Agriculture et énergie

L'éolien en mer : trop cher, trop près des côtes, une décision précipitée ?

29 mars 2013 • Gérard Bouy

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Dans le cadre du grand appel d'offres sur l'éolien en mer lancé en janvier 2013 il est légitime d'exprimer une double inquiétude : le prix envisagé du MWh pourrait être 4 fois plus élevé que le prix moyen actuel de production électrique en France, ce qui serait forcément in fine payé par le consommateur et la proximité des côtes des futurs parcs fait qu'ils seront visibles du rivage ce qui aura un impact sur le paysage, la circulation maritime et la pêche.

Pourquoi l'éolien en mer est-il si cher ?

Les éoliennes sont installées en mer dans des profondeurs comprises entre 5 et 40 mètres, ce qui nécessite des fondations spécifiques coûteuses. Elles doivent résister à la corrosion, aux efforts créés par la mer et les courants sur la structure immergée et bien sûr, aux efforts du vent sur le mât et les pales et être capables de résister aux tempêtes. Le raccordement électrique nécessite la pose de câbles sous-marins jusqu'à la côte. Enfin la maintenance fait appel à des bateaux spécifiques et n'est réalisable que lorsque l'état de la mer le permet. Pour toutes ces raisons on estime que le coût d'une éolienne installée en mer est de 30 à 50% plus élevé que celui d'une éolienne terrestre.

Trop près des côtes pour ne pas être gênant ?

Les avantages de l'éolien en mer sont de bénéficier de vents plus réguliers ce qui devrait donner plus de permanence à la fourniture d'énergie et éloigner la source de nuisance sonore jusqu'à la rendre inaudible (à 500 mètres on est au niveau de bruit d'une conversation). Mais l'impact visuel d'une éolienne de 150 mètres est 300 fois supérieur à celui d'une éolienne de 50 mètres et ces éoliennes resteront visibles de la côte dès lors qu'on les installera à moins de 10 à 15 kilomètres du rivage pour bénéficier des faibles profondeurs. La proximité des côtes des parcs objets du nouvel appel d'offres aura un fort impact négatif sur le paysage, la circulation maritime et la pêche.

Une décision précipitée ?

Pour remédier à cet inconvénient des éoliennes installées en eaux peu profondes, une rupture technologique consistant à développer des éoliennes flottantes est en cours de développement. Cette solution offre un grand intérêt : suppression des fondations coûteuses, réalisation du chantier naval de l'assemblage des éoliennes puis remorquage de la plateforme sur le site d'installation, absence d'impact sur le paysage et la navigation côtière, et enfin, potentiel de développement beaucoup plus important dès lors que l'on s'affranchit de la contrainte de profondeur. Un prototype d'éolienne de 2 MW a été installé en décembre dernier au nord du Portugal par la société française Bourbon spécialisée dans l'ancrage des plateformes pétrolières, ce qui montre le sérieux du projet. À copier sans innover les solutions mises au point par l'Allemagne et le Danemark pour la mer du Nord et la Baltique nous garderons une guerre de retard et nous n'ouvrirons aucun nouveau marché à notre industrie !

Commentaires

  • Par ITC78 • Posté le 10/08/2013 à 18:57 Pour un parc de 500 MW installés qui vont fournir de l'électricité 30 à 40% d'une année donc peu efficaces:

    Montant de l'investissement 2 Milliards d'euros financés par l'industriel, plus le branchement au réseau, plus renforcement du réseau RTE en sus pour le consommateur. ( L'intermittence sollicite le réseau en permanence et assez brutalement)

    Montant de la facture présentée à EDF par l'industriel: 7 Milliards d'euros (estimation basée sur un prix de rachat de 200 euros le MWh)

    Les 6000 MW en projet soit 12 usines électriques en mer représenteront 24 milliards d'investissement pour 84 milliards au moins de facturation (dernier appel d'offre rachat porté à 220 euros le MWh)

    La soupe est bonne, l'état est complice du fait de ses engagements à la légère (23% d'énergies renouvelables à 2020) et du tout petit nombre d'acteurs industriels possibles.(AREVA et Alstom )

    Il faut savoir arrêter ce gaspillage sans nom.
  • Par ITC78 • Posté le 10/08/2013 à 17:50 Un projet industriel subventionné est mort né. Ou bien, les industriels sont capables de s'aligner sur un marché et ils le font (sans subvention), ou bien il n'en sont pas capables et dès que les subventions arrêtent, ils ferment.

    Si on souhaite aider au démarrage d'une filière il faut dès le départ donner la date de fin des subventions, sinon cela s'appelle une rente. L'éolien et le photovoltaîques se sont développés grâce à l'appât du gain des promoteurs et des candidats à l'installation payés par les consommateurs qui n'ont rien demandé. L'impôt sert à enrichir des particuliers au lieu de servir le bien commun !!!
  • Par Patrick Boulland • Posté le 16/07/2013 à 17:58 Le prix de rachat de l'éolien offshore est dans la même logique que celui de l'éolien terrestre.

    La logique de l'éolien terrestre doit être soulignée : si pendant les 10 premières années d'amortissement, le prix de rachat est le même (8,2c/kWh)... les années suivantes sont imprégnés de la logique socialiste : taxer le plus productif pour aider celui qui l'est le moins (on descends à un prix de rachat de 2,8c/kWh qui dissuade d'installer des éoliennes là où le vent est le plus régulier... pour le maintenir à 8,2c/kWh pour celles qui ne bénéficient que d'un vent plus rare).

    Évidemment, ces tarifs sont à l'opposé de toute logique industrielle ou tout simplement productive ou encore à l'intérêt national.

    On retrouve cette même déconnexion du bon sens économique avec l'éolien offshore. Tout se passe comme si le prix de revient n'avait aucune importance et que les décisions étaient prises uniquement pour flatter certains groupes d'électeurs. Et pour faire miroiter des créations d'emploi par la fabrication d'éoliennes. Mais si les entreprises françaises sont capables de fabriquer des éoliennes offshore, pourquoi ne pas leur demander de fabriquer aussi les éoliennes terrestres ? On voit bien le côté brouillon de l'éolien.
  • Par Oeildecaïn • Posté le 30/03/2013 à 20:18 L'eolien n'est cher que sur la durée d'amortissement des études et de la structure, soit aux environs de 15 ou 20 ans, ensuite c'est la moins chère des énergies ...
    De plus, n'oublions pas que les éoliennes seront à très court terme transformées pour la production de méthane renouvelable ou d' H2 ...
    Nos éoliennes sont nos futurs derricks !

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