables politiques, mais aussi pour que chacun puisse se faire une idée sur la stratégie énergétique de la France. Vu l’importance de ces données, il est essentiel que leur qualité ne soit pas compromise par des interventions soit politiques soit d’EDF, l’entreprise mère de RTE.   

Des données très sensibles

Les informations publiées par RTE sont techniquement importantes et politiquement très sensibles. Pour 2016, par exemple, la forte augmentation de la production du thermique fossile (+33,4%) est contradictoire avec le plan français de transition énergétique. Elle s’explique par l’arrêt de plusieurs centrales nucléaires pour rénovation ou inspection, et par la politique gouvernementale favorisant curieusement le chauffage au gaz aux dépens du chauffage électrique. Quant aux faibles chiffres de production éolienne et solaire, ils rappellent la réalité et l’écart entre puissance installée et production effective de ces énergies intermittentes. 

Production d’électricité en France 2016

France

TWh

Evolution
2016/2015

Part du parc installé

Part de la production

Production nette

531,3

-2,8%

100,0%

100,0%

Nucléaire

384

-7,9%

48,3%

72,3%

Thermique fossile

45,9

+33,4%

16,7%

8,6%

dont charbon

7,3

-15,4%

2,3%

1,4%

dont fioul

3,3

-13,1%

5,5%

0,6%

dont gaz

35,3

+60,8%

9,0%

6,6%

Hydraulique

63,9

+8,2%

19,5%

12,0%

Eolien

20,7

-1,8%

8,9%

3,9%

Solaire

8,3

+11,3%

5,2%

1,6%

Bioénergies

8,5

+6,3%

1,5%

1,6%

 

Plus fondamentalement, les données de RTE fournissent des éléments de réponse à des questions qui font débat, et qui conditionnent des choix en dizaines de milliards par an pour la France. Par exemple :

  • Évolution de la consommation d’électricité en France ;
  • Adéquation des productions intermittentes aux besoins ;
  • Contribution du nucléaire à nos exportations ; 
  • Coût d’adaptation du réseau aux nouvelles énergies.

L’iFRAP s’est particulièrement intéressée aux deux premières questions qui conditionnent l’ensemble de la politique énergétique de notre pays.

Consommation d’électricité

Pour atteindre les objectifs de la loi de transition énergétique, la consommation finale d’énergie devrait baisser de 2% par an. Les données 2016 publiées par RTE en février 2017 montrent qu’en ce qui concerne l’électricité, la consommation corrigée des variations climatiques est passée de 475.534 TWh en 2015 à 473.282 en 2016, soit une baisse de 0,4% qui nous ramène au niveau de 2014 après une augmentation identique  (0,4%)  en 2015.

 Source : RTE opendata

Alors que la croissance du PIB n’a été que de 1,1%, et malgré des efforts d’économies considérables (logement, transport, tertiaire, industrie...), la consommation reste stable. Comme RTE le formule avec une grande prudence:
« La stabilisation observée s’inscrit dans une dynamique plus globale de ralentissement de la croissance de la demande. ».
L’année dernière, la formulation officielle était aussi subtile:
« L’influence grandissante de l’efficacité énergétique conduit pour la première fois à esquisser des perspectives de réduction de la consommation électrique d’ici cinq ans. »
Concrètement, il est de plus en plus vraisemblable que la consommation augmentera dès que le PIB Français croîtra enfin, comme nécessaire pour notre pays. 

Une tendance à l’augmentation de la consommation d’énergie générale en Europe comme l’indique Les Echos[1] :

  

Adéquation des productions intermittentes aux besoins

En plus de fournir les niveaux de production par source d’énergie, les données RTE permettent de savoir si l’électricité est disponible quand les consommateurs en ont besoin. Les prix spot de l’électricité varient beaucoup au cours d’une année et d’une journée. Pour le 14 novembre 2016 par exemple, ils variaient en France de 38 à 829 euros le MWh, le pic étant atteint vers 18 heures comme le montre le graphique publié par RTE sous le titre « Détail des prix horaires européens lors des principaux pics de prix en France ». Une heure où la production solaire était nulle. Sur le second site de RTE, eco2mix, les données de consommation et de production par filière sont disponibles en temps réel, ce qui permet de réaliser la grande variabilité de certaines sources : aujourd’hui, 24 février 2017 par exemple, la production éolienne a été divisée par quatre entre une  heure du matin et midi.  

Données : une situation a priori inquiétante     

Le réseau de transport haute tension français géré par RTE constitue un monopole naturel incontestable. Après avoir été un service intégré d’EDF, RTE est devenu une filiale d’EDF à 100% en 2005. En 2017 la Caisse des dépôts en a acheté 50% pour soulager le bilan d’EDF. Une opération purement cosmétique, l’État restant à 100% propriétaire de cet organisme. La dépendance de RTE vis-à-vis d’EDF n’est satisfaisante ni pour ses concurrents ni pour les utilisateurs des données qu’elle publie. Prudence donc.

Données : une nomination a priori inquiétante

La gestion du réseau de transport de l’électricité étant un métier très pointu, la nomination à sa tête, en 2016, de François Brottes, député socialiste sans compétence technique dans ce secteur avait surpris et choqué. D’autant plus que le président du conseil de surveillance de RTE, Didier Mathus, est aussi un ancien député socialiste. François Brottes  ayant été le rapporteur de la loi sur la transition énergétique, il est légitime de redouter que les données dérangeantes actuellement publiées par RTE ne soient progressivement dissimulées ou modifiées pour les rendre conformes aux objectifs de la loi. Vigilance donc.  

Conclusion

Alors que d’autres entreprises publiques (ex. SNCF) ne publient que très peu de données permettant aux citoyens de juger de l’activité de l’entreprise, l’ensemble des données disponibles sur le site de RTE est considérable et accessible.

RTE transportant l’électricité qui lui est confiée et assurant l’équilibre du réseau, n’a pas accès et ne publie donc pas de données sur le rapport utilité/coût des différentes méthodes de production d’électricité[2]. Un paramètre essentiel mais pour lequel il règne un grand flou avec les obligations d’achat, les prix imposés et les subventions. Seul un véritable marché de l’électricité permettra à la Commission de régulation de l’énergie (CRE) de publier des données sur ce sujet aussi claires et fiables que RTE le fait dans son domaine.  

 

 

 

[1] Cette augmentation de la consommation d’énergie ne signifie pas que les émissions de CO2 ne sont pas en baisse.  

[2] RTE publie seulement, par pays européen, par jour et par heure, les prix de l’électricité sur le marché « spot » qui  représente une faible partie des échanges d’électricité. 

 

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