Agriculture et énergie

Nucléaire : la France manque d'électricité

08 janvier 2010 • Guillaume Varnier

arton11464.jpg

La France importe en ce moment des quantités considérables d'électricité pour subvenir à ses besoins : l'équivalent de ce que produisent 5 réacteurs nucléaires. Le réseau est menacé de rupture, et comme le souligne RTE, il s'agit d'une situation inédite depuis l'hiver 1982-83, soit il y a 27 ans. Doté du plus important parc électronucléaire du monde après les Etats-Unis, notre pays est d'ordinaire classé par les spécialistes parmi les pays exportateurs d'électricité. Alors, comment en est-on arrivé là ?

Une composante conjoncturelle

La filière nucléaire en France, c'est 58 réacteurs répartis sur 19 sites pour une puissance installée de 63 gigawatts. Selon le ministère de l'industrie, la construction de ce parc a coûté 77 milliards d'euros à la puissance publique. Il produisait en 2008 plus de 80% de l'électricité consommée en France, le reste provenant des barrages hydroélectriques (12%) et, dans une moindre mesure, des combustibles fossiles (7%) et des énergies renouvelables (0,2%).

Or, depuis début novembre, 18 réacteurs sont à l'arrêt, soit près d'un sur trois. Opérations de maintenance, réparations diverses ou rechargement en combustible ont été retardés de plusieurs mois par un important mouvement de grève chez EDF au printemps dernier. Au contraire, les syndicats mettent en cause le manque de maintenance et le recours croissant à la sous-traitance pour expliquer la multiplication des incidents dans les centrales d'EDF. RTE ne précise pas à qui est imputable le déficit de production actuel mais reconnaît que d'ordinaire, les arrêts sont programmés en été de manière à disposer du maximum de puissance en hiver.

Une composante structurelle

Habituellement excédentaire en électricité, la France a de plus en plus de mal à satisfaire ses besoins en hiver. Le développement du chauffage électrique rend la consommation très sensible au froid, et le scénario le plus fréquent est désormais celui-ci : la France importe de l'électricité pendant les heures de pointe, par exemple le soir en hiver, et en exporte le reste du temps. Une situation peu satisfaisante puisque le prix de l'électricité pendant ces pointes hivernales est régulièrement de 3 à 6 fois plus élevé que le reste de l'année. En effet, l'électricité ne se stocke pas en grandes quantités, par conséquent la production doit en permanence s'ajuster à la demande. Nous savons aujourd'hui qu'une baisse de température d'un degré provoque une surconsommation de 2 100 MWh, l'équivalent de la puissance moyenne nécessaire à une ville comme Paris. En Janvier 2009, 34 000 MW ont été appelés par le chauffage électrique en France, l'équivalent de la moitié du parc nucléaire ! Le réseau est donc de plus en plus sous tension, et la situation est exacerbée cette année car le nombre de réacteurs à l'arrêt est anormalement élevé. Les pays qui nous fournissent en période de pointe (principalement Allemagne et Royaume-uni) produisent essentiellement leur électricité dans des centrales thermiques à partir de combustibles fossiles.

La Bretagne et la région PACA sont quant à elles menacées car elles sont considérées comme des « péninsules électriques » : elles disposent de peu de centrales localement, et sont insuffisamment alimentées par les lignes haute tension.

Le problème pourrait se poser à nouveau les hivers prochains, prévient RTE. La consommation devrait continuer de progresser et en 2015, la situation pourrait s'avérer critique. A cette date, le nombre de centrales thermiques au charbon ou au fioul commencera à diminuer en Europe pour des raisons environnementales, et la France ne pourra alors plus compter sur ses voisins.

On constate une fois de plus l'inconvénient qu'il y a à dépendre d'un monopole. Dans un pays comme l'Allemagne où plusieurs entreprises sont en concurrence depuis des décennies, les défaillances des uns dues à des grèves, des problèmes techniques ou des sous-investissements sont compensées par les autres. En France, il faudra attendre au moins 10 ans pour que les nouveaux entrants disposent de capacité suffisante pour résoudre ce problème.



Source : données RTE (Unité : MW)


Solde Importations/Exportations le 7 janvier depuis 2003

Sources : données RTE et calculs iFRAP (Unité : MW)

Commentaires

  • Par billybob • Posté le 27/01/2010 à 16:17 1. Nous n'avons pas construit le parc le plus grand du mone. Le Américains ont 2 fois plus de réacteurs

    Le japon en a 55 (nous 58).

    La standardisation et l'action de l'état n'ont rien à vori là dedans cf. le des US
    2. Il n'y a pas eu de sous investissement en manière énergétique. En 96 -98 nous avons mis en service l'équivalent de 3,5 EPR (4 réacteurs de 1400 MW à Chooz et Civaux)

    Le manque d'électiricté récent est du au manque de productivité d'EDF.
  • Par Jean-Michel • Posté le 11/01/2010 à 14:11 EDF utilise donc plus de la moitié des centrales nucléaires pour du chauffage électrique : Produire de l'électricité à partir d'énergie thermique (nucléaire) avec un rendement de 30% (cycle de carnat en production nucléaire 38% +transport 93%) pour la transformer finalement en chaleur, c’est un non sens énergétique…..
    Il vaudrait mieux augmenter la production locale de chaleur en transportant le combustible (gaz) ou en utilisant le combustible local (bois ou solaire) : les rendements sont de l'ordre de 70 à 100%. Et ainsi libérer de l’énergie électrique pour d’autres utilisations et donc limiter la quantité de centrales nucléaires, de lignes électriques et de risques de black out.
    EDF est pris par son propre piège : rendre le nucléaire incontournable.
  • Par Jacques Peter • Posté le 10/01/2010 à 16:02 Je pense que nous payons le sous investissement en énergie électrique constaté depuis de nombreuses années. Après le gros effort nucléaire, tout s'est arrêté. Il me semble urgent de construire rapidement de nouvelles centrales (au charbon pour ne pas dépendre du pétrole, et aussi nucléaires) pour faire face aux besoins et redevenir exportateurs.
  • Par LYONNET • Posté le 09/01/2010 à 10:53 Je trouve très préoccupant que le nucléaire, présenté comme un des fleurons de notre activité économique, offre tant d'aspects

    négatifs.

    - Des grèves compromettent la production. Et un jour, la sécurité ?

    - Après tant de cocoricos , le monde connaît nos difficultés et techniques et financières sur le sujet (cf; la Finlande) sans parler de notre échec cuisant au Moyen-Orient où nous sommes battus par la Corée du Sud

Fermer

Newsletter

Inscrivez-vous à la lettre d'information hebdomadaire de la Fondation iFRAP.

Recevez chaque semaine notre lettre d'information pour vous tenir au courant de l'activité et des travaux de la Fondation iFRAP.