Agriculture et énergie

L'Aficar, agence de propagande agricole, voit enfin le jour

30 avril 2006 • Julien Lamon

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En mars dernier, en pleine « crise aviaire », Dominique Bussereau, ministre de l'agriculture, annonçait la venue d'une Arlésienne attendue depuis longtemps par la profession. Répondant au nom d'Aficar, cette "Agence française d'information et de communication agricole et rurale" ressemble plutôt à l'un de ces innombrables machins administratifs dont la France a le secret.

Le but de cette agence est de "promouvoir une image positive, dynamique et innovante de l'agriculture" selon le ministre de l'agriculture. En quelque sorte, une nouvelle agence de propagande [1] cogérée par les représentants de l'Etat et de la profession agricole, financée par l'argent du contribuable. Etablissement public industriel et commercial (Epic) l'Aficar a été dotée, à sa création, d'une enveloppe de 1,333 million d'euros. Elle devrait être l'outil administratif de la mise en œuvre du "fonds de valorisation et de communication", créé par la loi d'orientation agricole du 9 juillet 1999. Ce fonds, alimenté depuis l'année 2003 par une dotation annuelle de 2 millions d'euros, n'a d'ailleurs jamais financé d'opération d'envergure. Selon le discours prononcé par Dominique Bussereau le 27 mars 2006, les trois champs d'action de l'Aficar sont : "rassurer le citoyen sur la qualité des produits agricoles", "valoriser le territoire, les paysages, les ressources naturelles et l'activité économique du pays" et enfin "promouvoir le développement de l'économie verte". Les syndicats agricoles interrogés accueillent d'ailleurs positivement cette agence. Selon la FNSEA et la coordination rurale, deux des syndicats agricoles représentatifs, la présence des pouvoirs publics au sein du conseil d'administration ainsi que la pluralité syndicale devraient garantir une communication non partisane et consensuelle. A la coordination rurale, on rapporte néanmoins un trait d'humour qu'aurait lancé Philippe Vasseur, président de l'agence, en déclarant : "Si on ne s'en tient qu'au plus petit dénominateur commun [de l'image qu'ont les différents représentants de l'agriculture], il ne reste pas grand chose". En gage d'objectivité, l'agence devrait également décerner un label aux opérations de communication menées par les différents acteurs du monde agricole et agroalimentaire.

La communication agricole : mission "d'intérêt général" d'une multitude de "machins" publics

Avait-on réellement besoin d'un nouvel organe de communication agricole ? Ce rôle est déjà pris en charge par le ministère de l'agriculture lui-même, pour un montant voisin de 2 millions d'euros pour sa communication propre. Il délègue d'ailleurs bon nombre d'opérations à la constellation de "machins" plus ou moins publics gravitant autour de lui. Ainsi, la Sopexa (Société pour l'expansion des ventes des produits agricoles et alimentaires) assure-telle la promotion, à l'étranger et en France, de nos produits agricoles et alimentaires, justifiant ainsi plus de 18 millions d'euros de financement par le ministère de l'agriculture en 2004 (environ 20% du chiffre d'affaires annuel). Les interprofessions agricoles (par produit agricole) ont également un rôle de communication sur les débouchés de l'agriculture. Elles sont financées par la célèbre CVO, la contribution volontaire obligatoire considérée, en raison de son caractère obligatoire, comme un impôt par Bruxelles.

On prend les mêmes et on recommence...

Cette agence est censée apporter une réponse au divorce observé entre les citadins et les agriculteurs. Pour orienter sa politique, l'Aficar est ainsi dotée d'un conseil d'administration composé pour moitié de représentants de l'Etat et pour moitié de représentants de la profession agricole, des industries alimentaires et autres représentants de la société civile. Concernant la profession agricole, on retrouve évidemment les mêmes noms que dans les autres conseils et comités nationaux : Luc Guyau, Jean-Michel Lemétayer, Jean-Marie Sander Bernard Laye, Jean-René Buisson…Tous présidents et porte-parole des syndicats et organisations professionnelles représentatifs". On peut donc émettre un doute sur la réussite des missions de l'Aficar, puisque ceux-là mêmes qui sont responsables de ce divorce se retrouvent chargés d'y remédier.

Le Centre d'information des viandes (CIV) a ainsi joué un rôle dans la communication pendant la crise de mévente de produits avicoles consécutive à la grippe aviaire. Il a ainsi organisé trois opérations de communication et d'information à destination des consommateurs entre octobre 2005 et avril 2006, pour un budget de 4,5 millions d'euros alloués par le ministère. Notons également que l'association "Univers céréales" communique déjà sur les bio-produits issus des céréales. L'Onidol (Organisation Nationale Interprofessionnelle des Graines et Fruits Oléagineux) lance une campagne d'information télévisuelle sur les huiles alimentaires, financée en partie par un fonds européen (877.000 euros sur 5,4 millions alloués à quatre programmes français de promotion des produits agricoles). N'oublions pas non plus les campagnes menées par l'Association française des indications géographiques ou les campagnes de promotion des fruits et légumes frais ("Adoptez la fraîch'attitude") menées par l'interprofession des fruits et légumes avec des financements issus de Office National Interprofessionnel des Fruits, des Légumes, des Vins et de l'Horticulture.

Une des raisons du divorce entre le monde rural et le monde citadin est la part de subventions publiques de plus en plus importante allouée directement ou indirectement aux agriculteurs. Plutôt qu'un énième machin chargé de promouvoir une image positive de l'agriculture au prix fort, le gouvernement ne devrait-il pas alléger le poids que font peser les structures administratives sur le travail et les revenus des agriculteurs ? Ils pourraient ainsi consacrer plus de temps et d'argent à la promotion de leurs produits et de leur métier.

[1] Propagande : "Action exercée sur l'opinion pour l'amener à avoir certaines idées politiques et sociales, à soutenir une politique, un gouvernement, un représentant". Le Petit Robert.

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