Agriculture et énergie

Météo France dans la tempête

31 janvier 2006 • Léa Cannet

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Météo France sous le feu de toutes les critiques

Celles de l'Etat d'abord avec un rapport de la Cour des comptes de mars dernier qui épingle la gestion catastrophique de l'entreprise publique, ses irrégularités dans la tenue des comptes, ses coûts exorbitants, son organisation sur 3 sites (Paris, Trappes, et Toulouse), ses effectifs en surnuméraire (pas moins de 3 739 salariés). Comme sanction symbolique, son PDG Jean-Pierre Beysson, énarque, a été recasé dans un « machin » interministériel sur l'offre de logements et on l'a remplacé par un autre énarque, Jean-Etienne Bisch, pour qui la direction de Météo France sera la première expérience en entreprise. L'homme a en effet construit toute sa carrière dans les cabinets et les préfectures.

Ensuite celles des usagers institutionnels de Météo France. Prenons l'exemple de la presse. L'ouverture à la concurrence a permis à une petite société suisse, MétéoNews de se faire des nouveaux clients sur le sol français. Et pas des moindres : TV5, Sud Ouest, et dernièrement Le Monde. MétéoNews est aussi très présente sur Internet sur les sites du Nouvel Observateur, du Guide du Routard, de l'internaute, de Club Internet et même sur le site du ministère des Affaires étrangères. L'entreprise serait en pourparlers avec de nouveaux partenaires. Alors que Météo France se contentait d'envoyer un fax aux rédactions avec les températures du lendemain, Météo News leur établit une maquette qui correspond aux demandes des lecteurs des journaux. Ce dispositif permet notamment au Monde d'économiser le salaire d'un maquettiste. MétéoNews est en pleine expansion avec seulement 20 salariés, un chiffre d'affaires d'environ 2 millions d'euros en fin 2005 et tous les grands quotidiens suisses comme clients. D'autres organismes de presse sont aussi partis à la concurrence : par exemple, BFM chez Météo Consult.

Enfin celles du tout un chacun. Non seulement les prévisions sont loin d'être satisfaisantes (cf. un article de l'iFRAP de décembre 2003 qui dénonçait les alertes erronées que lançait l'entreprise publique) mais les services proposés ne répondent plus à la demande actuelle. Comme le souligne Frédéric Glassey, responsable des activités francophones de MétéoNews, Météo France fait la "météo de grand-père". Les gens veulent un service personnalisé et de proximité. Les services de MétéoNews sont plus axés sur le côté pratique de la science météorologique. Par exemple, indiquer au client si les températures seront agréables même s'il pleut ou à contrario si le vent glacial ne fera pas descendre la température de quelques degrés supplémentaires. Selon MétéoNews, les gens seraient plus intéressés par ce genre de services que par l'éphéméride ou l'horaire des marées (surtout si l'on n'habite pas près de la mer).

Météo France a tenté de résoudre ces problèmes. Elle a mis au point un site de services personnalisés en juin 2004 comme le font Météo Consult et la chaîne Météo. Cette tentative s'est soldée par un échec. En effet, comment expliquer aux consommateurs la facturation d'un service (0,56 euro pour une prévision météorologique entre 24 heures et 4 jours) alors que Météo France est une entreprise publique ? Elle est en effet financée à 55 % par l'Etat et son budget prévisionnel pour l'année 2005 s'élève à 315,5 millions d'euros.

A-t-on besoin de Météo France ?

3 739 personnes travaillent à Météo France avec environ 2 804 agents qui composent les corps techniques (ingénieurs de la météorologie, ingénieurs des travaux de la météorologie, techniciens supérieurs de la météorologie) et 935 agents et ouvriers de l'Etat en 2003. A titre de comparaison, le MetOffice anglais employait seulement 1822 personnes la même année, soit moitié moins. Pourquoi près de 1000 administratifs ? L'organisation extrêmement complexe de Météo France nécessiterait cette abondance de fonctionnaires. Il faut pouvoir gérer ces 3 sites et toutes ces directions (directions interrégionales Ile-de-France, Nord, Centre-Est, Antilles-Guyane, de la Réunion, de la Polynésie Française, du Sud Ouest, de l'Ouest… de la Production, des systèmes d'information, des systèmes d'observation, du Centre National de la Recherche en météorologie, du centre national de la Recherche scientifique etc.) Les salaires de ces effectifs représentent 64 % du budget de Météo France. En 2005, les charges du personnel s'élevaient à 206 millions d'euros. Ces dépenses ne sont même pas couvertes par les subventions étatiques (hors redevance aéronautique) qui pourtant se chiffrent à pas moins de 188 millions d'euros. En tout et pour tout, seulement environ 1/7 du budget de Météo France est couvert par ses activités commerciales, le reste l'étant par les redevances aéronautiques et les subventions étatiques.

Il est donc absolument nécessaire que Météo France puisse développer ses activités commerciales. En effet, sa situation s'aggrave. Pour la première fois son compte de résultat sera négatif (-6 millions d'euros) en 2005.

Mais il lui sera difficile de faire du commercial en restant publique car les consommateurs sont réticents à payer un service qu'ils considèrent comme gratuit. Soit elle se privatise et, comme ses concurrents, fait payer ses services à ceux qui le souhaitent (sachant déjà que la presse, la DDE, le BTP, les agriculteurs, le secteur touristique, les grandes entreprises, la payent déjà). Soit elle se réforme, fait un régime, et se spécialise dans un secteur d'intérêt supérieur qui nécessite un contrôle de l'Etat. Car pour le moment, à vouloir tout faire, des prévisions, de la recherche, du commercial, de l'informatique, de la climatologie, Météo France fait tout mal et son budget prévisionnel pour 2005 le prouve assez bien.

Commentaires

  • Par JPB • Posté le 14/01/2009 à 01:06 Comme conséquence de sa gestion cataclysmique, le site de Météo France présente essentiellement de la publicité avec animations (ce qui est très gênant) et la carte de France en est réduite à la portion congrue. D'ici peu elle aura la taille d'un confetti....
    Où est le service public ?
    Par ailleurs, je dispose d'un logiciel qui bloque la publicité, mais je ne puis plus accéder à la météo. Est-ce là un service public de qualité, accessible à tous les citoyens ? Conséquence: je ne vais plus jamais sur ce site.
  • Par HP • Posté le 07/01/2009 à 14:35 Fin octobre 2008, une grève nationale de 15 jours a eu lieu à Météo-France. Cette grève a été décidée à la suite d'un projet de la Direction de l'établissement qui prévoit la fermeture de nombreux centres locaux, appelés CDM ainsi qu'une baisse des effectifs de 500 agents en 3 ans (sur 3800). Lors de cette grève, le site principal, à Toulouse, a été totalement bloqué par les syndicalistes et les grévistes. Au retour du conflit, la Direction a envoyé un courrier a chacun pour recenser les grévistes et leur décompter les jours non travaillés. Et que se passa-t-il? Tout bêtement, la saisie n'étant que déclarative, de nombreux grévistes ont dit n'avoir pas fait grève, sauf un jour, le premier, lorsque le site n'était pas encore bloqué et qu'il a bien fallu pointer. Ainsi, aujourd'hui, les grévistes n'ont rien subi de leur action de grève. Autant en profiter ! Etant agent de Toulouse, mais non gréviste, je suis aujourd'hui très amer car moi, j'ai tenté de travailler pendant ce blocage (travail à distance, avec difficulté). C'est écoeurant.

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