Société civile

Agriculture et énergie

Les agriculteurs français sont des entrepreneurs

N° 106 • 21 octobre 2010 • Philippe François

1962-1964 : première loi d'orientation agricole. 1980 : seconde loi d'orientation agricole. Ensuite, la cadence s'accélère : 1999, 2005 et, en 2010, la loi de modernisation de l'agriculture. Ballottée dans toutes ces directions, il n'est pas étonnant que l'agriculture française soit désorientée.

Les crises à répétition avaient révélé le mécontentement et même le désespoir de nombreux agriculteurs, malgré ou à cause des 25 milliards d'euros de subventions qu'ils reçoivent chaque année. En dépit de ces avertissements, il aura fallu que l'Allemagne devance la France comme premier exportateur européen de produits agricoles pour démontrer qu'en Europe, en 2010, chez ce voisin économiquement et socialement très avancé, il est possible de faire mieux que dans notre pays.

Les explications sont certainement multiples, mais la différence la plus frappante entre la France et les autres pays est l'omniprésence de multiples administrations dans la gestion de l'agriculture française. Et loin de fixer une stratégie claire et à long terme, les centaines d'articles de la loi de 2010, comme ceux des trois lois précédentes, tentent de colmater des problèmes ponctuels urgents (exemple : la crise du lait français en 2010) et de satisfaire des demandes catégorielles (exemple : augmenter la subvention de l'État à l'assurance récolte). À quand la loi de libération dont les agriculteurs français ont besoin ?

Commentaires

  • Par Drémont • Posté le 06/01/2011 à 12:28 La réaction de gragrogru le 23/10/10 mettant "la ferme" au même plan que le travail d'ouvrier ("leurs enfants n'hésitent pas à reprendre la ferme plutôt que d'aller à l'usine") est aussi TRES révélatrice d'un des maux de l'agriculture: les français, et donc leur administration, prennent encore les agriculteurs pour des crétins. L'administration se prend donc naturellement pour le patron de ces petits ouvriers de la terre à qui il faut tout dire. Et pourtant, c'est vous qui avez raison, les agricultuers sont bien des entrepreneurs (qui doivent se battre contre maman poule!)

    Merci pour votre article - en tant qu'éleveur, je crois qu'il cerne parfaitement les problèmes de l'agriculture.
  • Par Phaléne • Posté le 18/12/2010 à 17:23 Si je lis bien votre dossier,l'ADASEA paye 3 à 5000 euros celui qui accepte de lui présenter un dossier de transfert d'une exploitation; cela ressemble fort à du clientellisme; à moins que cette bureaucratie ne compense ainsi son inaction?
    Mais aussi, voila une organisation où des fonctionnaires travaillent sous les ordres de représentants syndiceaux (ce ne doit pas être l'inverse ?), et nos ministres trouvent cela normal et sain! Ce pays n'est pas gouverné.
  • Par Philippe François • Posté le 19/11/2010 à 02:23 Fixer le prix du lait ne changerait rien puisque les industriels vont l'acheter à l'étranger et notamment en Allemagne où il coûte moins cher. J'imagine que votre solution est d'interdire les importations. Mais on entre alors dans un aure monde, celui du protectionisme et de l'isolement de chaque pays aux dépens des consommateurs. Cela conduit à la stagnation.

    Notre position est qu'il faut comprendre pouquoi nos agriculteurs sont plus en crise que ceux des pays étrangers (après le lait c'est le boeuf ce mois-ci) de façon à trouver des solutions. Dans notre dossier, nous pensons avoir montré que nos agriculteurs sont victimes de la bureaucratie étatique qui les étouffe et nous proposons donc des solutions. Je n'ai pas vu dans votre message quelle est d'après vous la cause de leurs problèmes, et sans cause identifiée, comme il est impossible de trouver des solutions, on saute à des fausses solutions comme fixer le prix du lait de façon autoritaire.
  • Par sf.Fairacci éleveur d'ânes à Bonifacio • Posté le 19/11/2010 à 02:23 Décidément vous manquez d’esprit d’analyse et vous faites vos conclusions avant de conduire votre raisonnement. Exemple la crise des producteurs de lait. Vous n’analysez pas comment s’est construite la crise des producteurs de lait français mais vous concluez c’est à cause des multiples administrations, des centaines d’articles de lois…etc…

    Si vous aviez fait un tant soit peut d’analyse vous auriez découvert que la crise du lait vient de la dérèglementation du prix du lait qui permet aux industries laitières de spéculer sur le marché du lait et donc de faire pression sur les producteurs de lait. Un signe de cet état de fait c’est que tous les producteurs de laits qui ont en, plus de leur exploitation, un travail dans une « coopérative » laitière étaient opposés au mouvement de protestation et de revendication des petits producteurs de lait. J’en ai même entendu un à la TV qui déclarait que le prix du lait à 0,35 cents le litre était satisfaisant alors que le coût de revient à la ferme était de 0,40 cents.

    Ainsi les producteurs de lait, qui ne voulaient pas déplaire à la FNSEA qui ne les défendaient pas, ont créé une association et non un syndicat, pour se défendre. Cette association adhère à une fédération européenne. Ainsi les producteurs français ont pu être soutenus par les producteurs allemands quoi que vous en disiez.

    À quand la loi de libération dont les agriculteurs français ont besoin ? dites-vous !

    Et bien je suis heureux de vous annoncer que les agriculteurs français n’ont rien à faire de votre loi de libéralisation. Au contraire ils demandent une réglementation du prix du lait, comme avant !!!
  • Par Philippe François • Posté le 23/10/2010 à 18:32 C'est pour traiter en partie ce point que nous avons mis un encadré page 18 intitulé "Les deux façons de compter les revenus des agriculteurs". Mais vous avez raison, comme dans le cas des primes des fonctionnaires, ceux qui n'ont pas cotisé sur toute une partie de leurs revenus ne peuvent pas se plaindre qu'ils ne soient pas pris en compte pour leur retraite.
  • Par des Ligneris • Posté le 23/10/2010 à 18:32 Votre dossier ne prend pas en compte le capital que reçoit l'agriculteur lorsqu'il part à la retraite (dont on dit qu'il vit chichement mais se trouve riche lorsqu'il part à la retraite), capital constitué en grande partie grâce aux aides apportées par la collectivité. Compléter la retraite MSA sur la seule base de la retraite par elle servie sans tenir compte de ce capital ne me parait pas équitable.
  • Par reiller • Posté le 23/10/2010 à 17:56 Votre dossier serait bien plus efficace s'il était accessible gratuitement sur votre site: on pourrait alors le faire lire à des non abonnés, il en vaut la peine, et ce serait pour l'ifrap une bonne pub.pas coûteuse.
  • Par gragrogru • Posté le 23/10/2010 à 11:43 après 42 années passé dans les organisations agricoles je sais de quoi je parle : et comme dans beaucoup de domaines chaque fois qu'il y a un problème ou une évolution de la société on crie au secours l'ETAT / on n'accepte pas l'évolution ou pour les autres et on préfère demander demander et demander encore des subventions, des aides exceptionnelles (qui restent) / qui est à l'origine de ces demandes : et OUI LA FNSEA

    comme pour les retraites surtout pas de réforme du système il est bien trop confortable : subventions (rare sont celles inférieures dans une exploitation moyenne à 20 000 € par an pour l'ELEVAGE - LES CEREALES -ce n'est pas le cas de toutes les productions)

    Ajouter les revenus extérieurs du tourisme - du non déclaré - des impositions dérisoires permettant bourses et autres avantages

    Je connais beaucoup d'agriculteurs (qui pleurent bien sur) mais dont les enfants n'ont pas hésité entre reprendre l'exploitation et l'usine ? ?

    Je reconnais volontiers qu'il ne faut mettre tout le monde dans le panier et que certains se battent pour survivre mais souvent on ne les entend pas

    Comme dans d'autres domaines on a multiplié le nombre des salariés dans les organisations professionnelles - pour les faire vivre il faut bien inventer de nouveaux critères - de nouveaux documents à remplir - Et que dire des échelons : commune - comunauté de communes - pays - territoires - et tout cela passe par le conseil général - par le conseil régional ET TOUT LE MONDE FAIT LA MEME CHOSE

    Pourquoi l'Allemagne nous dépasse ? il faudrait peut être revoir notre façon d'apprendre la vie - enseignez l'envie, la motivation, le dynamisme, le si je veux j'y arriverai

    (pour illustrer : j'ai travaillé de 18 à 60 ans (42ans et 3 mois) élevé 3 enfants en travaillant à temps plein avec moins de congés mat. pas d'arrêt maladie bidon - sans aides autre que les allocations familiales et avec un petit salaire d'ouvrier)

    il faut faire des choix - pourquoi n'entent-on jamais si l'on peut élever 1 ou 2 enfants par ces temps difficiles pourquoi en avoir 3 - 4 - 5 ou 6

    Un module en premier ou terminale : prendre ses responsabilités et assumer ses choix me semble plus nécessaire que jamais
  • Par Drémont • Posté le 22/10/2010 à 15:09 A propos de cette étude, il serait intéressant que vous nous détailliez la part des ces aides qui va effectivement aux agriculteurs, et celles qui alimente toute la chaîne de fonctionnaires en amont
  • Par Philippe François • Posté le 22/10/2010 à 02:13 Ce dossier traite un peu plus loin des trop nombreux agriculteurs ruinés et désespérés parce que les politiques et les syndicalistes les ont entraînés dans une voie sans issue, soit pour se faire élire, soit pour grossir les bataillons d'adhérents mécontents. Nous n'avons pas traité de la répartition des aides qui ne nous semble pas la cause du problème.